Dopage mécanique: Pire que Richard Virenque et Lance Armstrong?
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Dopage mécaniquePire que Richard Virenque et Lance Armstrong?

Femke Van den Driessche était inconnue avant le week-end dernier. Elle est devenue la première à se faire pincer pour «dopage mécanique» et entre dans le giron des plus grands tricheurs.

par
Robin Carrel

La nouvelle est tombée samedi. Jusqu'ici, le dopage mécanique était resté une sorte de fantasme dans le milieu de la petite reine, même si l'Union cycliste internationale avait certains doutes dès 2008. Des accélérations fulgurantes de Fabian Cancellara dans le Tour des Flandres ou Paris-Roubaix en 2010, en passant par la «roue magique» du Canadien Ryder Hesjedal sur le Tour d'Espagne, jusqu'aux démarrages «stupéfiants» de Chris Froome dès que la route s'élève sur la Grande Boucle, les suspicions ont été nombreuses, mais jamais avérées. Cette fois, c'est du concret.

Le jeune fille, tout de même championne de Belgique chez les espoirs au début du mois de janvier, a donc été prise par la patrouille lors des Mondiaux de cyclo-cross disputés sur ses terres, du côté de Heusden-Zolder. Le journal «Het Laatste Nieuws» a, dans la foulée, exhumé une vidéo d'une compétition disputée en novembre 2015, où la jeune femme réussit une accélération hallucinante lors du Koppenberg cross d'Audenarde, sans que sa machine soit suspectée (voir vidéo ci-dessus). Le début de sa fin?

Le vélo d'un gérant de friterie

Alors, certes, la Belge de 19 ans s'est défendue. «Ce n'était pas mon vélo mais celui d'un ami, identique au mien et qui s'est retrouvé dans mes mains à la suite d'une méprise d'un mécanicien» ou encore «Je me sens très mal. Je suis consciente d'avoir un gros problème. Je n'ai pas peur de l'enquête, car je n'ai rien fait de mal. Je sais que ma carrière est peut-être terminée.» Son ami, un certain Nico Van Muylder, gérant d'une friterie, a confirmé cette version sans en dire plus… Rien de bien convaincant, en somme, quand on se rappelle les mensonges quelques fois hallucinants inventés par certains athlètes pour couvrir leur prise de produits, entre médicaments pour la grand-maman et vitamines ou steaks contaminés…

C'est donc un véritable tournant dans l'histoire du cyclisme et du sport qui s'est produit le week-end dernier en Belgique. Il est vrai que cette première «prise» n'est pas forcément le plus gros des poissons. Un mini-moteur placé dans le vélo de Femke Van den Driessche lors des Mondiaux espoirs dames de cyclo-cross n'a pas autant de retentissement que la mise hors-course de toute l'équipe Festina sur le Tour de France en 1998 ou le licenciement en cours d'épreuve de Michael Rasmussen sur la Grande Boucle 2007 du maillot jaune par son équipe Rabobank... Mais son nom risque de résonner dans les livres d'histoire comme ceux de Ben Johnson, Lance Armstrong, Richard Virenque et compagnie.

«Souvent, on riait»

Même si cette affaire est moins spectaculaire (jusqu'ici?), elle marque un tournant. Pour le président de l'UCI Brian Cookson, pas de doutes, «le dopage mécanique est désormais une réalité. Ce que nous avons découvert est un signal clair. Devons-nous en conclure que le phénomène est très répandu? Je n'en sais rien! Souvent, on riait en évoquant ce dopage mécanique mais maintenant, on sait que des coureurs utilisent de tels procédés, ou les ont utilisés», a-t-il ajouté. C'est tout un sport qui tremble, en attendant de nouvelles révélations ou d'autres tentatives de tricherie.

Femke Van den Driessche risque très gros. La jeune fille peut être suspendue au minimum six mois et risque jusqu'à 200'000 francs d'amende. Elle est aussi sous le coup d'une plainte de «Wilier Triestina», fabricant de cycles, mécontent de la mauvaise publicité faite à sa marque. Mais elle s'est surtout grillée à jamais dans le métier. Les réactions outrées ne laissent pas de place au doute. «Un scandale», s'était étranglé le sélectionneur belge. «Pour moi, c'est pire que le dopage. Ils devraient être suspendus à vie», a lâché la légende Eddy Merckx. «Je pense que c'est le premier moteur qu'ils ont trouvé, mais je suis sûr que c'est arrivé dans le passé», a assuré Bradley Wiggins.

Le pire, c'est que le moteur dans le cadre du vélo serait déjà obsolète, selon la Gazzetta dello Sport. Le «futur» serait, en effet, électromagnétique. Si le moteur de Van den Driessche coûte quelque 3 ou 4000 francs suisses à monter dans un vélo, les nouvelles roues capables de produire entre 20 et 60 watts sans effort coûteraient, elles, dans les 200'000 euros! On n'arrête pas le progrès…

La tablette qui contrôle les bicyclettes:

L'attaque de Cancellara au Tour des Flandres 2010

L'attaque de Cancellara sur Paris-Roubaix 2010

La «roue magique» de Ryder Hesjedal:

Quelques démarrages de Chris Froome

Une vidéo qui explique le fonctionnement d'un vélo «à moteur»

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