France: Plantu, célèbre dessinateur du Monde, va poser ses crayons
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FrancePlantu, célèbre dessinateur du Monde, va poser ses crayons

Le dessinateur de presse historique du journal français va prendre sa retraite le 31 mars, après plus de 50 ans de collaboration.

Plantu, ici en novembre 2019. 

Plantu, ici en novembre 2019.

AFP

Plantu, dessinateur historique du Monde, posera son crayon le 31 mars, mettant fin à une collaboration de près de 50 ans avec ce quotidien, dans un contexte chahuté par le récent départ de Xavier Gorce, un autre dessinateur maison.

Le dessinateur de presse a annoncé qu’il prendrait sa retraite peu après son 70e anniversaire. Une décision qui «n’a rien à voir» avec la polémique autour du dessinateur Xavier Gorce», a-t-il souligné à l’AFP. Ce dernier a quitté mercredi avec fracas Le Monde, reprochant au quotidien d’avoir cédé à la pression des réseaux sociaux en présentant ses excuses pour avoir publié un de ses dessins, jugé choquant par de nombreux internautes.

«Le 31 mars, a expliqué Plantu, je serai remplacé par des dessins de Cartooning for peace, l’association que j’ai créée avec (l’ancien secrétaire général de l’ONU) Kofi Annan il y a 15 ans» et, en fonction de l’actualité, il y aura «un dessin américain, russe, vénézuélien, algérien».

Cette solution a été arrêtée d’un commun accord avec le directeur du Monde, Jérôme Fénoglio. «Ça fait dix ans que je demandais au directeur du Monde qu’un petit jeune me remplace», a confié cet ardent militant de la liberté d’opinion.

Jérôme Fénoglio explique pour sa part avoir préparé avec le dessinateur, qu’il qualifie de «monument du journal», son départ «longtemps en amont» afin de marquer l’engagement «très fort» du quotidien dans le renouvellement du dessin de presse. Notamment en mettant en avant «de jeunes talents féminins» dans un milieu très masculin. Cette collaboration avec «Cartooning for peace» permettra aussi de «développer en Une des regards internationaux sur l’actualité, de varier les angles», ajoute M. Fénoglio.

«Interprète» de l’actualité

Jusqu’ici Jean Plantureux – de son vrai nom – croquait chaque jour l’actualité sur un ton volontiers railleur et décalé, réunissant souvent plusieurs faits marquants du jour dans un unique éclairage humoristique. «Certains matins, j’ai tellement peu d’inspiration que j’ai des idées noires», confiait-il en 2018. Au point de «me dessiner, une pierre autour du cou, avant de me jeter au fond d’une bassine d’eau».

Ce qui n’a pas empêché le dessinateur d’être prolifique – avec 14’000 dessins à son actif – essentiellement pour Le Monde mais aussi pour une quarantaine d’autres publications. En 2019, il a confié à la Bibliothèque nationale de France (BnF) l’essentiel de sa collection de dessins constituée de 20’000 pièces et 500 dessins originaux.

Dans son premier dessin le 1er octobre 1972 dans Le Monde, Plantu avait croqué une petite colombe, un point d’interrogation dans le bec, marquant sa perplexité quant à un accord de paix qui mettrait fin au conflit américain en «Indochine». Plantu ignorait alors que sa colombe deviendrait une véritable signature.

Au milieu des années 90, l’artiste nichera dans ses dessins une autre marque de fabrique : une petite souris, reflet de ses humeurs. Tantôt espiègle, émouvant, mordant, en colère, Plantu, devenu au fil des années une superstar du dessin de presse, n’épargne aucun sujet, parfois au prix de vives polémiques.

Militant pour la liberté d’opinion

L’assassinat de ses confrères de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, renforce le dessinateur dans son engagement pour la liberté d’expression, qu’il va «maintenant poursuivre, en France et dans le monde, dans les écoles, les hôpitaux, les lieux publics».

Au travers de son association Cartooning for peace et avec l’ONG Reporters sans frontières (RSF), Plantu mène une campagne pour que le dessin de presse soit reconnu par l’Unesco comme un droit humain fondamental. «L’humour et les images dérangeantes font partie de nos démocraties», répétait-il en 2019 dans Le Monde, après la décision du New York Times de bannir les caricatures politiques de ses éditions internationales.

Plantu a expliqué soutenir Xavier Gorce «mordicus». «J’adore son style. On doit militer pour le décalage (dans l’humour). Le sérieux est en train de nous envahir, c’est le choléra de l’imaginaire», a affirmé le dessinateur, reprenant une phrase que lui avait dite l’humoriste récemment mort Guy Bedos.

(AFP)

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