Vaud: En juillet, Montreux patauge dans le caca

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VaudPics de pollution du lac pendant le Montreux Jazz 

En période de festival, le taux de bactéries fécales dans la baie de Montreux est quatre fois plus élevé que d’habitude, alertent les scientifiques. Alors que le Canton et le Service intercommunal de gestion se renvoient la balle, le Montreux Jazz s’est engagé à analyser l’eau cet été.

par
Lauren von Beust
Lors de l’édition 2021 du Montreux Jazz, une scène a été installée sur le lac afin de respecter les mesures de distanciation. Faute de moyens, les prélèvements de l’eau n’ont pu être effectués l’an dernier par le laboratoire. 

Lors de l’édition 2021 du Montreux Jazz, une scène a été installée sur le lac afin de respecter les mesures de distanciation. Faute de moyens, les prélèvements de l’eau n’ont pu être effectués l’an dernier par le laboratoire. 

Archives / 24 heures/ Chantal Dervey

À l’approche de la 56e édition du Montreux Jazz Festival, qui accueille chaque été entre 230’000 et 250’000 personnes, les scientifiques tirent la sonnette d’alarme. Le laboratoire communautaire Hackuarium, basé à Ecublens (VD), a relevé une hausse de la pollution du Léman en période de festival. Ces pics liés aux eaux usées dépassent les normes fédérales, comme en attestent les analyses menées en 2016 et 2017, dont les résultats ont été publiés il y a quelques mois dans la revue anglophone «Ecological Solutions and Evidence»

La norme fédérale tolère un maximum de 100 bactéries par 100 millilitres (ml) d’eau dite récréative. En juin 2016, soit quelques semaines avant le Montreux Jazz Festival, l’eau du lac prélevée à trois endroits de la baie de Montreux contenait en moyenne 38 bactéries fécales pour 100 ml d’eau. Un chiffre qui s’élevait ensuite à 160 bactéries pendant la manifestation, soit une pollution moyenne quatre fois plus élevée. 

Gastros et micropolluants

D’après les chercheurs, ces bactéries peuvent être accompagnées de virus et entraîner des gastro-entérites. Mais, l'eau sale qui contient ces bactéries – «bioindicateurs» – peut aussi avoir des conséquences sur les organismes aquatiques en augmentant la présence de micropolluants nocifs.

Autorités mises au courant

«La Municipalité de Montreux et la STEP avaient été avisées de ces résultats à l’époque, mais cette dernière avait répondu que la pollution venait peut-être d’autre chose que du festival…», rapporte Maurice Cosandey, ancien professeur de chimie et membre du laboratoire. Pourtant, le taux est resté dans les normes acceptables en 2020, année où le festival a été annulé pour cause de Covid.

Laboratoire Hackuarium

«On croyait aider avec ces résultats, mais les autorités ne nous ont pas entendus…», déplore Roger Erismann, fondateur de Hammerdirt, une ONG suisse qui a collaboré avec Hackuarium. L’homme, qui allait autrefois nager quotidiennement dans la baie où se tient le festival, se souvient d’avoir eu «les yeux qui piquent» et «la peau qui démange». Des signes qui l’ont poussé à creuser la question. 

Le Montreux Jazz bouge

Faute de trouver des volontaires et les milliers de francs nécessaires, les prélèvements n’ont pas été reconduits en 2021. Mais le Montreux Jazz, qui a eu connaissance des résultats en août dernier, va agir. «On a pris l’engagement de participer à l’étude cet été en récoltant et en analysant nous-mêmes des échantillons quotidiens sur toute la durée du festival, grâce au matériel fourni par le laboratoire», déclare Kevin Donnet, porte-parole de l’événement. Déjà dans un souci d’informer le public sur la qualité de l’eau.

«Sachant qu’on est dans les normes européennes mais pas suisses, ça serait intéressant que ces résultats soient corroborés par une autre étude», glisse le communicant. Mais le Canton et le Service intercommunal de gestion (SIGE), qui s’occupe du traitement des eaux, se renvoient la balle.

À qui la responsabilité?

Le municipal montreusien Vert, Caleb Walther, également président du SIGE, dit avoir eu des «échos indirects de ces analyses» en 2016, mais que les échanges entre scientifiques et politiques n’ont pas abouti. «Cette zone n’étant pas un secteur de baignade, elle ne fait pas l’objet d’analyses du SIGE», répond l’élu Vert. 

Biologiste et présidente de l’association Hackuarium qui gère le laboratoire, Rachel Aronoff insiste: «Des gens nagent aussi à cet endroit du lac. C’est un enjeu de santé publique. Peut-être que les prélèvements effectués par la station d’épuration ne devraient pas se limiter aux plages de baignade et devraient être plus fréquents.»

De son côté, la Direction générale de l’environnement (DGE) informe que «la surveillance de la qualité des rejets de la STEP de Montreux, effectuée chaque mois, n’indique pas de surcharges pendant la durée de l’événement». Aucune mesure n’est donc prévue à l’échelle cantonale. La DGE rappelle qu’il revient aux organisateurs de s’assurer que la gestion des eaux est garantie pendant un événement.

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