21.04.2020 à 15:00

SuissePétrole: le consommateur n'a rien à attendre

Les taxes publiques représentent en Suisse plus de la moitié du prix de l'essence. Auxquelles s'ajoutent les coûts de distribution, d'approvisionnement et de fret.

Quasiment aucune chance de voir les prix à la pompe s'effondrer en Suisse.

Quasiment aucune chance de voir les prix à la pompe s'effondrer en Suisse.

Keystone

Alors que les prix du pétrole se sont effondrés, passant pour la première fois de leur histoire en territoire négatif pour le brut américain, dans les stations-service le consommateur suisse n'en retire pratiquement aucun avantage.

Les cours de l'or noir ont chuté de plus de moitié depuis le début de l'année, pour s'établir mardi midi à 21,33 dollars pour le Brent de la mer du Nord et à -6 dollars pour le WTI américain.

Dans ce contexte, les Suisses pouvaient s'attendre à un recul du prix à la pompe, mais rien de tel. Un litre d'essence sans plomb 95 coûtait environ 1,40 franc en Suisse ces derniers jours, soit près de 20 centimes de moins qu'avant le début de la crise du coronavirus, constate le portail d'informations financières Inside Paradeplatz.

Les prix de l'essence et du diesel en Suisse demeurent traditionnellement à un niveau relativement stable, argumente Avenergy Suisse, qui représente les intérêts des importateurs de combustibles et carburants liquides.

«Les fluctuations massives des prix à la pompe en Suisse ne sont que mineures, même en cas de crise internationale dans les régions productrices de pétrole ou de restrictions de production imposées par les pays producteurs», a poursuivi la faîtière, selon laquelle «le prix de l'essence en Suisse n'est déterminé par le prix du pétrole brut que de manière très marginale».

Avenergy précise qu'en Suisse les taxes publiques représentent plus de la moitié du prix de l'essence. A cela s'ajoutent les coûts de distribution, d'approvisionnement et de fret.

Interrogé par AWP, le directeur général de Migrol, Daniel Hofer, remarque que la faiblesse des prix du pétrole a généré une reprise soutenue de la demande, en particulier pour le mazout de chauffage. «Les prix ne jouent actuellement qu'un rôle mineur dans la consommation de carburant, car la demande dans les stations-service s'est effondrée de 50% à 80%, selon les régions, en raison des mesures contre le coronavirus officiellement imposées».

Les détaillants ont besoin de beaucoup plus de temps pour vendre des biens achetés à des prix plus élevés. Il en résulte que pour l'heure les prix sont ajustés à la baisse plus lentement que d'habitude. Mais depuis fin janvier les tarifs ont baissé de 15 à 20 centimes par litre selon les régions.

Taxes encaissées par Berne

«76 centimes par litre du prix de l'essence et 79 centimes par litre du prix du gazole sont des taxes publiques fixes», commente le porte-parole de Migrol sur le portail zurichois. «La différence par rapport au prix de vente comprend la taxe sur la valeur ajoutée liée au prix (7,7% de la valeur totale des ventes) et seul ce qui reste a trait au commerce du produit en tant que tel».

A la Fédération romande des consommateurs (FRC), le responsable de la politique économique Robin Eymann estime que même si les prix de l'essence ou du diesel ne sont influencés qu'en partie par le cours du brut, il faut évidemment s'attendre à une baisse des prix pour tous les consommateurs, y compris dans les régions qui ont souvent des prix à la pompe plus élevés car la concurrence y est moins forte.

Le bénéfice se transmet par la baisse du prix des produits pétroliers entrant dans les achats, ce qui permet d'accroître le revenu disponible des ménages et d'encourager des dépenses supplémentaires, observe John Plassard chez Mirabaud Securities.

Il précise que les grands consommateurs de pétrole sont les principaux bénéficiaires, à savoir la chimie organique, le transport routier de marchandises, l'industrie agroalimentaire et le transport aérien.

A l'inverse, le secteur des services marchands, qui bénéficie du regain de pouvoir d'achat des ménages, mais est très peu consommateur de produits pétroliers, voit sa production augmenter sans pour autant améliorer ses marges, note M. Plassard.

«Nous nous trouvons aujourd'hui dans une situation de baisse de prix due aux craintes concernant la demande et non dans une volonté délibérée de l'OPEP, par exemple, d'augmenter sa production. C'est la crainte d'une baisse de la croissance qui pousse les prix à la baisse», estime l'expert de Mirabaud Securities.

Peu de brut américain en Suisse

Le Financial Times (FT) relève que l'évaporation de la demande causée par le coronavirus a laissé le monde inondé de pétrole. Ne disposant pas d'une capacité de stockage suffisante, les producteurs paient les acheteurs pour qu'ils le leur enlèvent.

Le West Texas Intermediate (WTI), qui fait office d'indice de référence aux Etats-Unis, s'est échangé la veille à -40,32 dollars le baril lors d'une journée de chaos sur les marchés pétroliers. Le prix de règlement du lundi était de -37,63 dollars, contre 18,27 dollars vendredi dernier. Les négociants ont capitulé face à l'accès limité aux capacités de stockage aux Etats-Unis, rapporte le FT.

Avenergy rappelle que «la Suisse n'achète que peu de brut américain». L'or noir provient d'abord du Nigeria (34,2%), du Kazakhstan (28,7%) et de la Libye (22,3%), ensuite des Etats-Unis (10,5%) et de l'Algérie (3,3%). (nxp/ats)

(NewsXpress)

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