Genève: Pierre Maudet privatise le convoyage des détenus
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GenèvePierre Maudet privatise le convoyage des détenus

Le conseiller d'Etat PLR a décidé de retirer le transport des prisonniers aux assistants de sécurité publique. A l'avenir, ils garderont les ambassades.

par
Jérôme Faas
Pierre Maudet, conseiller d'Etat PLR chargé du Département de la sécurité et de l'économie.

Pierre Maudet, conseiller d'Etat PLR chargé du Département de la sécurité et de l'économie.

«Le conseiller d'Etat Pierre Maudet a menti au Grand Conseil, à ses alliés politiques et à la population. S'il avait été honnête, la loi sur la police, adoptée par une marge de 54 voix, n'aurait sans doute pas passé. Pour moi, c'est vraiment une trahison.» Christian Dandrès, député socialiste, est fâché. A l'avenir, le convoyage des détenus sera confié à une entreprise privée. Les assistants de sécurité publique (ASP) qui effectuaient jusqu'alors cette tâche seront réaffectés dans le courant de l'année au soutien de la police de sécurité internationale (PSI). Ils rejoindront, sous son contrôle, le dispositif de garde des ambassades, dont l'armée se retire graduellement.

Cinquante ASP transférés

Les 80 ASP chargés du convoyage et de la surveillance des détenus ont été convoqués lundi par la direction des ressources humaines de la police. Là, ils ont appris que 50 d'entre eux allaient être transférés, d'ici la fin 2015, à la PSI. Les 30 autres resteront aux violons de l'ancien Hôtel de police, à Carl-Vogt. «Pierre Maudet a décidé de retirer aux ASP le transport des prisonniers de la prison au Ministère public et au Palais de justice, explique Sabine Fürrer, du syndicat des services publics. Ils seront remplacés par des agents de sécurité privés, non assermentés et moins bien rémunérés. Le SSP dénonce cette privatisation d'un service de l'Etat.»

Ce que dit la loi

Pour Christian Dandrès, avocat du SSP, une telle décision contrevient à la loi sur la police adoptée par le peuple le 8 mars. Son article 19 encadre en effet très strictement les possibilités de privatisation: «A titre exceptionnel et pour une durée limitée, la police peut conclure des contrats de mandat auprès d'entreprises spécialisées pour effectuer des tâches spécifiques ou techniques». C'est d'ailleurs à cette seule condition, explique le député, que le PS avait accepté de soutenir la loi.

Le convoyage, «pas une activité de police»

Le Département de la sécurité (DES), via sa porte-parole Emmanuelle Lo Verso, considère au contraire que la loi n'est pas violée. Il juge que le convoyage, «déjà largement confié à des agents privés», n'est pas une activité de police et ne doit pas rester dans son giron. Le DSE estime en revanche que la garde d'ambassade, elle, est «de nature policière et beaucoup plus proche de la formation et des compétences» des ASP que le convoyage. Or, des besoins accrus se font sentir dans le secteur diplomatique, délaissé par les militaires. «C'est précisément pour que les activités policières ne soient dévolues qu'à des agents public que cette organisation est opérée», indique Emmanuelle Lo Verso.

La porte-parole explique donc qu'en privatisant le convoyage des détenus, le conseiller d'Etat Pierre Maudet n'a trahi personne. «Il s'agit bien au contraire de redonner à la police tout son sens en lui confiant les tâches pour lesquelles les policiers ont prêté serment. Aujourd'hui plusieurs ASP se demandent si ce n'est pas plutôt le SSP qui a trahi les agents, qu'il est censé défendre, en les enjoignant à manifester en uniforme et avec leur arme en juin passé sous les fenêtres du département, ce qui a conduit ce dernier à les sanctionner.»

ASP «sous le choc»

Les employés, qui ne peuvent s'opposer à leur changement d'affectation, sont «sous le choc», décrit un de leur représentants. Certes, ils conservent leurs emplois et leurs salaires, «mais ils n'effectueront plus le même travail. A la PSI, nos postes hiérarchiques actuels ne seront pas garantis. Enfin, certains d'entre nous jouissaient d'horaires administratifs. Là, ce sera pour tous les nuits, les week-ends, les fériés.»

Salaires publics, salaires privés

Les ASP de catégorie 3 aujourd'hui affectés au convoyage gagnent entre 74'490 fr. et 100'700 fr. par an, selon leur ancienneté. Selon la convention collective de branche, le salaire minimum des agents privés oscille, lui, entre 51'850 fr. et 60'480 fr. par an.

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