Actualisé 29.10.2019 à 06:15

GenèvePiéger le carbone dans les sols pour réguler le climat

Des agriculteurs renoncent au labour pour revivifier les terres mais aussi y stocker le carbone et compenser les émissions des énergies fossiles.

de
Jérôme Faas
Nicolas Courtois, ingénieur à AgriVulg, montre la terre dun champ de blé en devenir alimenté par un couvert végétal multi-espèces.

Nicolas Courtois, ingénieur à AgriVulg, montre la terre dun champ de blé en devenir alimenté par un couvert végétal multi-espèces.

20 Minutes / jef

Cesser de labourer les sols pour lutter contre le réchauffement climatique: AgriGenève, la faîtière des agriculteurs du bout du lac, promeut cette solution. Elle pratique depuis dix ans «l'agriculture de conservation» qui non seulement rend sa fertilité à la terre, mais y séquestre le carbone, expose-t-elle. Hier, elle présentait cette méthode qui séduit de plus en plus de cultivateurs de céréales.

L'idée consiste à ne plus retourner la terre (action qui permet au carbone, ainsi oxygéné, de s'en échapper) et de la couvrir, entre deux cultures, de diverses plantes vertes. Puis, écrasées, elles pénètrent le sol et le gorgent de matière organique, donc de carbone. Avantage: la vie animale (vers, etc.) revient, l'agriculteur n'a plus besoin de fertilisant et il économise en gasoil, vu qu'il ne laboure plus. Inconvénient: le rendement est plus faible et la technique complète n'est pas bio: elle nécessite l'usage d'herbicides.

Vu la crise climatique, Pascal Boivin, professeur à l'HEPIA, interroge: «Peut-on se permettre de ne pas essayer?» Car, livre-t-il, 9 gigatonnes de CO2 par an filent dans l'atmosphère, «un quatre millième (0,025%) de ce qui est stocké dans les sols.» Conclusion: si, chaque année, la capacité de captation des terres croît de ce fameux 0,025%, «on absorbe le carbone émis par la combustion des énergies fossiles», résume Marc Favre, président d'AgriGenève. Genève y parvient depuis 2013. Le hic, c'est que l'effort doit se faire au niveau mondial.

La Confédération à la rescousse

L'agriculture de conservation est subventionnée par Berne depuis deux ans. A Genève, sur 6000 ha de cultures céréalières, la rotation des espèces est pratiquée partout. Les couverts végétaux plantés entre les cultures sont utilisés sur 2000 ha. Enfin, le semis direct, c'est-à-dire juste «posé» sur ce lit vert broyé, est mis en uvre par 20 exploitations sur 180, sur un total de 1000 ha. Genève est le seul canton qui mesure le carbone de ses sols.

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