Actualisé

Peur de représailles en Italie après le massacre de Duisbourg

Reggio de Calabre - Les autorités italiennes redoutaient jeudi un nouveau cycle de violences au lendemain de l'exécution de six Italiens mercredi à Duisbourg, dans l'ouest de l'Allemagne.

Une cinquantaine de perquisitions ont eu lieu en Calabre.

«La police va être déployée dans le cadre de l'enquête et à des fins de sécurité et de prévention», a déclaré le directeur de la police criminelle italienne Francesco Gratteri, interrogé par la chaîne d'informations en continu Sky TG 24, à l'issue d'un «sommet antimafia» à la préfecture de Reggio de Calabre.

Il s'est toutefois refusé à tout commentaire sur l'enquête, notamment sur le point de savoir si le massacre avait été ordonné depuis la Calabre.

Présence policière

Selon l'agence de presse italienne ANSA, les policiers et les carabiniers de la Calabre, dont beaucoup se trouvaient en congé pour le long week-end du 15 août, ont été rappelés à leur poste.

Parallèlement, une cinquantaine de perquisitions ont eu lieu dans la nuit de mercredi à jeudi au village de San Luca, théâtre du contentieux entre deux clans de la mafia calabraise ('Ndrangheta) qui serait à l'origine de l'exécution des six hommes. Des postes de contrôle ont également été mis en place sur les routes conduisant au village, selon l'ANSA.

A San Luca même, les forces de l'ordre n'étaient pas visibles, selon un photographe de l'AFP mais la population signalait la présence de policiers en civil. Un grand silence règnait sur le village dont les habitants refusent de parler à la presse.

Enquêteurs italiens à Duisbourg

Deux enquêteurs italiens sont par ailleurs arrivés à Duisbourg pour participer à l'enquête. Les policiers allemands examinent en outre le film enregistré par une caméra de vidéo-surveillance près du lieu du crime.

Six Italiens, âgés de 16 à 39 ans, ont été retrouvés criblés de balles dans la nuit de mardi à mercredi. Les victimes ont été découvertes dans deux véhicules stationnés devant une pizzeria du centre de Duisbourg.

La vendetta a commencé en 1991 avec une rixe entre familles durant la fête de la Saint-Valentin qui aurait été déclenchée, selon les différentes versions, par le jet d'un pétard ou d'un oeuf, entraînant une série d'actions de représailles.

Selon Rome, le massacre de mercredi est la réponse au meurtre le jour de Noël 2006 de l'épouse de l'un des chefs présumés d'un des deux clans. Le guet-apens, qui avait également fait trois blessés, a été suivi de plusieurs meurtres en Calabre - au moins quatre, selon les médias.

Quels intérêts en jeu ?

Au-delà d'une vendetta familiale classique, certains experts jugeaient nécessaire de «comprendre quels intérêts et quelles affaires étaient en présence en Allemagne» pour expliquer ce «massacre sans précédent dans l'histoire de la 'Ndrangheta».

Selon le repenti Giorgio Basile, un ancien chef de la mafia calabraise qui avait été actif en Allemagne, «la Ruhr est une forteresse de 'Ndrangheta. La police n'a jamais voulu prendre cela au sérieux», a-t-il indiqué au quotidien «Express», de Cologne.

Selon un rapport confidentiel des services secrets allemands (BND), cité dans un livre publié cette année par le procureur adjoint de Reggio de Calabre Nicola Gratteri, la 'Ndrangheta aurait investi des dizaines de millions d'euros dans des hôtels et des restaurants et même acquis des actions à la Bourse de Francfort.

Ainsi l'organisation ne limiterait pas ses activités au trafic de drogue ou d'armes, mais aurait élargi ses compétences à l'immobilier, en particulier dans certaines régions d'ex-RDA, réputées plus laxistes et moins regardantes sur l'origine des fonds.

SDA/ATS

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!