Actualisé 08.02.2011 à 10:42

Assurance chômagePlus de 16'000 personnes vont perdre leur droit

Dès le 1er avril, des milliers de chômeurs risquent fort de perdre leur droit à toucher des indemnités avec l'entrée en vigueur de la révision de la loi sur l'assurance chômage.

Les chômeurs suisses vont trinquer en avril.

Les chômeurs suisses vont trinquer en avril.

Jusqu'à un tiers des 16'000 chômeurs qui vont perdre leur droit en avril pourraient avoir recours à l'aide sociale.

La réforme de l'assurance chômage, contestée par la gauche et les syndicats, mais approuvée en septembre par le peuple, prévoit diverses réductions des prestations, en particulier une diminution de la durée des indemnités.

Un jeune de moins de 25 ans n'aura plus droit qu'à 200 jours d'indemnités contre 400 auparavant s'il a cotisé entre 12 et 24 mois. Les chômeurs de 25 à 55 ans auront droit à 260 jours au lieu de 400 s'ils ont cotisé entre 12 et 18 mois.

En décembre, le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann avait indiqué devant le Conseil national que quelque 14'000 à 17'000 chômeurs seraient concernés, soit 10 à 12% du nombre de personnes inscrites dans les offices de travail. Un ordre de grandeur confirmé par une enquête de l'ATS auprès des cantons.

Selon les données obtenues, entre 15'400 et 16'100 chômeurs devraient perdre leurs indemnités au 1er avril. Il manque toutefois les chiffres du plus grand canton de Suisse, Zurich, indisponibles.

Suisse romande plus touchée

Proportionnellement à la population active, les cantons latins seront davantage touchés, avec quelque 7100 à 7500 chômeurs qui arriveront en fin de droit. Le raccourcissement de la durée des prestations a des effets plus importants à Genève, Vaud, Neuchâtel, Jura et Tessin, qui avaient été autorisés à augmenter la durée des prestations de 400 à 520 jours en raison d'un fort taux de chômage régional.

Ce privilège supprimé par la révision de la loi, les autorités vaudoises s'attendent à voir quelque 2500 chômeurs perdre leurs indemnités. Environ 1300 personnes devraient être concernées à Genève, entre 1200 et 1400 à Neuchâtel, entre 600 et 700 en Valais, 300 dans le canton du Jura et un peu moins de 250 dans celui de Fribourg.

Aide sociale

Pour un certain nombre de ces chômeurs, la perte des indemnités journalières signifiera la perte de tout revenu et donc le recours à l'aide sociale. Les autorités peinent à chiffrer exactement le nombre de personnes concernées. Pour avoir droit à l'aide sociale, une personne doit posséder moins de 4000 francs de fortune. Et cela dépendra beaucoup de l'évolution du marché de l'emploi au cours des prochains mois, expliquent-elles.

Les responsables estiment néanmoins qu'entre un tiers et un cinquième des chômeurs en fin de droit vont recourrir à l'aide sociale après le 1er avril. Président de la Conférence suisse des institutions d'action sociale, Walter Schmid évalue ce nombre à environ 5000, soit environ 30% des personnes qui cesseront de toucher des indemnités.

«Choc sans précédent»

A Lausanne, les services sociaux se préparent à affronter «un choc sans précédent», a indiqué Françoise Jaques, cheffe du Service cantonal de prévoyance et d'aides sociales. La ville s'attend à accueillir environ 500 nouveaux requérants au Revenu d'insertion, alors qu'ils devraient être au total un millier dans tout le canton.

Pour faire face à cet afflux, «chaque centre social régional devra renforcer ses équipes», a expliqué Mme Jaques. Dans la seule ville de Lausanne, qui s'occupe d'environ 40% des cas, une douzaine de postes à plein temps sont en train d'être créés.

A Genève, 900 personnes pourraient recourir à l'aide sociale. «Nous avons toutefois de bonnes raisons de penser que nous serons en dessous de ce chiffre», a dit Bernard Favre, secrétaire général adjoint au département de la solidarité et de l'emploi.

Craintes exagérées en 2003

Dans les autres cantons romands, les autorités n'ont pas pu indiquer précisément combien de chômeurs seraient concernés. A Neuchâtel c'est en général un sur trois, à Fribourg un sur cinq.

Le chef du service fribourgeois de l'emploi, Marc Genilloud, rappelle toutefois qu'une réduction des indemnités avait eu lieu à l'été 2003 déjà. «Certains avaient peint le diable sur la muraille mais la modification avait été bien digérée, car étalée sur plusieurs mois selon les situations individuelles.»

(ats)

Charges supplémentaires

Pour les cantons et les communes, la révision de la loi sur l'assurance chômage devrait engendrer des charges supplémentaires d'au moins 100 millions de francs par an. Ils devront en particulier supporter les coûts liés à la hausse des recours à l'aide sociale.

Selon les calculs du Secrétariat d'Etat à l'économie, avant la votation sur l'assurance chômage en septembre dernier, le transfert de charges se chiffrerait à 98,5 millions de francs. Une autre étude, menée en 2009 pour le compte de la Conférence des directeurs cantonaux des affaires sociales, évoquait des surcoûts de 137 à 236 millions.

Le canton de Vaud évalue à 25 millions l'impact financier qu'engendrera en 2011 l'entrée en vigueur le 1er avril de la nouvelle loi. Ce montant, pour moitié à charge des communes et pour l'autre à celle du canton, inclut le coût des prestations et leur délivrance, à savoir la création de nouveaux postes, a indiqué Françoise Jaques, cheffe du service cantonal de prévoyance et d'aides sociales.

A Genève, en tenant compte du scénario le moins optimiste, la charge reportée sur l'Hospice général s'élèvera à 11 millions de francs. «Nous n'aurons pas besoin de demander une rallonge budgétaire», a expliqué Bernard Favre, secrétaire général adjoint au département de la solidarité et de l'emploi. En cas de déficit pour cause d'augmentation de la précarité, l'Hospice général bénéficie en effet de la garantie de l'Etat.

Impact anticipé

Le canton de Neuchâtel a aussi anticipé une augmentation des charges sociales. Quelque 4 millions de francs supplémentaires ont été budgétisés pour 2011, a indiqué Pierre-Alain Borel du service de l'emploi.

A Bâle-Ville et au Tessin, les responsables ont évalué l'impact financier respectivement entre 3 et 6 millions et entre 5,6 et 13 millions. Leurs homologues des autres cantons, interrogés par l'ATS, n'ont en revanche pas pu fournir d'estimations.

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