Actualisé 08.02.2008 à 14:51

Plan banlieue de Sarkozy: les enseignants très sceptiques

Les syndicats de l'Education ont accueilli plutôt fraîchement le volet Education du plan Banlieue annoncé vendredi par Nicolas Sarkozy, oscillant entre scepticisme et franche opposition.

Et tous se demandent qui va payer.

«C'est un plan assez pauvre, pas seulement financièrement, mais aussi en termes d'idées», a déclaré, sévère, Gérard Aschieri, le secrétaire général de la Fédération syndicale unitaire (FSU, première fédération de l'Education). M. Sarkozy «revient toujours avec ses mêmes thèmes et ignore la fracture qui existe en matière d'accès aux droits, d'inégalités. L'accès aux droits est toujours subordonné dans son esprit au mérite et à l'effort des individus», a-t-il ajouté à l'Associated Press.

Sur l'échec de la carte scolaire, «il confond l'effet et la cause. 'Délocaliser' des classes peut peut-être avoir une efficacité au cas par cas mais ça ne réglera pas le problème général. Ça ne va sûrement pas simplifier la vie des élèves et ça servira de palliatif à la réduction réelle des inégalités territoriales», a-t-il expliqué.

Autre exemple, les 30 «sites d'excellence»: selon M. Aschieri, «on a besoin dans les quartiers de rendre attractifs les établissements scolaires, mais les sites d'excellence, ça renvoie toujours à cette idée de concurrence entre les établissements et ça risque de ghettoïser encore plus par contrecoup d'autres établissements».

Le secrétaire général du SGEN-CFDT Thierry Cadart n'a pas non plus montré beaucoup d'enthousiasme. «On a l'impression que tout ça est un peu déconnecté de ce que l'Education nationale est déjà en train de mener sur le terrain, avec notamment le Plan ambition réussite», a-t-il expliqué à l'AP. «Et puis il n'y a pas de mesure vraiment phare».

Quant à l'école de la 2e chance, «il faut la développer mais aussi faire réussir l'école de la première chance», a-t-il souligné. Très sensible à la question de la carte scolaire, le responsable cédétiste juge que sa suppression aurait «des effets dramatiques. Si le but est de multiplier les établissements ghettos pour les détruire après, c'est de la politique de gribouille».

«Les écoles de la deuxième chance, c'est de la réparation mais notre priorité c'est d'éviter que des jeunes soient sortis du système scolaire et qu'il faille ensuite les repêcher pour les réintégrer dans le monde de l'emploi et de la formation», estime de son côté l'UNSA-Education.

Internat, déplacements d'élèves en primaire pour y «découvrir un autre environnement», les propos de Nicolas Sarkozy «envoient le signal suivant: 'si vous réussissez sur le plan scolaire, on va vous sortir de votre quartier'. Comme si pour réussir professionnellement et scolairement il fallait sortir de son environnement. C'est étiqueter certains quartiers comme irrattrapables», selon l'UNSA.

Et comme la FSU, l'UNSA reproche à la logique du plan de ne «faire reposer la réussite que sur l'individu. C'est comme s'il n'y avait plus d'ambition collective».

«Et puis», observe l'organisation syndicale, «tout ça est annoncé alors que le budget de l'Education est étriqué, avec 11.200 suppressions de postes en 2008. Qui va payer? Il faut se méfier des annonces qui se concrétisent des années après. On aimerait avoir un calendrier précis de l'application de tout ça». (ap)

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