Football - Personne pour boycotter la Coupe du monde du Qatar
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FootballPersonne pour boycotter la Coupe du monde du Qatar

Joueurs et fédérations s’indignent de la tenue de la Coupe du monde de football au Qatar en 2022. Beaucoup promettent des sanctions, mais aucun réel boycott de la compétition n’a été prononcé.

par
Rebecca Garcia
La banderole de l’équipe de Norvège, qui proteste contre le traitement inhumain des travailleurs migrants, durant un match face aux Pays-Bas en septembre.

La banderole de l’équipe de Norvège, qui proteste contre le traitement inhumain des travailleurs migrants, durant un match face aux Pays-Bas en septembre.

AFP

Jouer au Qatar semble poser problème, mais pas au point de refuser de jouer la Coupe du monde. Seule la Norvège a intenté une action concrète en soumettant au vote de la fédération le boycott de la compétition. L’assemblée extraordinaire a voté en juin contre le fait de faire l’impasse sur la compétition, à 368 voix contre 121. Le reste du monde semble avoir accepté l’idée de disputer des rencontres au Qatar, malgré les graves accusations sur le sort des travailleurs sur place.

«Boycotter, c’est la voie de la facilité.»

Roberto Martínez, entraîneur de l’équipe de Belgique

Roberto Martínez, entraîneur de l’équipe de Belgique, estime qu’il est inutile de boycotter la compétition. Si les équipes se retirent, elles ramènent avec elles l’attention que les personnes et médias avaient sur l’organisation de l’événement.

«Le message est clair: ne tournez pas le dos. Boycotter est la voie de la facilité», a-t-il lancé au mois de mars. Son équipe affrontait l’Islande, dans une période où chaque sélection luttait contre la violation des droits humains en portant des T-shirts engagés ainsi qu’une banderole. Le message est clair, mais ne manque-t-il pas de force? «Nous devons tous participer et faire de cette Coupe du monde une réussite. Ensuite alors, nous pourrons nous assurer que le changement soit présent», a affirmé le sélectionneur de la Belgique.

«Pas une solution»

Tim Sparv est arrivé à la même conclusion. Le capitaine de l’équipe de Finlande a longuement réfléchi à la question. Il s’est surtout renseigné auprès de différentes entités, et a pu échanger avec des personnes travaillant au Qatar. Le Finlandais raconte son questionnement interne dans «The Player’s Tribune».

«Je ne pense pas que le boycott soit actuellement une solution. Cela n’apporterait aucun changement positif aux travailleurs sur place, voire le contraire», estime-t-il. Il aimerait que toute cette visibilité se transforme en utilité pour les droits humains.

Le capitaine finlandais ne blâme pas les joueurs pour leur manque de prise de position. «Je ne m’attends pas à ce que beaucoup de jeunes joueurs prennent la parole. C’est difficile pour un jeune de 17 ans de sortir de l’école et de jouer devant 50000 personnes. On les lance dans la cage aux lions et on espère les voir survivre, ce qui est fou. Beaucoup d’entre eux ont assez à faire», lâche-t-il, en ajoutant que certains joueurs préféreront toujours se concentrer sur le football. Le joueur néerlandais Georginio Wijnaldum a de son côté affirmé: «Ce n’est pas nous qui avons choisi de jouer au Qatar

La responsabilité de qui?

À mesure que l’échéance se rapproche, chacun essaie de trouver les responsables. Matthias Fett, professeur d’économie à l’Université de Hambourg, a analysé trois scénarios possibles.

Dans le premier scénario, les pays scandinaves lancent le mouvement et décident de se retirer de la compétition. Au vu de l’issue du vote en Norvège, il est déjà peu probable que cela puisse réellement arriver. D’autant plus que les bénéfices financiers sont plus élevés en participant à une Coupe du monde qu’en y renonçant.

Second scénario: l’UEFA elle-même boycotte la compétition. Il ne s’agirait plus d’une fédération isolée, mais bien d’un mastodonte contre un autre. Là encore, les probabilités sont extrêmement faibles pour différentes raisons. Le professeur évoque notamment la place de Nasser Al-Khelaifi, membre du comité exécutif de l’UEFA mais aussi président du Paris Saint-Germain et du groupe beIN Sports.

Troisième scénario: les États-Unis boycottent la compétition. «Pour ce scénario, la situation des Ouïghours en Chine joue un rôle. Pékin est l’hôte des Jeux olympiques d’hiver 2022 et est sous les projecteurs pour la violation des droits humains des minorités ouïghours.

Il y a actuellement des discussions aux États-Unis sur le boycott de ces JO d’hiver, similaires au boycott des JO de Moscou en 1980. En conséquence rationnelle, l’équipe des États-Unis devrait aussi boycotter le Qatar plus tard dans l’année», écrit le professeur. Il évoque ensuite les sponsors américains qui insufflent 500 à 600 millions de dollars pendant la Coupe du monde.

Progrès annoncés et non visibles

Tant du côté du gouvernement que de la FIFA, les progrès sont mis en avant. L’organe de communication du pays dit avoir amélioré les standards de santé et de sûreté pour les travailleurs. Les inspecteurs du travail ont davantage de pouvoir et les entreprises qui violent la loi ont des sanctions plus lourdes.

Le président de la FIFA, Gianni Infantino, a affirmé en mai qu’il restait du travail à faire, mais que «nous devons reconnaître les progrès significatifs réalisés en très peu de temps».

Amnesty International, de son côté, avait adressé une lettre à l’intention du président de la FIFA. L’organisation réclame davantage de mesures pour s’assurer du respect des droits humains. Le média britannique «The Guardian» avait réalisé une enquête sur la question des travailleurs du Qatar. Au total, le journal anglais a recensé 6500 morts provenant d’Inde, du Pakistan, du Népal, du Bangladesh et du Sri Lanka.

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