Actualisé 16.01.2019 à 08:49

GenèvePierre Maudet arrache le vote de confiance du PLR

Réunis mardi en assemblée générale, 709 membres du parti ont soutenu leur conseiller d'Etat, par 341 voix contre 312 et 56 abstentions.

de
Jérôme Faas
Le conseiller d'Etat PLR, mardi 15 janvier au soir, face à l'assemblée générale de son parti.

Le conseiller d'Etat PLR, mardi 15 janvier au soir, face à l'assemblée générale de son parti.

Keystone/Valentin Flauraud

A l'applaudimètre, Pierre Maudet a largement remporté la partie. Dans les urnes, il a aussi gagné, mais à l'arraché. Réuni mardi soir en assemblée générale extraordinaire, le PLR, qui avait rassemblé 709 militants, a accordé «sa confiance et son soutien» au conseiller d'Etat, par 341 voix contre 312 et 56 abstentions. Malgré l'affaire du voyage à Abu Dhabi, ses nombreuses métastases, la mise en prévention de l'élu et ses mensonges, les militants lui ont adressé un message clair: ils désirent qu'il reste au Conseil d'Etat.

Face à la foule, Pierre Maudet est resté fidèle à la ligne qu'il tient depuis qu'il a admis avoir menti, à une exception près, de taille. «Le résultat quantitatif, le vote, j'en tiendrai compte et j'en tirerai les conclusions.» Pour le reste, il admet avoir commis «une grosse erreur», puis atténue. Une erreur «montée en épingle à cause de fausses informations.» Il insiste. «Il n'y a pas eu de faute de fond, de vol, de détournement, de corruption.» Il s'excuse, donc, avance son bilan, puis campe sur ses positions. «Je défends fermement l'idée que nous vivons dans une démocratie, pas dans une dictature des apparences. Je veux me battre, je veux servir le PLR comme je veux servir Genève.»

Son discours intervient après les premières salves de la tête du parti. «Le comité directeur ne t'a pas trahi, c'est toi qui nous as trahi en mentant, pendant des mois», a asséné le président Alexandre de Senarclens. Tutoyant Pierre Maudet, l'appelant «Pierre», comme la plupart des intervenants, il a estimé que «malheureusement, il ne peut plus agir pour Genève». La seconde charge, plus violente encore, a été le fait de Christian Lüscher, conseiller national. Après avoir égrené les faits, souligné les mensonges, en particulier financiers, il a appuyé: «Tu ne prends pas tes responsabilités avec la conséquence que Genève est la risée de la Suisse.» Jugeant qu'il n'était ni dans l'intérêt de Genève, ni dans celui du PLR qu'il reste en place, il a conclu: «Si cet amour du parti est sincère, rends-lui le service de démissionner.» L'exposé lui vaudra par la suite une ruade de Pierre Maudet. «Je connais maintenant le Lüscher procureur, redoutable, qui sans connaître le dossier prononce le réquisitoire.»

Appel à l'unité du parti

Suivent alors les prises de parole de la salle. Les avis des orateurs sont relativement paritaires. Les anti-Maudet sont plus analytiques, les soutiens plus affectifs. Parmi ceux prônant la défiance, certains sont assassins. «Strauss-Kahn était aussi un excellent économiste.» Pour ce militant, Pierre Maudet était le meilleur, «mais les mensonges font qu'il ne peut pas continuer.» Le député Serge Hiltpold explique que le Parlement n'a plus confiance en l'élu, rappelant ses mensonges en commission. Horace Gautier juge que le parti a le choix entre l'amputation, soit se séparer de Pierre Maudet, et le suicide politique. Lui opte pour l'amputation. Le conseiller national Hugues Hiltpold, enfin. «Si ce n'était pas Pierre Maudet, personne n'accorderait sa confiance à un conseiller d'Etat qui a menti.»

D'autres appellent à l'unité du parti, en particulier la conseillère d'Etat Nathalie Fontanet, refusant de donner sa position mais très applaudie. «Avant, nous étions unis sur des valeurs, des principes. Nous devons accepter de ne pas être d'accord. S'invectiver ne va mener à rien.» Certains, comme l'ex-député John Dupraz, prêchent l'abstention, craignant qu'une décision ne divise le PLR.

Les Genevois ont perdu confiance en Maudet

D'autres enfin soutiennent Pierre Maudet, certains avec émoi, visiblement attachés à l'homme, d'autres avec colère, vilipendant la présidence du parti, d'autres enfin avec recul. «Il y a un lendemain au mensonge politique», plaide ainsi Jean Romain, le président du Grand Conseil. «La victoire est là où est la concorde», argumente un militant, estimant qu'un vote de défiance ruinerait le parti. Le député Pierre Conne, aussi, accorde sa confiance à l'élu. Tout comme l'ex-député René Koechlin. «En vingt ans, je n'ai pas connu un seul conseiller d'Etat qui n'a pas menti. Il faut donner la juste mesure à chaque chose.» Une remarque qui poussera l'ex-magistrate Martine Brunschwig-Graf à sortir du silence. «Non, ce n'est pas normal de mentir quand on est conseiller d'Etat. L'entendre le dire, c'est quelque chose que je ne peux pas accepter.» A défaut de l'accepter, la majorité de l'assemblée a en tout cas choisi de pardonner.

Le grand oral de Pierre Maudet

L'assemblée générale du Parti libéral-radical débute à 19h30. Au menu, un seul point: la confiance au conseiller d'Etat.

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La présidence démissionne

Il tient parole. Alexandre de Senarclens, président du PLR, va démissionner avec ses cinq vice-présidents. «J'avais dit que je partirais en cas de vote défavorable au comité directeur, j'assume. Je regrette que le PLR soit divisé. Je ne peux pas présider un parti qui représente un magistrat auquel je ne crois plus.» Avec lui vont s'en aller Cyril Aellen, Adrien Genecand, Francine de Planta, Gregory von Niederhäusern et Rolin Wavre.

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