Biélorussie - Plainte déposée en Allemagne contre le régime de Loukachenko
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BiélorussiePlainte déposée en Allemagne contre le régime de Loukachenko

Des opposants au régime biélorusse accusent Alexandre Loukachenko d’actes de «tortures d’État». Ils ont déposé plainte en Allemagne, grâce au principe de compétence universelle s’appliquant en matière de crime contre l’humanité.

Alexandre Loukachenko règne sur la Biélorussie depuis 1994.

Alexandre Loukachenko règne sur la Biélorussie depuis 1994.

AFP

Dix opposants au régime du dirigeant biélorusse Alexandre Loukachenko ont déposé une plainte en Allemagne, pour des actes présumés de «tortures» systématiques, a annoncé mercredi, le parquet fédéral allemand.

Les plaignants visent la sévère répression policière déclenchée à l’été 2020 par le régime biélorusse, après la réélection, contestée, d’Alexandre Loukachenko.

Compétence universelle

Elle s’apparente selon eux à des actes de «torture d’État», potentiellement passibles de poursuites de la part de la justice allemande, dans le cadre de sa compétence universelle pour les crimes contre l’humanité et politiques de répression systématiques.

Le président Alexandre Loukachenko, qui dirige sans partage la Biélorussie depuis 1994, a été confronté pendant des mois à un mouvement de protestation historique, sa réélection jugée frauduleuse en août dernier.

Il a rassemblé des dizaines de milliers de personnes à de nombreuses reprises dans les rues de Minsk et d’autres villes, avant de s’essouffler progressivement face à la répression constante des autorités. La plupart des figures de l’opposition ont été emprisonnées ou contraintes à l’exil.

«Tortures systématiques»

«Le pouvoir d’État biélorusse a répondu par une violence massive et sans précédent, des tortures systématiques et d’autres abus», aux manifestations déclenchées le 9 août par l’opposition après la réélection contestée d’Alexandre Loukachenko, déplorent les avocats des plaignants, dans un communiqué.

«Depuis lors, le gouvernement en place réprime impitoyablement sa propre population civile», ajoutent-ils, dénonçant «des arrestations arbitraires, des persécutions pénales à motivation politique et d’autres formes de répression». Au total, les avocats «ont connaissance de plus de 100 cas documentés de torture d’État en Biélorussie».

Parmi les faits présumés visés par la plainte figurent des «arrestations pour des raisons futiles, des tortures et de mauvais traitements pendant les jours de détention», détaillent les avocats, égrenant en outre «violences physiques, humiliations, menaces, insultes et autres dégradations pendant plusieurs jours».

Des privations de sommeil, de nourriture, de soins médicaux ou encore des «passages à tabac», qui ont eu de «graves conséquences sur la santé» des opposants, sont également cités dans la plainte. «Dans l’ensemble, le traitement de l’État ne peut être décrit que comme bestial», concluent-ils.

La justice allemande applique ici le principe de la «compétence universelle» qui permet de juger en Allemagne certains crimes, quel que soit l’endroit dans le monde où ils ont été commis.

La justice allemande a ainsi mené des enquêtes et jugé d’anciens membres du régime syrien de Bachar el-Assad, accusés d’actes de tortures ou de «crimes contre l’humanité»

La justice allemande et les droits de l’homme

La justice avait pour la première fois condamné le 24 février, à Coblence, un ancien membre des services de renseignement syrien pour «complicité de crimes contre l’humanité». Le verdict dans un autre procès contre un accusé syrien considéré comme plus central dans le vaste appareil sécuritaire syrien pourrait être rendu à l’automne.

Ce principe allemand est actuellement l’unique possibilité de juger des forfaits perpétrés dans des pays où la justice n’est pas indépendante, en raison de la paralysie de la justice internationale. Il a permis l’arrestation en mars en Allemagne d’un Gambien soupçonné d’avoir participé à plusieurs assassinats dans son pays, dont celui d’un correspondant de l’AFP. L’organisation Reporters sans Frontières a également porté plainte contre le régime saoudien pour l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi.

«Nos clients attendent de l’Allemagne qu’elle s’engage à défendre les droits de l’homme universels dans le cas du Belarus également», réclament les avocats des opposants biélorusses, déplorant que ni Alexandre Loukachenko ni les membres de son appareil de sécurité n’encourent de poursuites judiciaires pour leurs «actes inhumains».

(AFP)

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