Actualisé 06.07.2020 à 10:29

Affaire Maudet

«Pierre Maudet n’est plus membre du PLR»

Le comité directeur du PLR a exclu le conseiller d’Etat du parti. Il peut encore faire recours. Une première en Suisse.

de
Maria Pineiro
Le comité directeur du PLR genevois et son président Bertrand Reich ont décidé d'exclure Pierre Maudet.

Le comité directeur du PLR genevois et son président Bertrand Reich ont décidé d'exclure Pierre Maudet.

KEYSTONE/SALVATORE DI NOLFI

«C’est un moment grave, triste et important», a analysé Bertand Reich, président du PLR genevois lundi matin. Quelques minutes auparavant, le comité directeur du parti avait décidé d’exclure des rangs du parti le conseiller d’Etat Pierre Maudet.

Il «n’est plus membre du PLR», a déclaré le président. Le vote a eu lieu après une heure et demie de «débats clairs, mais sereins». Il a été limpide: 22 voix ont appuyé l’exclusion, une personne l’a refusée et un membre s’est abstenu.

Présente à cette réunion, la conseillère d’Etat Nathalie Fontanet n’a pas participé au vote. Pierre Maudet devient ainsi le premier conseiller d’Etat en charge à être exclu de son parti en Suisse. Bertrand Reich a souligné qu’il s’agissait d’une «décision politique et non judiciaire». Nous nous plaçons sur le plan des valeurs du parti libéral-radical qui sont «la liberté et la responsabilité», tout en admettant qu’aucune solution n’était idéale.

Le président, seul à s’exprimer à l’issue de cette réunion de comité, a insisté sur le fait que le maintien d’un magistrat à son poste, alors qu’il devait faire face à la justice était «invraisemblable. Le citoyen Pierre Maudet peut remettre en cause le fonctionnement de la justice, critiquer l’action de la police, mais comme conseiller d’Etat en charge, c’est inconcevable en termes institutionnels. La séparation des pouvoirs est anéantie», a-t-il insisté.

«Il ne s’intéresse pas au parti»

Deux choses ont changé depuis la décision de l’assemblée générale de soutenir Pierre Maudet à une majorité relative en 2018, a relevé Bertrand Reich. «La justice a estimé qu’une partie des faits dont il est soupçonné étaient suffisamment avérés pour justifier un procès plutôt que de se contenter d’une ordonnance pénale.

D’autre part, des échanges de messages entre Pierre Maudet et Simon Brandt ont mis à jour des comportements incompatibles avec le fait d’être membre d’un parti. A savoir la volonté de modifier des PV et de considérer qu’il y a des membres sûrs et d’autres moins sûrs.» Le président a par ailleurs constaté que «Pierre Maudet était centré sur son destin personnel. Il ne s’intéresse pas au parti qui l’a mené à sa position actuelle. Sans Pierre Maudet, le PLR ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui, mais sans le parti, Pierre Maudet ne serait pas non plus ce qu’il est à l’heure actuelle».

Pierre Maudet en appelle à la base

Dans une lettre publiée dimanche sur son site, le conseiller d’Etat s’adresse directement aux membres du PLR. Il qualifie la réunion du comité directeur de lundi matin de «traquenard» auquel il ne se rendra pas et en appelle aux militants et citoyens. «C’est du peuple que vient la légitimité de l’action politique». La charge contre la direction du parti est directe. Pierre Maudet affirme que son «dossier pénal se dégonfle largement» et que «tous les moyens sont bons pour tenter de m’abattre». Plus loin, il estime: «J’ai toujours bousculé, remis en cause les évidences, bougé les lignes, cassé les codes. Je le paie aujourd’hui. Cher.»

L’élu affirme très clairement ne pas vouloir jeter l’éponge. «C’est là, avec mes racines radicales, que j’entends mettre mon énergie, au nom de la liberté humaine et de la justice sociale.» «Je prends le pari que nous nous retrouverons vite», conclut-il.

Pierre Maudet a désormais trente jours pour faire recours. Auquel cas, une assemblé générale devra être convoquée. Face à la menace de démission de membres soutenant l’élu, le président a affirmé recevoir des messages de soutien d’autres personnes et avoir dû essuyer des départs causés par le maintien de Pierre Maudet au sein du PLR. «Ma perception, c’est que la base nous soutient.»

Quant à savoir si le conseiller d’Etat va créer un nouveau parti ou en rejoindre un concurrent, Bertrand Reich s’est borné à remarquer que depuis le printemps 2019, l’élu écrivait une newsletter en son nom propre. Il affirme ne pas s’inquiéter de l’hypothétique création d’une nouvelle formation. Sollicité, Pierre Maudet n’a, pour l’heure, pas encore répondu à nos questions.

«Il a menti, la confiance a été rompue»

Le PLR suisse salue la décision du comité directeur de sa section genevoise. «Il était important de montrer un signal, d’affirmer que le PLR n’accepte pas ce genre d’agissements», a réagit lundi après-midi Fanny Noghero, porte-parole. Elle précise que le parti national demande depuis longtemps le départ de Pierre Maudet pour des questions uniquement politiques. «Il a menti, la confiance a donc été rompue. Pour ce qui est du volet judiciaire, nous respectons évidemment la présomption d’innocence.» En ce qui concerne le futur du parti, elle estime que «cette décision permettra de faire table rase et de concrétiser des changements. Je sens que le comité directeur veut aller de l’avant et tourner la page de cette triste histoire», se réjouit Fanny Noghero.

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