Genève: Pierre Maudet ne retrouvera pas son département
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GenèvePierre Maudet ne retrouvera pas son département

Le deuxième rapport concernant la conduite du département de Pierre Maudet maintient les reproches quant à sa gestion. L’élu ne retrouvera pas son dicastère.

par
mpo / jef
L’Exécutif a décidé de maintenir l’organisation actuelle jusqu’au 30 avril prochain, au lendemain de la prestation de serment de la candidate ou du candidat élu à l’issue du second tour de l’élection au Conseil d’État.

L’Exécutif a décidé de maintenir l’organisation actuelle jusqu’au 30 avril prochain, au lendemain de la prestation de serment de la candidate ou du candidat élu à l’issue du second tour de l’élection au Conseil d’État.

LMD

Pierre Maudet ne retrouvera pas son département. Sa gestion lui avait été retirée par le Conseil d’État, fin octobre, à la suite d’un diagnostic RH faisant état de graves souffrances des collaborateurs. Le rapport de l’ancien juge fédéral Jean Fonjallaz (la synthèse est à consulter ici, et le document complet ici), commandé par le gouvernement, afin d’approfondir la situation, a été rendu public ce mercredi. Il confirme en grande partie les éléments qui avaient été retenus pour ôter à Pierre Maudet le Département du développement économique (DDE). «Ce rapport démontre qu’une «crise extraordinairement grave», ce sont les mots du juge, a bien frappé le DDE», a souligné Anne Emery-Torracinta, la présidente du Gouvernement genevois lors de la présentation du document.

Management autoritaire pointé du doigt

Le rapport de l’ex-juge Jean Fonjallaz relève que Pierre Maudet était adepte d’un management particulièrement autoritaire, dépourvu du souci d’expliquer, voire de faire accepter ses décisions aux employés. Très exigeant, le conseiller d’État n’hésitait pas à mettre abruptement à l’écart des employés qui ne le satisfaisaient pas. Prônant une «horizontalisation» de la hiérarchie, l’élu a choisi d’exercer un contrôle direct de ses subalternes, sans passer par le secrétariat général. Il a ainsi annoncé, début octobre, sa volonté de mener lui-même les entretiens d’évaluation, de valider les vacances et de contrôler les notes de frais. Le magistrat envoyait également des e-mails les week-ends et la nuit, imposait des délais courts, voire impossibles à tenir, réorganisait sans explications, humiliait des supérieurs devant leurs subalternes. L’audit souligne que «l’autoritarisme et l’absence de recherche d’adhésion, dans la prise de décision comme dans la communication, caractérisent le management» de Pierre Maudet.

Une fin prévisible

L’ex-juge tance néanmoins légèrement le Conseil d’État, estimant que la décision de confier un petit département (35 collaborateurs) à un homme politique si actif contenait les germes des difficultés qui se sont développées par la suite.

S’appuyant sur ces constats, le Conseil d’État a donc décidé de maintenir son organisation actuelle, laissant Pierre Maudet sans dicastère. Pour appuyer sa décision, il cite ce passage du rapport: «Nonobstant les grandes qualités effectivement reconnues à M. le Conseiller d’État Pierre Maudet, le caractère autoritaire de ce magistrat, ses exigences, la déficience répétée de sa gouvernance à l’égard de ses subordonnés dans la recherche d’acceptation de ses nombreuses décisions et leur communication, mais aussi la mise à l’écart abrupte des cadres supérieurs du Département du développement économique (DDE), l’attribution de tâches non fonctionnelles avec la formation et l’expérience professionnelle des collaboratrices et collaborateurs (…). Tous ces éléments ont conduit à l’état de crise d’octobre au sein du DDE.»

Une confirmation des premiers diagnostics

Le Conseil d’État ajoute qu’une «conjonction d’éléments» essentiellement imputables à la conduite du département par le magistrat a généré «mal-être, stress, souffrance, angoisse ou peur chez certains collaborateurs et collaboratrices du secrétariat général du département et chez la plupart des collaborateurs et collaboratrices de la direction générale du développement économique».

Pour le Gouvernement genevois, ce deuxième rapport «confirme les points essentiels des diagnostics RH» de cet automne qui l’avaient conduit à retirer l’ensemble de ses prérogatives à Pierre Maudet. Réuni ce mercredi, l’Exécutif a décidé de suivre les conseils de l’ancien juge qui «recommande au Conseil d’État de renoncer à subordonner le personnel du DDE à Pierre Maudet».

Statu quo jusqu’au 30 avril

L’Exécutif a donc décidé de maintenir l’organisation actuelle «jusqu’au 30 avril prochain, au lendemain de la prestation de serment de la candidate ou du candidat élu à l’issue du second tour de l’élection complémentaire au Conseil d’État».

Le rapport du juge Fonjallaz fait suite à deux diagnostics RH menés en octobre et novembre derniers sur demande de l’Office du personnel de l’État. Il «avait pour but d’examiner le fonctionnement du DDE entre janvier 2019 et octobre 2020, de déterminer les facteurs ayant conduit à la situation indiquée dans les diagnostics RH, et de fournir des recommandations pour l’organisation et la gestion future du DDE.»

Nathalie Fontanet, la conseillère d’État qui gère provisoirement le DDE, a affirmé qu’elle «ne laissera pas remettre en question la qualité des collaborateurs du DDE», très investis. 

L’élu voit le verre à moitié plein

Sollicité pour réagir au rapport Fonjallaz, Pierre Maudet a choisi de faire connaître sa position sur Facebook. Dans un post, il estime que l’expertise «remet les pendules à l’heure». Ne faisant pas mention ni ne commentant les reproches appuyés de l’ex-juge du Tribunal fédéral (qui fait en particulier état de «l’autoritarisme et de l’absence de recherche d’adhésion qui caractérisent le management pratiqué» générant «mal-être, stress, souffrances, angoisse ou peur»), l’élu met l’accent sur les griefs qui ont été écartés. Ainsi, l’expert n’a recueilli aucun propos faisant état d’un risque de suicide; Pierre Maudet n’a pas fait usage des ressources de l’État à des fins privées; et, écrit le conseiller d’État, «le rapport n’évoque clairement pas des situations de mobbing ou de harcèlement». S’il «reconnaît et déplore» des «cas de souffrance», il juge qu’ils sont «notamment dus à l’exigence forte» qu’il a exercée sur ses cadres «dans un contexte de crise aiguë» liée au Covid. Selon lui, l’État devait alors fonctionner «avec plus d’agilité». Pierre Maudet considère donc que ce rapport «disqualifie» le premier audit et que son écartement est «injustifié».

De son côté, le Conseil d’État a insisté sur le fait que les différences entre les audits et le rapport étaient, selon l’appréciation du juge Fonjallaz lui-même, dues au fait que les collaborateurs et collaboratrices auditionnés dans un second temps n’ont pas bénéficié des mêmes protections d’anonymat et ne se trouvaient pas dans le même contexte de tension, puisque Pierre Maudet n’était plus leur chef. Ils auraient ainsi fait preuve de plus de retenue, ayant notamment pu ressentir la plainte pénale déposée par Pierre Maudet comme une menace. Concernant le risque de suicide, l’expert a indiqué qu’il ne l’avait pas ressenti, mais que, compte tenu des tensions des mois précédents, il ne pouvait l’exclure.

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524 commentaires
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guiill

11.03.2021, 17:54

tant mieux,il a été à la ville de Genève ca a coûté cher pour les citoyens et à l'état rebelote idem il a coûté cher et détruit des corps de metiers ..... faut être cinglé pour voter pour un mec qui s'en fou de l'argent du contribuable et des gens par la même occasion.....

le peien

11.03.2021, 12:55

tiens? mon pseudo est blacklisté?

le peien

11.03.2021, 12:54

A mon humble avis, tant qu'il retouche ses émoluments et de quoi avoir de petits extras, cela ne le dérangera pas outre mesure. Et en fait de dicastère, c'est surtout devant un de ceux du tribunal des Héliastes qu'il se retrouve régulièrement.