Suisse romande: Personnel soignant: les primes de la discorde
Publié

Suisse romandePersonnel soignant: les primes de la discorde

Au premier plan de la lutte contre le coronavirus dès le printemps, le personnel de la santé reçoit des primes dans certaines régions et rien dans d’autres. Ce qui cause des grincements de dents.

par
Abdoulaye Penda Ndiaye
Léonard Boissonnas
Des disparités régionales dans l’octroi des primes Covid au personnel soignant suscitent des crispations.

Des disparités régionales dans l’octroi des primes Covid au personnel soignant suscitent des crispations.

KEYSTONE

Après les concerts d’applaudissements nocturnes gratifiés à l’ensemble du personnel soignant au printemps, place aux notes disharmonieuses. La faute aux primes Covid du personnel soignant, qui mettent à nu d’énormes disparités selon les régions. «Les collaborateurs du CHUV étaient en première ligne dès le début de la pandémie. Et cet engagement n’a jamais faibli. C’est inacceptable que le personnel des hôpitaux périphériques ait droit à des primes alors que celui du centre universitaire qui traite les cas les plus lourds n’en ait pas», dénonce Manu*, quadragénaire en service au CHUV. «Ici, nous avons reçu des pin’s. Le personnel de l’Hôpital de Morges a droit à une prime de 1000 fr., celui de l’Hôpital intercantonal de la Broye touche 500 fr. sans parler des repas gratuits. Cherchez l’erreur», s’indigne Natacha*, infirmière au CHUV. «Nous sommes déterminés à ce que tout le personnel soignant ait une prime», déclare David Gygax, secrétaire général du syndicat SSP.

Vaud: prime pour le CHUV, les EMS et les CMS?

Contacté par «20 minutes», le Département vaudois de la santé et de l’action sociale a rappelé que l’État a déjà décidé d’octroyer jusqu’à deux jours de congé au personnel particulièrement impliqué dans la réponse à la pandémie, et qu’à ce titre les 75% du personnel du CHUV vont bénéficier de cette mesure. Quant à la question des primes, la conseillère d’État Rebecca Ruiz soutient qu’elle est en train d’être examinée de manière élargie. «Une telle prime devrait viser également les EMS et les CMS, secteurs dont l’implication est semblable à celle des hôpitaux», a-t-elle rappelé.

Plusieurs hôpitaux ont consenti des «gestes» pour saluer l’engagement de leurs employés par rapport à la pandémie. C’est ainsi que l’Ensemble hospitalier de la Côte, qui compte 1800 collaborateurs répartis dans seize établissements dont l’Hôpital de Morges, a décidé d’octroyer 1000 fr. au personnel à l’exception des médecins-cadres et des membres de la direction. Les apprentis et les stagiaires vont recevoir 250 fr.

Les quelque 1700 collaborateurs du personnel des Établissements hospitaliers du Nord vaudois ont également bénéficié d’un geste symbolique de leur direction. Ils ont été gratifiés d’un bon de 100 fr. et d’un jour de congé supplémentaire.

Du côté des HUG, le conseil d’administration a validé récemment le principe d’offrir trois jours de congé supplémentaires au personnel.

Neuchâtel: priorité au maintien des emplois

Dans le canton de Neuchâtel, l’État est dans l’embarras depuis que le Grand Conseil s’est déclaré favorable, en mai, à l’octroi d’une gratification exceptionnelle de 1000 fr. pour le personnel soignant, ainsi que les employés du commerce de détail, de la voirie, de la logistique ou encore du nettoyage. «La plupart des employeurs consultés sont hostiles à une intervention des pouvoirs publics pour régler cette question. Présents sur plusieurs cantons, certains d’entre eux ne peuvent pas appliquer des régimes différents au sein d’une même entreprise», a déclaré le conseiller d’État Laurent Kurth. «La priorité dans l’engagement des moyens publics va au maintien des emplois et des revenus dans les branches les plus impactées par la crise sanitaire. Dans ce contexte, accroître le revenu de celles et ceux dont l’activité a été maintenue, et même intensifiée, pose diverses difficultés», a-t-il poursuivi. L’octroi de congés supplémentaires passe pour une fausse bonne idée, selon l’élu socialiste. «Ces domaines connaissant déjà une pénurie, cela rendrait la situation encore plus problématique et menacerait des activités justement considérées comme essentielles», a tranché Laurent Kurth.

Je veux bien aider les petits commerces, mais je n’aime pas qu’on m’oblige à le faire.

Une infirmière fribourgeoise après avoir reçu un bon.

Le gouvernement de Fribourg a déjà délié les cordons de la bourse pour les blouses blanches. Au prorata du taux d’activité, l’ensemble du personnel de l’Hôpital fribourgeois (HFR) a reçu un bon d’une valeur de 500 fr. à faire valoir auprès de quelque 1800 commerces du canton. «C’est mieux que rien. Mais ce n’est pas avec des bons que je vais payer la nounou qui gardait mes enfants pendant que je soignais les patients souffrant du Covid», a protesté une infirmière fribourgeoise.

Les autorités fribourgeoises ont également décidé de participer au financement d’une prime pouvant atteindre 500 fr. pour le personnel des soins des EMS.

De son côté, la direction de l’HFR a offert un congé supplémentaire de trois jours à l’ensemble du personnel.

*Prénoms d’emprunt

«Ne pas oublier les soins à domicile et les EMS»

Infirmière vaudoise d’une quarantaine d’années, Fabienne* fait part de son «sentiment de révolte dû à une iniquité de traitement entre les professionnels de la santé concernant la prime Covid». Elle se soucie beaucoup du cas des auxiliaires des soins à domicile. «Ce personnel est particulièrement exposé car il se déplace dans des lieux de vie moins bien nettoyés que les structures hospitalières alors que les soins de base nécessitent des contacts étroits et que les équipements de protection restent toujours très sommaires», rappelle Fabienne. «Certaines personnes âgées sont incapables d’appliquer les gestes barrières du fait de leurs troubles amnésiques. Dans les EMS aussi, c’est très compliqué car il n’y a pas assez de personnel pour s’occuper des résidents dans un tel contexte sanitaire», a ajouté l’infirmière lausannoise.

*Prénom d’emprunt

Ton opinion

372 commentaires