Genève / Lausanne - Plus de 200 livreurs de repas perdent leur emploi

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Genève / LausannePlus de 200 livreurs de repas perdent leur emploi

Une société sous-traitante de Smood a renvoyé plusieurs dizaines d’employés, avec en toile de fond la problématique du nouveau salaire minimum genevois, qui touche également des Vaudois.

par
Pauline Rumpf / Jérôme Faas
Les livreurs virés travaillaient pour un sous-traitant de Smood, géant suisse du repas à domicile.

Les livreurs virés travaillaient pour un sous-traitant de Smood, géant suisse du repas à domicile.

20 minutes / Vanessa Lam

La société AlloService a licencié plus de deux-cents de livreurs de repas voici trois semaines à Genève et à Lausanne, a annoncé la RTS ce lundi. L’entreprise est un sous-traitant de l’un des géants suisses du secteur, Smood. Le renvoi des employés constituerait une conséquence de l’adoption par Genève, cet automne, d’un salaire minimum de 23,14 francs de l’heure. AlloService a été contraint d’adapter ses contrats à la hausse, ce qui lui aurait valu, a expliqué une membre de sa direction à la télévision, des pertes excédant 120’000 francs. Les salaires des Vaudois auraient été adaptés de la même façon, par souci d’équité. Smood aurait refusé de s’acquitter de cette somme, ce qui aurait forcé le sous-traitant se séparer de ses collaborateurs.

Pour Umberto Bandiera, syndicaliste à Unia Genève, «il s’agit d’un conflit entre les deux sociétés, dont les livreurs paient les pots cassés». Sur le modèle développé par Uber, Smood n’embauche pas directement de livreurs, mais passe par des sous-traitants. En l’occurrence, Simple Pay et AlloService, «qui sont presque entièrement dépendants de Smood, puisque la quasi-totalité de leur activité s’effectue pour son compte.»

Vaudois entraînés dans la tourmente

Pour l’heure, seule AlloService a opté pour des licenciements, observe Umberto Bandiera. «La société aurait sur ses listes 260 personnes qui travaillaient pour Smood. 180 officieraient sur Genève, 80 dans le canton de Vaud. Du jour au lendemain, tous les comptes de ces livreurs auraient été fermés par Smood – qui en aurait directement réembauché quelques dizaines.» Ni les critères de réengagement ni les conditions du nouvel emploi ne sont clairs à ce jour. «J’ai reçu une feuille m’annonçant mon licenciement deux jours plus tard, et un message Whatsapp de mon chef, témoigne un employé lausannois. Comme je suis payé à l’heure, mon salaire s’est vite arrêté. On nous a dit d’écrire un mail si on voulait repostuler chez Smood, mais on n’a pas eu de réponse.»

Des travailleurs vaudois qui pâtissent de l’introduction du salaire minimum à Genève, c’est inédit, selon Aymen Belhadj, secrétaire syndical pour Unia Vaud. Pourquoi ne pas adapter uniquement les contrats genevois? «AlloService se justifie en expliquant qu’ils ont voulu maintenir l’équité entre les salariés. Pour nous, ce genre de montages de sociétés cache probablement d’autres stratégies, et ouvre plein de questions.»

L’Etat pas mis au courant

Les syndicats Unia et SIT réclament dorénavant l’ouverture formelle d’une procédure de licenciement collectif, comprenant une consultation des employés, étapes pour l’instant ignorées à Genève comme dans le canton de Vaud. «C’est indispensable, dès lors qu’au niveau romand, il s’agit d’un gros licenciement, qui plus est d’une population déjà précarisée», observe Umberto Bandiera. Ce lundi, l’office cantonal de l’emploi de Genève a indiqué via Laurent Paoliello, porte-parole du département de l’emploi, qu'à ce jour, «aucune annonce de licenciement collectif émanant d'une société de livraison n'a été faite».

Smood, appelée à s’exprimer sur le sujet, a transmis sa position par écrit. Elle a indiqué qu’AlloService était «un prestataire de transport qui semble connaître des difficultés. Des discussions sont en cours et Smood est dans l’attente d’un retour de ce prestataire.» Elle précise avoir accepté la candidature de 45 livreurs travaillant précédemment pour AlloService.

Licenciement collectif, mode d’emploi

A Genève, les règles en matière de licenciement collectif sont les suivantes: si l’entreprise compte entre 100 et 299 employés, elle est tenue de les consulter si le licenciement concerne plus de 10% des travailleurs. Une fois cette consultation achevée, la société doit annoncer son projet de licenciement à l’Etat. Si elle emploie au moins 250 employés et qu’au moins trente perdent leur emploi, un plan social doit en sus être négocié avec le personnel.

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