Procès du 13-Novembre - Place à l’interrogatoire des accusés sur une nuit de terreur

Publié

Procès du 13-NovembrePlace à l’interrogatoire des accusés sur une nuit de terreur

À partir de mardi, Salah Abdeslam et les autres accusés au procès du 13-Novembre sont interrogés pour la première fois sur le déroulé des pires attentats djihadistes que la France ait jamais connus.

Le principal suspect Salah Abdeslam (au centre).

Le principal suspect Salah Abdeslam (au centre).

AFP

Sept mois d’audience et peut-être, enfin, de très attendues réponses sur une nuit de terreur. Depuis plusieurs semaines, la Cour d’assises spéciale de Paris avance chronologiquement vers cette soirée funeste, entendant tour à tour enquêteurs et accusés, décortiquant les mois puis les jours qui ont précédé les attaques: voyages en Syrie, rapatriement des commandos, fourniture de planques, voitures, armes, explosifs…

C’est maintenant l’heure d’interroger les accusés sur les ultimes préparatifs avant le massacre, le départ vers Paris la veille des attentats du «convoi de la mort» – comme l’a qualifié l’accusé Mohamed Abrini -, et enfin sur le 13 novembre 2015.

Certains ont déjà débordé le calendrier d’audience et évoqué les attaques. À commencer par Salah Abdeslam, le «dixième homme», seul membre encore en vie des commandos qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis. «Quand on est en prison», à l’isolement et surveillé en permanence, «on se dit ‘’j’aurais dû l’enclencher ce truc, est-ce que j’ai bien fait de faire marche arrière ou j’aurais dû aller jusqu’au bout?’’», avait-il lâché, en février, lors de son premier interrogatoire sur le fond du dossier.

En mars 2016, après quatre mois de cavale et son arrestation en Belgique, il avait déjà affirmé avoir «renoncé» à actionner sa ceinture explosive. Avant de garder le silence pendant les cinq années suivantes, jusqu’au procès.

«Permis de douter»

Le Français aujourd’hui âgé de 32 ans avait, à l’époque, expliqué qu’il aurait dû se faire exploser au Stade de France, mais qu’il avait changé d’avis en arrivant sur place. Il aurait alors déposé les trois autres kamikazes et repris la route, avant d’abandonner sa voiture dans le 18e arrondissement, puis sa ceinture explosive au sud de Paris.

Une thèse dont il «est permis de douter» selon l’accusation. D’abord parce que le communiqué de revendication de l’organisation État islamique (EI) mentionne une attaque «dans le 18e arrondissement», là où la voiture a été retrouvée, et qui n’a pas eu lieu. Ensuite parce que les experts ont établi que la ceinture était défectueuse. Enfin parce que Salah Abdeslam aurait dit à plusieurs proches qu’elle n’avait pas fonctionné.

S’expliquera-t-il lors de son interrogatoire prévu mercredi et jeudi? Jusque-là, il a accepté de parler, mais rarement d’entrer dans les détails, opposant des «no comment» aux questions précises.

D’autres, comme le logisticien présumé Mohamed Bakkali, ou le Suédois Osama Krayem et le Tunisien Sofien Ayari – soupçonnés d’avoir voulu commettre un attentat à l’aéroport d’Amsterdam le 13-Novembre – ont prévenu qu’ils continueraient à exercer leur droit au silence. Ce malgré les exhortations des avocats des parties civiles les pressant de «donner des réponses», arguant que leurs «clients ont besoin de comprendre».

«11e homme»?

Beaucoup d’expectatives reposent sur Mohamed Abrini, l’«homme au chapeau» qui avait abandonné son chariot d’explosifs lors des attentats de Bruxelles. Il sera le premier à être interrogé, mardi. Bavard pendant l’instruction et depuis le début du procès, il a pour la première fois déclaré il y a quelques jours qu’il était «prévu pour le 13-Novembre».

Y aurait-il dû y avoir «un onzième homme»? La veille des attentats, Mohamed Abrini avait accompagné les commandos vers Paris mais il était reparti le soir même. Aux enquêteurs, il a toujours soutenu qu’il était uniquement venu accompagner ses amis «dans leur dernier souffle», une prise de risque étonnante jugée peu crédible. L’accusation estime plutôt qu’il avait, là aussi, renoncé. «J’éclairerai votre lanterne la semaine prochaine», a promis à la cour le Belge de 37 ans. «Ne changez pas d’état d’esprit d’ici là!» l’a prié le président Jean-Louis Périès.

Plus tôt dans cette même audience, assailli de demandes précises, Mohamed Abrini avait toutefois prévenu: «Vous partez du principe que j’ai toutes les réponses. Mais je vais vous dire: les onze qu’il y a ici dans le box, c’est rien! Ceux qui ont fait le 13-Novembre, ils ne sont plus là. Eux, ils avaient toutes les réponses qui pouvaient vous satisfaire».

(AFP)

Ton opinion

10 commentaires