Actualisé 24.10.2014 à 11:47

Lausanne

Pharmaciens-dealers devant leurs juges

Deux cousins apothicaires ont vendu 25'000 tablettes de dormicum à un revendeur malintentionné. Ils sont jugés vendredi à Lausanne.

de
Christian Humbert

«Je pensais qu'il en donnait à ses proches.» C'est ainsi qu'un pharmacien fribourgeois de 58 ans explique pourquoi il a accepté de fournir en dormicum son cousin, un confrère lausannois retraité. Les toxicos écrasent et sniffent ce médicament comme substitut à la drogue. Le Lausannois, alcoolique et «pressé par sa femme aux gros besoins financiers», les revendait à un sexagénaire malade et consommateur. Et quand ce dernier explique vendredi au tribunal correctionnel de Lausanne qu'il écoulait les boîtes dix fois leur prix pour payer repas et boissons à ses amis de galère, le président s'est demandé si les deux accusés voulaient «se faire passer pour des idiots».

«J'ai été naïf»

Les faits, non- contestés, sont clairs: de janvier 2012 à février 2013, le pharmacien a vendu 34 fr. la boîte, 25'100 comprimés (251 emballages) à son ancien maître de stage, sans ordonnance. «Il était pharmacien. Il me commandait d'autres médicaments. C'était pour rendre service. J'ai été naïf », a-t-il expliqué. Son bénéfice: 2200 francs. Et de faire sourire en affirmant avoir découvert à la télévision l'usage que les drogués faisaient du dormicum. Les autorités de contrôle ont fourni de nombreuses informations préventives à ce sujet et c'est un fonctionnaire fribourgeois, intrigué par de telles commandes pour un petit village, qui a tiré la sonnette d'alarme.

Le pharmacien retraité rendait ensuite les produits à un pote de beuverie avec un bénéfice de 3500 francs. «C'était sous l'effet de l'alcool. Je buvais trois litres par jour et ma femme voulait toujours de l'argent», se défend-il.

Verdict dans l'après-midi

Quant au revendeur de rues, il n'y allait pas par le dos de la cuillère, revendant la boîte 350 francs après en avoir prélevé pour sa propre consommation, 5 tablettes par jour. Son bénéfice: près de 60'000 francs qui auraient servi à arroser les copains. «Je voulais faire plaisir», dit-il. Son excuse: une enfance saccagée à coups de marteau, après que ses parents l'eurent déposé chez des paysans à l'âge de 5 ans. L'Etat de Vaud vient de lui verser 12'000 francs, reconnaissant ses torts.

Le procureur Fabrice Haag a souligné la dangerosité de ce produit et requis des peines de 24 mois avec sursis de 4 ans avec des amendes de 800 francs, 2000 et 10'000 francs pour le revendeur, l'intermédiaire et le grossiste. La défense a plaidé la clémence. Le jugement sera rendu vendredi après-midi.

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