23.09.2020 à 20:53

BélarusPlus de 150 interpellations après l’investiture de Loukachenko

La police bélarusse a procédé à de nombreuses arrestations ce mercredi lors des manifestations contre la prestation de serment inattendue du président Alexandre Loukachenko. Plusieurs pays européens ont affirmé ne pas reconnaître sa réélection.

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Le président bélarusse Alexandre Loukachenko s’est entretenu samedi pendant plusieurs heures avec des opposants emprisonnés, dont un ex-candidat à la présidentielle. (Samedi 10 octobre 2020)

Le président bélarusse Alexandre Loukachenko s’est entretenu samedi pendant plusieurs heures avec des opposants emprisonnés, dont un ex-candidat à la présidentielle. (Samedi 10 octobre 2020)

KEYSTONE
La police bélarusse a annoncé avoir procédé à des arrestations et utilisé un canon à eau contre les manifestants à Minsk.

La police bélarusse a annoncé avoir procédé à des arrestations et utilisé un canon à eau contre les manifestants à Minsk.

Keystone
Le mouvement de contestation contre Alexandre Loukachenko rassemble tous les dimanches des dizaines de milliers de personnes malgré la répression.

Le mouvement de contestation contre Alexandre Loukachenko rassemble tous les dimanches des dizaines de milliers de personnes malgré la répression.

KEYSTONE

Plus de 150 arrestations: la police bélarusse a dispersé mercredi des manifestations de l’opposition contre la prestation de serment inattendue du président bélarusse Alexandre Loukachenko, confronté à un mouvement de contestation historique.

Des États européens ont dénoncé l’obstination d’Alexandre Loukachenko. Le gouvernement allemand a jugé que «le secret» entourant la cérémonie d’investiture était «révélateur» des faiblesses du régime et que faute de «légitimité démocratique» et donc que Berlin ne reconnaissait pas la réélection d’Alexandre Loukachenko.

Le Premier ministre des Pays-Bas, Mark Rutte, a aussi affirmé ne pas reconnaître la réélection d’Alexandre Loukachenko. Le chef de la diplomatie lituanienne Linas Linkevicius a lui raillé «une investiture frauduleuse», tandis que le porte-parole de la diplomatie lettone a soutenu qu’elle ne faisait qu’«aggraver» la crise politique en cours.

Le Département d’État américain a déclaré que les États-Unis «ne peuvent pas considérer Alexandre Loukachenko comme le président légitimement élu du Bélarus». «Les élections du 9 août n’étaient ni libres ni justes. Les résultats annoncés étaient truqués et ne confèrent aucune légitimité», a affirmé un porte-parole de la diplomatie américaine.

Plusieurs milliers de personnes

Selon des correspondants de l’AFP, plusieurs milliers de personnes ont défilé dans la soirée contre le chef d’État sur l’avenue des Vainqueurs, dans le centre de Minsk.

Des canons à eau sont ensuite entrés en action et des policiers antiémeutes encagoulés ont procédé à des dizaines d’arrestations. Au moins deux personnes ont été blessées par des coups de matraque, selon des témoins interrogés par l’AFP. Du gaz lacrymogène a également été utilisé.

L’ONG de défense des droits humains Viasna a recensé au moins 153 arrestations, en grande majorité à Minsk, mais également à Mogilev, Gomel et dans d’autres villes.

Couronne en carton

De nombreux manifestants portaient de fausses couronnes en carton sur la tête, dans une allusion à la prestation de serment du président Loukachenko.

«Nous ne t’avons pas choisi!» «Tu n’as pas pris tes fonctions, tu es juste devenu complètement sénile!» pouvait-on lire sur des pancartes.

Fait exceptionnel, la cérémonie d’investiture d’Alexandre Loukachenko puis la présidence n’ont été annoncées mercredi qu’une fois terminées par l’agence de presse d’État Belta.

Dans la matinée, le cortège présidentiel avait défilé à toute vitesse sur l’artère principale de Minsk, fermée au public, et les forces de l’ordre avaient été déployées en nombre autour de la présidence.

«Une farce»

«Cette prétendue investiture est évidemment une farce», a dénoncé Svetlana Tikhanovskaïa, la principale rivale d’Alexandre Loukachenko, qui s’est exilée en Lituanie et qui a une nouvelle fois revendiqué sa victoire à la présidentielle.

Pour l’opposition, cette cérémonie, qui devait avoir lieu légalement avant le 9 octobre, a été organisée en catimini de crainte d’une nouvelle grande manifestation.

Dans son discours, Alexandre Loukachenko a affirmé que son pays avait résisté à une «révolution de couleur», surnom donné en ex-URSS aux mouvements populaires ayant fait s’effondrer plusieurs régimes autoritaires depuis le début des années 2000.

«Notre État était face à un défi sans précédent (…) mais nous sommes parmi les seuls, sinon les seuls, chez qui la ‹révolution de couleur› n’a pas fonctionné», a-t-il assuré.

Il est ensuite apparu en uniforme militaire dans un discours devant des soldats au garde-à-vous. «Vous avez sauvé la paix sur ce bout de terre, vous avez défendu la souveraineté et l’indépendance de notre pays», leur a lancé Alexandre Loukachenko.

Selon lui, les Occidentaux voulaient le renverser pour se servir du Bélarus comme tremplin pour une guerre contre la Russie.

Contestation inédite

Alexandre Loukachenko est confronté depuis la présidentielle du 9 août à une contestation inédite, des dizaines de milliers de personnes descendant dans la rue chaque dimanche à Minsk, malgré la répression policière, pour dénoncer sa réélection jugée frauduleuse.

Les premiers jours, les manifestations avaient été réprimées très violemment et des milliers de personnes arrêtées. Les figures de l’opposition ont été soit incarcérées, soit contraintes à l’exil.

Alexandre Loukachenko, qui accuse les Occidentaux d’avoir orchestré la protestation, a promis une vague révision constitutionnelle pour répondre à cette crise. Mais il a exclu tout dialogue avec les détracteurs du régime qu’il dirige depuis 1994.

La Russie l’a assuré de son soutien, bien que dans les semaines ayant précédé la présidentielle il ait accusé Moscou de chercher à le chasser du pouvoir pour pouvoir vassaliser son pays.

L’UE menace quant à elle de sanctionner Minsk, mais n’a pas décidé de mesures, en raison de divergences internes.

(ATS/NXP)

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