«Drug checking»: Plus de 200 mg de MDMA dans une ecstasy sur cinq
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«Drug checking»Plus de 200 mg de MDMA dans une ecstasy sur cinq

L'an dernier, le centre d'information sur les drogues de Zurich a testé deux fois plus de stupéfiants qu'en 2015. Il met en garde contre de la cocaïne coupée à des substances problématiques et des pilules surdosées.

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ofu/ced
Depuis 2011, le laboratoire recense un nombre toujours grandissant de pilules surdosées, contenant plus de 160 mg de MDMA.

Depuis 2011, le laboratoire recense un nombre toujours grandissant de pilules surdosées, contenant plus de 160 mg de MDMA.

Keystone/Alessandro Della Bella

Le «drug checking», soit faire tester sa drogue pour en connaître sa composition, est une pratique toujours plus courante à Zurich. Au total, 3050 personnes, dont 70% d'hommes, se sont rendues l'an dernier au centre d'information sur les drogues de Zurich (DIZ) pour y faire analyser leurs produits stupéfiants. Un nombre quasi deux fois plus élevé qu'en 2015.

«Nous sommes bien occupés, mais pas sous l'eau», explique à «20 Minuten» Christian Kobel, en charge de l'association zurichoise Streetwork, qui chapeaute le DIZ.

Graves problèmes de santé

Un coup d'oeil sur les chiffres montre que la cocaïne est le stupéfiant ayant été testé le plus souvent (43%). Bien plus de la moitié des échantillons de poudre blanche analysés étaient coupés avec des produits psychoactifs. La plupart du temps, il s'agissait de lévamisole, un médicament utilisé en médecine vétérinaire pour lutter contre les vers. Il a la particularité de faire ressentir de manière plus intense l'effet de la cocaïne. Mais ce produit peut mener à de graves problèmes de santé, dont des nécroses de la peau, en cas de consommation régulière.

L'amphétamine (20%) et les pilules ou poudres de MDMA (18%), principe actif de l'ecstasy, ont également souvent été testées. Depuis 2011, le DIZ recense un nombre toujours grandissant de pilules surdosées, contenant plus de 160 mg de MDMA. Il s'agit là de la dose maximale pour un homme pesant 106 kg ou une femme pesant 123 kg. «Cette évolution est inquiétante, d'autant plus que la forte concentration ne se voit pas en regardant la pilule», explique Christian Kobel.

Foie et reins mis à rude épreuve

Autre record inquiétant: l'an dernier, près d'un cinquième des pilules analysées contenaient plus de 200 mg de MDMA. Une telle concentration peut provoquer des crampes, des nausées, des vomissements et une pression sanguine élevée (lire encadré). Ces drogues surdosées mettent également à rude épreuve le foie et les reins des consommateurs.

«Nous mettons en garde les consommateurs contre les éventuels risques qu'ils encourent lors de discussions privées», affirme le dirigeant de Streetwork. Il note également que 120 personnes ont décidé de suivre une thérapie après avoir discuté avec le personnel du DIZ. Christian Kobel précise aussi qu'il arrive souvent que des consommateurs finissent par ne pas reprendre leur drogue parce qu'ils ne veulent pas ingurgiter des produits coupés ou surdosés.

Un projet similaire à l'étude à Genève

Actuellement, il existe deux endroits en Suisse où il est possible de faire tester sa drogue: le DIZ à Zurich et le laboratoire fixe DIB+ à Berne. L'association de prévention Nuit Blanche? a déposé fin 2014 un dossier pour mettre en place un dispositif d'analyse de substances à Genève en partenariat avec le service d'addictologie des HUG. Ce projet est actuellement étudié par le Canton et s'inspire du modèle alémanique de «drug checking».

Faire circuler des informations sur des drogues dangereuses

Contacté par «20 minutes», Addiction Suisse explique que ces laboratoires sont une des mesures existantes de réduction des risques. «Les analyses de drogues sont toujours accompagnées d'un questionnaire à remplir et d'un dialogue avec le consommateur», précise ainsi la porte-parole Corine Kibora. Et d'ajouter: «Ces analyses et ce conseil permettent de prendre du recul face à la consommation.» A la question de savoir si cette démarche ne banalisait pas le fait de prendre de stupéfiants, elle répond: «Ça met en lumière que la consommation de drogues existe, et qu'elle n'est pas sans risques. Cette démarche permet aussi de faire circuler des informations sur des drogues spécialement dangereuses, comme les pilules hautement dosées et les mélanges douteux.»

Des associations tirent la sonnette d'alarme

Début février, une petite pilule rose sculptée à l'image de l'emblème du FC Barcelone a mis les milieux bâlois de la prévention en alerte parce que sa teneur en MDMA se monte à 188,9 mg. Mi-décembre, l'Usine à Genève avait placardé des affiches sur ses murs pour mettre les clients en garde contre une petite tête rose d'Anonymous. «Trois personnes ont vomi et perdu connaissance après avoir pris cette pilule: il nous a paru important de faire circuler l'info», avait alors expliqué à «20 minutes» Robina Campbell, programmatrice de PTR, association basée à l'Usine.

«Les cas d'intoxication aiguë peuvent mettre la vie de la personne en danger»

Sur son site, Addiction Suisse rappelle que les effets secondaires fréquents de la consommation d'ecstasy sont: la dilatation des pupilles et une vue troublée, la sécheresse de la bouche, les crampes musculaires, les maux de tête, les vertiges et la nausée ainsi qu'une augmentation de la température du corps. «Les cas d'intoxication aiguë peuvent mettre la vie de la personne en danger. On peut les déceler à travers les symptômes comme des crampes, une déshydratation et une surchauffe du corps, une chute de la pression sanguine, des troubles cardiovasculaires, un oedème pulmonaire ou une dysfonction du foie et des reins.»

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