Yémen: Plus de 140 morts en 24 heures
Actualisé

YémenPlus de 140 morts en 24 heures

De nouveaux combats dans le sud du Yémen entre rebelles chiites et partisans du président soutenus par l'Arabie saoudite ont fait plus de 140 morts ces dernières 24 heures.

Lundi, au 12e jour de l'opération d'une coalition militaire menée par l'Arabie saoudite, les combats se sont concentrés dans le sud où au moins 141 personnes ont été tuées, dont 53 à Aden, deuxième ville du Yémen, selon un bilan obtenu de différentes sources. La situation humanitaire s'aggrave d'heure en heure dans le pays où les hôpitaux, faute de médicaments, ne peuvent plus soigner les blessés qui se comptent par centaines.

Le CICR a l'intention d'acheminer au Yémen 48 tonnes d'aide médicale et autres produits de première nécessité à bord de deux avions au cours des deux jours à venir. Ces deux vols ont reçu le feu vert de la coalition arabe qui mène des raids aériens contre les miliciens Houthis.

Le premier vol - 16 tonnes d'aide médicale - décollerait de Jordanie mercredi, a précisé mardi la porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) Marie-Claire Feghali. Le deuxième envoi est en cours de préparation à Genève et prévu pour jeudi. Outre une aide médicale, il acheminerait des tentes et des génératrices.

Mme Feghali ajoute que la Croix-Rouge cherche toujours à obtenir le feu vert pour un navire qui acheminerait de Djibouti à Aden une équipe de chirurgiens du CICR et de l'ONG Médecins sans frontières.

Risque de catastrophe humanitaire

Une coalition de plus de 10 pays menée par l'Arabie saoudite a lancé le 26 mars des frappes aériennes sur le Yémen pour repousser les miliciens chiites Houthis et venir en aide au président yéménite Abd-Rabbou Mansour Hadi.

Ces raids, ainsi que plusieurs semaines de combats entre les rebelles houthis et les partisans du président ont déjà fait des centaines de morts et déplacé des dizaines de milliers d'habitants. L'Unicef a mis en garde lundi contre le risque de catastrophe humanitaire au Yémen.

La situation est particulièrement grave à Aden, la grande ville portuaire où la population de certains quartiers est privée d'eau et d'électricité. Les affrontements se sont soldés depuis dimanche par «la mort de 17 civils et de 10 combattants des comités populaires», ces partisans du président Abd Rabbo Mansour Hadi réfugié à Ryad, ainsi que de 26 rebelles, soutenus par l'Iran.

Résistance des comités populaires

Ces miliciens et leurs alliés, des militaires fidèles à l'ex-président Ali Abdallah Saleh, qui se sont emparés l'an dernier de Sanaa et de vastes régions du nord et du centre, ont réussi début mars à avancer vers Aden. Ils y ont pris dimanche le contrôle du siège de l'administration provinciale.

Les rebelles tentaient lundi, selon des témoins, d'avancer dans le quartier Al-Moalla pour prendre un port proche. Mais ils se heurtaient à la résistance des «comités populaires», ravitaillés en armes et munitions par la coalition.

A Dhaleh (sud), 27 rebelles ont été tués dans une embuscade tendue par des combattants sudistes pro-Hadi, a indiqué un porte-parole de ces derniers. En outre, des combats ont fait 19 morts parmi les rebelles et 15 parmi des membres des «comités populaires», a déclaré un responsable provincial, ajoutant qu'un camp militaire et le siège de l'administration provinciale tenus par les rebelles avaient été visés par des raids aériens.

Après une nuit relativement calme à Sanaa, des avions de combat volant à basse altitude ont aussi mené plusieurs frappes contre des camps militaires autour de la capitale et sur une montagne surplombant le palais présidentiel, ont indiqué des témoins, notant l'absence pour la première fois en 12 jours de réplique de la DCA des rebelles.

Impossible d'évacuer les ressortissants américains

A Lahj, à l'ouest d'Aden, des raids ont visé la base aérienne d'Al-Anad et un camp militaire proche où dix rebelles ont péri, selon une source militaire. «Nous continuons à cibler les dépôts d'armes et de munitions», a déclaré le général Assiri, ajoutant que «des membres de tribus se rendaient à Aden pour défendre la ville». La Jordanie, membre de la coalition, a annoncé lundi avoir évacué, via l'Arabie saoudite, 130 de ses ressortissants, tandis que la France a évacué par mer, via le port de Balhaf (est), 63 personnes, dont 23 Français, vers Djibouti.

De leur côté, les Etats-Unis ont reconnu lundi ne pas être en mesure d'évacuer leurs ressortissants et les ont invités à quitter le Yémen en guerre par voie maritime, notamment grâce à des navires d'autres pays. Au port de Hodeida (ouest), des frégates de la Marine indienne et chinoise ont évacué respectivement 450 et 100 personnes, selon une source portuaire. Trois avions indiens et un quatrième russe ont atterri lundi à Sanaa pour des opérations d'évacuation, a rapporté un photographe de l'AFP.

Au Pakistan, la participation ou non à la coalition au Yémen fait toujours débat alors que l'Arabie saoudite a demandé à son allié sunnite des avions, des navires militaires et des troupes au sol. Le Pakistan compte près de 20% de chiites, ce qui fait de lui le deuxième pays de l'islam chiite après l'Iran.

A Ryad, le Conseil des ministres, présidé par le roi Salmane, a répété lundi que le royaume saoudien n'était «pas un va-t-en-guerre» et que sa campagne au Yémen visait à «secourir un pays voisin et l'autorité légitime». Mais la Russie s'est déclarée «déçue» par cette opération militaire sans mandat de l'ONU, appelant les parties prenantes du conflit à cesser les violences et négocier.

De son côté, le ministère chinois des Affaires étrangères a ajouté sa voix mardi aux appels en faveur d'un cessez-le-feu au Yémen, après celles de la Russie et de la Croix-Rouge. «Nous appelons les parties concernées à mettre en oeuvre rapidement un cessez-le-feu et éviter toute nouvelle victime civile», a dit la porte-parole du ministère à Pékin.

(ats/afp)

Situation humanitaire «catastrophique» à Aden

La situation humanitaire au Yémen est «très critique» et particulièrement «catastrophique» à Aden, deuxième ville du pays, théâtre de combats quotidiens entre partisans et adversaires du chef de l'Etat, a indiqué mardi une porte-parole de la Croix-Rouge. «La situation humanitaire est très critique au Yémen, pays qui importe 90% de ses produits alimentaires», a déclaré à l'AFP la porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Sanaa, Marie-Claire Feghali.

Outre les liaisons aériennes et maritimes désormais coupées, les infrastructures dans le pays ont été sérieusement affectées par les combats depuis le déclenchement le 26 mars de raids aériens de la coalition menée par l'Arabie saoudite, a-t-elle ajouté. «Le moins que l'on puisse dire, c'est que la situation est catastrophique» à Aden, la grande cité portuaire du sud, où «la guerre a gagné tous les coins de la ville», a indiqué Mme Feghali. En raison de l'intensité des combats, la plupart des quelque 800'000 habitants «ne peuvent même pas s'enfuir», selon elle.

Plus de 540 tués depuis le 19 mars

Au moins 540 personnes ont été tuées et 1.700 blessées au Yémen depuis le 19 mars, a annoncé mardi à Genève un porte-parole de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Ce bilan date du 6 avril, a dit le porte-parole Christian Lindmeier lors d'un point de presse.

De son côté, un porte-parole du Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef), Christophe Boulierac, a indiqué qu'«au moins 74 enfants ont été tués et 44 blessés depuis le 26 mars». Mais l'organisation considère «que le nombre d'enfants tués est beaucoup plus élevé», a-t-il ajouté.

L'Unicef estime par ailleurs à 1 million le nombre d'enfants qui ne peuvent pas aller à l'école. «Les enfants devraient recevoir une protection immédiate», a déclaré M. Boulierac. Il a indiqué que du personnel sur le terrain essayait de déterminer comment ces enfants étaient morts.

Ton opinion