Royaume-Uni: Plus de 500 patients pas réanimés alors qu’ils n’avaient rien signé
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Royaume-UniPlus de 500 patients pas réanimés alors qu’ils n’avaient rien signé

Depuis le début de la crise sanitaire, un ordre de non-réanimation a été appliqué sur 508 personnes qui n’avaient pourtant pas donné leur accord, selon une étude britannique.

Depuis le début de la pandémie, 9679 ordonnances de non-réanimation (NTBR) ont été appliquées dans les hôpitaux du Royaume-Uni. Sur ces 9679, 508 auraient été exécutées sans le consentement du patient, d’un de leur proche ou de leur soignant, selon une étude menée par la Care Quality Commission (CQC)* citée par la BBC. Un ordre de non-réanimation, c’est un document qui consigne la volonté d’une personne de ne pas faire l’objet d’une réanimation cardio-respiratoire si elle cesse de respirer ou que son cœur arrête de battre.

«Depuis le début de la pandémie de Covid-19, on s’est inquiété du fait que les décisions de «ne pas tenter de réanimation cardio-pulmonaire» étaient prises sans impliquer les personnes, ou leurs familles et/ou leurs soignants si elles le souhaitaient, et qu’elles étaient appliquées à des groupes de personnes, plutôt que de prendre en compte les circonstances individuelles de chaque personne», peut-on lire dans l’étude.

Un octogénaire «bouleversé et confus»

Il est ressorti d’un sondage mené auprès de 2048 prestataires de soins sociaux que 5,2% des décisions de non-réanimation prises depuis le 17 mars 2020 «n’avaient pas été convenues lors d’une discussion avec la personne, son parent ou son soignant», indique le rapport. L’étude cite l’exemple d’une maison de retraite en particulier, où une ordonnance NTBR a été appliquée, avec ou sans accord préalable, à toutes les personnes de plus de 80 ans atteintes de démence.

L’étude s’est notamment intéressée au cas d’un homme prénommé Jim, écrit CNN. Cet individu âgé de plus de 80 ans avait été hospitalisé au début de la pandémie pour une infection pulmonaire. «Jim, qui travaillait encore, était normalement en forme, bien portant et actif et sortait la plupart des semaines en voiture pour rendre visite à des amis ou aller au cinéma», explique le rapport. Environ 12 heures après son hospitalisation, Jim a appelé sa fille Melanie. «Bouleversé et confus», l’octogénaire a annoncé à sa fille qu’il avait renoncé à la vie et qu’il allait décéder. «Il lui a dit qu’un médecin avait ordonné qu’on ne remette pas son cœur en marche s’il s’arrêtait. Il était bouleversé d’avoir accepté parce qu’il ne voulait pas mourir», peut-on lire dans le document.

La fille du patient a expliqué à la CQC qu’elle avait essayé de parler de cette décision au personnel médical et infirmier. «Comme Jim était capable de prendre des décisions concernant ses soins, personne n’avait discuté de la décision avec elle. Cependant, elle était préoccupée par le fait que son père était vulnérable parce qu’il était malade, qu’il était susceptible d’être confus car il avait une mauvaise infection, et qu’il était tout seul. Elle pensait qu’il avait simplement fait ce que le personnel médical et infirmier lui disait», explique l’étude.

Une Britannique de 58 ans concernée

Sonia Deleon, qui souffrait de troubles de l’apprentissage et de schizophrénie, est décédée en avril dernier à l’hôpital universitaire de Southend d’une crise cardiaque après avoir contracté le Covid-19. L’hôpital affirme que l’ordre de non-réanimation avait été convenu avec la famille de la Britannique de 58 ans. Nous n’avons pas été consultés. Nous nous y serions opposés, rétorque Sally-Rose Cyrille, la sœur de Sonia. «J’ai l’impression que Sonia a été totalement méprisée. Elle a été dévalorisée, déshumanisée et sa vie n’avait aucune valeur. (…) Ça m’a choquée au plus haut point», ajoute Sally-Rose.

Ce rapport a été publié après que le ministère britannique de la Santé et des Soins sociaux a demandé un examen rapide des décisions de ne pas réanimer. Des «inquiétudes quant à leur application inappropriée à des groupes de personnes à leur insu» étaient apparues. En novembre dernier, un rapport intermédiaire de la CQC avait déjà révélé que «la combinaison d’une pression sans précédent sur les prestataires de soins et de l’élaboration rapide de directives, a pu conduire à ce que les décisions concernant le NTBR soit confondues avec d’autres évaluations cliniques concernant les soins critiques.»

*La Care Quality Commission (CQC) est l’organisme indépendant de réglementation des soins de santé et des services sociaux pour adultes au Royaume-Uni.

(joc)

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