Le Mont-sur-Lausanne (VD): «Plein de billets de banque jonchaient le sol»
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Le Mont-sur-Lausanne (VD)«Plein de billets de banque jonchaient le sol»

Un an après un premier braquage, les riverains sont marqués par l'attaque d'un nouveau convoi de fonds cette nuit. Les assaillants semblent avoir fait preuve d'une grande expérience.

par
Pauline Rumpf

«On se serait cru à Badgad, avec les flammes dans la nuit et les détonations des pneus qui explosent sous l'effet de la chaleur», raconte un riverain. «Ce matin, c'était une ambiance très étrange, avec les carcasses de voiture calcinées et des billets qui traînaient sur le sol, raconte une autre. Quand on nous dit que Le Mont est une commune tranquille…»

Le braquage qui s'est déroulé juste après minuit, dans la nuit de mercredi à jeudi, n'a laissé personne indifférent dans la zone industrielle d'En Budron, sur les hauts de Lausanne. Il faut dire que c'est la deuxième fois en un an que l'entreprise de convoi de fonds installée dans la rue se fait attaquer, avec une méthode similaire.

«Du travail de spécialistes»

Selon les premiers éléments connus, les assaillants, dont le nombre est indéterminé, ont encerclé le fourgon à l'aide de plusieurs véhicules, dont une Maserati, et au moins trois camions volés sur place la nuit même dans une entreprise voisine. Ils ont forcé les convoyeurs à sortir, en les menaçant d'une arme. «Un gros calibre, probablement un fusil à pompe, c'est en tout cas ce que disent nos chauffeurs qui en ont vu d'autres pendant la guerre dans leur pays», souffle une employée de l'entreprise Roduit.

Pour ouvrir le véhicule, les braqueurs semblent avoir utilisé un harpon artisanal fait de poutres métalliques soudées entre elles et montées sur une camionnette. Du travail de pro, s'accordent à dire tous les observateurs de la scène. Ils se sont emparés d'une partie du chargement, plusieurs millions selon la rumeur. La police, elle, n'articule aucun chiffre. Avant de partir, les criminels ont incendié tous les véhicules utilisés pour le hold-up, afin d'effacer leurs traces. Leur fuite s'est effectuée dans une direction inconnue.

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Seuls des restes de véhicules calcinés étaient visibles jeudi matin après l'attaque dans la nuit d'un fourgon de transport de fonds.

Seuls des restes de véhicules calcinés étaient visibles jeudi matin après l'attaque dans la nuit d'un fourgon de transport de fonds.

Keystone/Cyril Zingaro
La zone a été bouclée par la police.

La zone a été bouclée par la police.

Keystone/Cyril Zingaro
Les braqueurs ont utilisé des véhicules volés pour bloquer les convoyeurs de fonds à quelques dizaines de mètres de l'arrivée de leur tournée.

Les braqueurs ont utilisé des véhicules volés pour bloquer les convoyeurs de fonds à quelques dizaines de mètres de l'arrivée de leur tournée.

Keystone/Cyril Zingaro

«Ils n'ont peur de rien, pourtant des gens travaillent ici toute la nuit, ils ont tout vu depuis les fenêtres, poursuit l'employée de Roduit. C'est assez traumatisant pour eux.» A l'arrivée de la police, tous les camions ont été fouillés et les caméras de surveillance analysées. Des drones ont été déployés. Selon «24 heures», qui cite France 3 Auvergne Rhône-Alpes, un véhicule a été incendié dans un garage souterrain à Ambilly, près d'Annemasse, en France voisine. Il pourrait avoir servi au braquage.

Voisins fatigués

Pour certains, c'est la grogne qui s'installe. «C'est fatiguant pour les petites entreprises du coin, estime un employé voisin. Nous allons de nouveau subir des désagréments pendant un bon moment, vu que le goudron de la route a fondu.» «Il faut qu'ils se posent des questions, peut-être qu'ils déménagent», estime un autre à l'encontre de l'entreprise de transport de fonds. Interrogé par Keystone-ATS, le syndic du Mont, Jean-Pierre Sueur, refuse de céder à l'alarmiste. Aucune réaction inquiète ne lui est parvenue pour l'instant.

Deuxième cas au même endroit, un an après

En avril 2018, un premier braquage s'était déroulé exactement au même endroit, touchant la même entreprise privée de transports de fonds. Les auteurs avaient utilisé le même genre de techniques. Ils n'ont toujours pas été retrouvés. Ces événements restent exceptionnels, précise toutefois la gendarmerie. A part le hold-up spectaculaire de Chavornay début 2018, le précédent remonte à fin 2015. «Mais c'est clair que ça fait toujours beaucoup de bruit», convient le porte-parole Alexandre Bisenz.

Convoyeur, un travail sous haute pression

Le transport de fonds se fait aussi bien de jour comme de nuit en Suisse, une façon d'exposer un peu moins les travailleurs et les habitants, explique une source qui connaît bien le domaine. Les fourgons rentrent de tournée chargés, après avoir prélevé les recettes de divers supermarchés, banques ou postes. Elles sont regroupées en un seul «hub», ce qui concentre les risques mais améliore aussi la sécurité du chargement. Les heures et les routes des tournées changent tout le temps, mais le lieu choisi hier est presque un passage obligé pour se rendre au local de l'entreprise.

Les convoyeurs sont formés, et les forces de l'ordre disposent d'une équipe spécialisée. Si le temps de réaction a semblé long pour les riverains, il est plutôt adapté, selon cette source. «On n'envoie pas deux agents en patrouille, les intervenants doivent être équipés pour faire face à des malfrats déterminés, surtout une fois qu'ils ont l'argent en main.» Reste qu'un tel événement est traumatisant pour un convoyeur. Si aucun employé ne parlait à la presse jeudi, certains auraient lancé «j'arrête» à des riverains.

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