Santé: Peu de rentes AI pour cause de Covid long en 2021
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SantéPeu de rentes AI pour cause de Covid long en 2021

80% des personnes inscrites à l’AI pour cause de Covid long en 2021 ont pu être réintégrées dans le circuit de l’emploi. Mais des directives médicales claires sur le droit à une rente pour cette maladie ne seront publiées qu’à fin juin.

Depuis janvier dernier, le niveau des cas est resté stable. 

Depuis janvier dernier, le niveau des cas est resté stable. 

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Pour la première fois depuis le début de dépôt de demandes à l’assurance invalidité (AI) pour Covid long, la Conférence des offices AI (COAI) a fourni des statistiques en la matière, rapporte la «NZZ am Sonntag» du jour. En 2021, 1777 personnes se sont inscrites à l'AI à cause de cette affection. Soit 2,3% du total de premières demandes de rente et de réinscriptions à l’AI durant l'année de référence 2019. Depuis, près de 80% de ces 1777 personnes ont pu être réintégrées dans le monde du travail et leurs dossiers sont considérés comme clos par l'AI. Un peu plus de 10% d’entre elles ont dû faire appel à des prestations isolées de l’assurance invalidité, et seule une petite partie s'est vu attribuer une rente complète ou partielle à cause d’un Covid long.

Astrid Jakob, directrice de la COAI, estime dans la «NZZ am Sonntag» que les décisions de rente pour Covid long se situent dans la fourchette basse des pourcentages. Et qu’«il ne semble pas qu'un tsunami Covid long puisse déferler sur les offices AI.» Les inscriptions pourraient toutefois augmenter encore une fois après les vagues d'Omicron. Néanmoins, depuis janvier dernier, le niveau des cas est resté à peu près identique à celui de 2021.

La directrice de la COAI souligne que les chiffres cités ne constituent pas une statistique de demandes pour Covid long strictement délimitée. Car de nombreuses personnes ne sont pas menacées d'invalidité directement à cause de la maladie virale qui peut venir s'ajouter à d'autres facteurs, parfois préexistants. Dans d’autres cas, le Covid n'a certainement pas été un facteur déterminant pour l'inscription à l'AI, selon elle.


Pas encore de directives médicales claires pour l’évaluation par l’AI

Pour l’attribution de rentes AI, il reste à définir ce qui est considéré comme atteintes directes à la santé à long terme après une maladie du Covid-19.  De telles directives claires pour l’évaluation médico-assurantielle des experts de l’AI – inexistantes l’an dernier - ne seront publiées que le 30 juin prochain par la plate-forme Médecine d’assurance Suisse (SIM). Toutefois, même une fois la recommandation établie, le diagnostic ne sera pas toujours évident, note dans le dominical Yvonne Bollag, juriste et codirectrice du groupe de travail SIM en matière de Covid long. Car, si l’existence du tableau clinique est incontestée désormais, «les raisons médicales d'une maladie post-Covid-19 sont multiples et très complexes, les délimitations et les interactions avec des maladies déjà existantes sont exigeantes», précise-t-elle. Elle relève que néanmoins chez de nombreuses personnes concernées, on constate une amélioration des symptômes sur une certaine période  – parfois longue.

Critique et incompréhension des personnes touchées par le Covid long

En réaction aux statistiques sur les demandes d’AI pour Covid long (lire ci-dessus), Chantal Britt, présidente de l'organisation de patients Long Covid Suisse, estime que les premiers chiffres de la Conférence des offices AI (COAI) « sont loin de permettre d'évaluer l'ampleur réelle de la situation ». Elle regrette aussi que l'AI ait pris des centaines de décisions pour des patients souffrant de Covid long avant que ne soient disponibles des directives claires pour leur évaluation (lire encadré ci-dessus). Ces premiers chiffres ne reflèteraient par ailleurs que «l'objectif principal de l'AI et des personnes concernées elles-mêmes, à savoir la réinsertion».

Chez Long Covid Suisse, on entend davantage parler des difficultés et des retards auxquels les personnes touchées doivent faire face de la part de l'AI. Chantal Britt déplore aussi que les décisions qui ont déjà été prises par l’AI l’ont été sans assez tenir compte des défis spécifiques du Long Covid. En particulier de l'intolérance à l'effort et de la menace de chronicisation de la maladie en cas de charge de travail complète trop précoce et trop importante. Elle constate une grande pression pour la reprise du travail à plein temps au plus vite, tant de la part des assurances, des employeurs, de l'entourage et de l'AI que des personnes concernées elles-mêmes. Cela alors que la majorité des personnes concernées n'est toujours pas rétablie. Michael Schlunegger, président de l'association Altea Long Covid Network note encore que «les personnes atteintes de Covid long rapportent régulièrement qu'elles ne se sentent pas prises au sérieux par leur expert AI. Ou qu'on leur a dit d’emblée qu'elles avaient peu de chances d'obtenir une prestation.


(ewe)

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