Afrique du Sud: Plus de 1000 rhinos tués depuis début janvier
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Afrique du SudPlus de 1000 rhinos tués depuis début janvier

Le braconnage de rhinocéros en Afrique du Sud a atteint un nouveau nombre record de 1020 animaux abattus par des braconniers depuis le début de l'année

Malgré tous les moyens mis en oeuvre pour enrayer le braconnage, le massacre des rhinocéros se poursuit à un rythme «horrifiant» en Afrique du Sud, selon un dernier bilan du ministère de l'Environnement jeudi. Décornés encore vivants, ces animaux meurent d'une longue agonie.

Le ministère sud-africain de l'Environnement a indiqué que la barre du millier d'animaux abattus depuis le début de l'année avait été franchie. A 1020 rhinocéros tués au 20 novembre, c'est déjà plus que pour l'ensemble de 2013.

Pour éviter d'être repérés, les braconniers utilisent souvent des anesthésiants et non des armes à feu pour immobiliser les rhinocéros. Puis ils les décornent à la hache, encore vivants. L'animal se réveille ensuite et meurt très lentement des suites de sa blessure.

Des chiffres «horrifiants»

Les records sont tristement battus tous les ans depuis que les braconniers s'intéressent à ces pacifiques pachydermes qui ont le malheur d'avoir une corne proéminente, affublée de vertus miraculeuses en Asie.

Les autorités ont dénombré 13 cas en 2007, 33 en 2008, 122 en 2009, 333 en 2010, 448 en 2011, 668 en 2012, 1004 en 2013... Or, l'Afrique du Sud abrite les trois quarts de la population mondiale de rhinocéros, environ 20'000 individus.

Le porte-parole de l'agence des parcs nationaux SANParks, Isaac Phaahla, qualifie les derniers chiffres d'«horrifiants». «Nous pensons qu'ils auraient pu être bien pires sans nos interventions antibraconnage actuelles», assure-t-il, refusant de s'avouer vaincu.

Tristes rencontres en safari

Les visiteurs du célèbre parc national Kruger (nord-est) peuvent désormais tomber nez à nez avec des soldats, déployés pour patrouiller avec les rangers, dans cette réserve presque aussi grande que la Belgique, frontalière du Mozambique d'où viennent la plupart des braconniers.

Ailleurs dans le pays, les propriétaires de réserves privées n'osent plus promouvoir leurs rhinocéros auprès des visiteurs, de peur de les retrouver morts au détour d'une promenade.

Rhinos déménagés

C'est dans le parc Kruger qui abriterait environ 9000 rhinocéros selon le dernier recensement que l'on déplore les deux tiers des victimes et le ministère de l'Environnement a commencé à évacuer plusieurs centaines d'individus vers des habitats moins exposés, et tenus secrets.

Ailleurs en Afrique du Sud, le combat pour la survie de ces gros herbivores est devenu une cause nationale. Des concessionnaires automobiles font des dons à SANParks pour tout véhicule acheté. Une viticultrice du Cap a lancé les «Larmes de rhino» (Rhino Tears), une cuvée dont les bénéfices doivent aller à la lutte antibraconnage. On voit aussi en ville des cornes de rhino en plastique rouge à l'avant des voitures, preuve que leurs propriétaires ont fait un geste.

Croyances assassines

«Que ce soit ce mois-ci, le mois prochain ou au début 2015, on arrive vraiment au moment où les projections montrent que la mortalité va être supérieure aux naissances», constate Cathy Dean, directrice de l'ONG Save the Rhino. «Les rhinocéros se reproduisent plutôt lentement, ils n'ont qu'un petit tous les deux ans et demi à trois ans», note-t-elle.

Se vendant à prix d'or au marché noir, la corne du rhinocéros est prisée en Asie, particulièrement au Vietnam, où adeptes de médecine traditionnelle et nouveaux riches les consomment en cocktails, croyant en ses vertus curatives. Elle n'est pourtant composée que de kératine, comme les ongles humains.

Légaliser ou décorner

Pretoria, qui fait des efforts de répression, envisage maintenant de plaider pour que le commerce des cornes redevienne légal, afin de décourager les trafiquants.

Les propriétaires de réserves privées préféreraient d'ailleurs couper et commercialiser eux-mêmes les cornes - qui repoussent, tout comme les ongles - plutôt que de perdre des bêtes. En Namibie, les autorités ont décidé de décorner préventivement les animaux. (afp)

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