Animaux  - Plus de 200 espèces menacées par les conflits dans le monde 
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Animaux Plus de 200 espèces menacées par les conflits dans le monde

Selon un rapport de l’Union internationale pour la conservation de la nature, la protection de la nature joue même un rôle important dans la prévention des conflits.

Un bébé gorille dans la forêt du parc national de Kahuzi-Biega dans le nord-est de la République démocratique du Congo, le 30 septembre 2019, une espèce en danger critique d'extinction.

Un bébé gorille dans la forêt du parc national de Kahuzi-Biega dans le nord-est de la République démocratique du Congo, le 30 septembre 2019, une espèce en danger critique d'extinction.

AFP

Guerres, conflits, exercices militaires sont autant de menaces qui pèsent sur plus de 200 espèces dans le monde, comme les éléphants et les gorilles de l’Est, a alerté mercredi l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Dans un rapport, l’UICN, dont les 1400 organisations membres comprennent notamment des Etats, des ONG et des institutions scientifiques, dénonce l’effet dévastateur des conflits armés et autres violences générées par l’Homme sur l’environnement.

L’organisation basée près de Genève souligne aussi que la dégradation de la nature favorise les conflits et demande que la protection de l’environnement et la gestion durable des ressources naturelles soient considérées comme des outils de paix. «La dégradation de la nature augmente le risque de conflit, tandis que les guerres dévastent non seulement des vies, mais aussi l’environnement», a indiqué le directeur général de l’UICN, Bruno Oberle, dans un communiqué. Ce rapport – le premier d’une série consacrée à la nature dans un monde globalisé – constate que les conflits armés sont particulièrement fréquents dans certaines des régions du monde les plus riches en biodiversité.

Selon l’UICN, 219 espèces menacées sont confrontées aux «guerres, troubles civils et exercices militaires». Alors que certains de ces animaux sont tués, d’autres voient leur écosystème ravagé. Plusieurs espèces emblématiques sont ainsi menacées par les guerres, comme le gorille de l’Est, en danger critique d’extinction, qui vit en République démocratique du Congo, au Rwanda et en Ouganda.

Impact dramatique

Le rapport revient ainsi sur l’impact dramatique de certains conflits sur certaines espèces. Durant le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994, par exemple, 90% des grands mammifères du parc national de l’Akagera ont été tués, indique le rapport. Ce génocide a poussé des milliers de personnes à fuir à travers les zones protégées, les obligeant à tuer des animaux pour se nourrir. Autre exemple cité, rien qu’en 2007, pas moins de 2000 éléphants ont été tués par des milices soudanaises entrées en Centrafrique, selon le rapport.

Le document observe par ailleurs que la dégradation de l’environnement est associée à un risque plus élevé de conflit. Après avoir examiné plus de 85’000 conflits armés s’étant produits au cours des 30 dernières années et ayant causé la mort de plus de deux millions de personnes, l’UICN conclut que ces violences étaient plus susceptibles d’éclater dans les pays où les terres agricoles sont moins productives et où les sécheresses sont fréquentes. Pour l’économiste en chef de l’UICN, Juha Siikamaki, «ces résultats suggèrent que la protection et la gestion durable des ressources naturelles peuvent contribuer à réduire les pressions qui alimentent les conflits».

Prévention des conflits

«A mesure que la dégradation de l’environnement et le changement climatique s’intensifient, il devient de plus en plus important de tenir compte des liens entre les conflits et l’environnement lors de l’élaboration des politiques de sécurité, de développement et environnementale», a estimé Juha Siikamaki, dans le communiqué. Le rapport constate aussi que les conflits sont moins fréquents à l’intérieur des réserves naturelles et des autres zones protégées. «La protection, la gestion durable et équitable de la nature jouent un rôle important dans la prévention des conflits et le retour à la paix», a insisté Kristen Walker, qui préside la commission de l’UICN sur les politiques environnementales, économiques et sociales.

Ces efforts permettent notamment «de soutenir les moyens de subsistance et le bien-être des communautés locales et autochtones en temps de paix et contribuent à réduire le risque d’éclatement des conflits», a-t-elle souligné. Le rapport énumère aussi un certain nombre de recommandations politiques visant à atténuer et à prévenir les conflits armés, notamment la mise en place de mesures de protection pour le personnel des zones protégées et autres défenseurs de la nature. Il appelle également à des «sanctions contre ceux qui commettent des crimes de guerre environnementaux».

(AFP)

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