Chine: Plus de clopes dans les lieux publics
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ChinePlus de clopes dans les lieux publics

A partir de dimanche il sera interdit de fumer dans les espaces publics fermés en Chine, en tout cas en principe car, au royaume du tabac, on peut douter d'une réelle application de la mesure.

Dans un pays où l'on tire volontiers sur sa cigarette dans les ascenseurs des immeubles ou dans les salles d'attente des hôpitaux, la nouvelle loi s'inspire en apparence des législations des pays développés.

«Le ministère chinois de la Santé a fait un grand pas dans sa lutte antitabac», se félicite Kelly Henning, médecin de l'association Bloomberg philanthropies qui milite contre le tabagisme.

Les millions de fumeurs pas inquiets

Vu de près cependant, le texte apparaît lapidaire, flou et largement méconnu du public. Il ne semble d'ailleurs pas inquiéter les centaines de millions de fumeurs en Chine, premier producteur et consommateur de tabac au monde.

«Je ne crois pas que cette interdiction de fumer aura un grand effet», confie à l'AFP Yang Lei, une Pékinoise trentenaire accro au tabac depuis quatre ans. «La Chine regorge de lois et de règlements, mais combien sont vraiment appliqués?»

«En Chine, quand vous êtes au restaurant, les gens fument même s'il y a un panneau Interdiction de fumer. Quand vous dînez avec des amis, très peu de personnes demandent aux autres si la fumée les dérange. Les patrons de restaurant vont très rarement demander à leurs clients d'éteindre leur cigarette», poursuit Mme Yang.

300 millions de fumeurs

Personne ici n'a oublié que les autorités avaient promis des jeux Olympiques (en 2008 à Pékin) et une Exposition universelle (en 2010 à Shanghai) «non-fumeurs», des engagements très peu respectés dans les faits.

Le pays de 1,3 milliard d'habitants compte plus de 300 millions de consommateurs de cigarettes. Le tabac y tue plus d'un million de personnes par an, un nombre qui selon des experts chinois et étrangers pourrait tripler d'ici 2030.

Selon ces mêmes spécialistes, le monopole d'État de l'industrie du tabac, qui rapporte près d'un dixième des recettes fiscales nationales, fait obstacle aux mesures antitabac. Certains paquets coûtent seulement 3 yuans (0,33 euro).

De fait, Pékin a donné l'impression d'adopter cette dernière législation en traînant les pieds: le texte entre en vigueur avec quatre mois de retard sur la date limite prévue par la Convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac, dont la Chine est partie. Aucune campagne de sensibilisation digne de ce nom n'a été prévue.

La nouvelle loi prévoit de restreindre les distributeurs automatiques de cigarettes. Selon le texte, les «opérateurs d'établissements commerciaux dans des lieux publics» doivent afficher des notices «interdit de fumer» et prendre l'initiative d'empêcher les fumeurs d'en griller une.

Selon la presse, les usines et les bureaux ne seraient pas concernés par l'interdiction de fumer. Quant aux bars, restaurants, transports publics, une grande inconnue plane sur la mise en application des règles.

Les gens ne vont pas changer

«Les points cruciaux sont le contrôle, l'exécution et la collecte des amendes. Qui donc va s'en occuper? Si ces éléments manquent, le respect (de l'interdiction de fumer) devient facultatif», souligne Teh-wei Hu, professeur spécialisé en santé publique à l'Université de Californie (Berkeley).

Cet expert doute d'une réelle volonté au sommet de l'Etat dans la lutte antitabac. «Etant donné le système politique chinois, il faudrait que le Premier ministre et le président, ou encore que le vice-Premier ministre soulèvent publiquement la question. Jusqu'à maintenant on ne les a pas entendus sur le sujet».

Chen Chi, 22 ans, finance ses études en travaillant comme serveur dans un restaurant de Pékin. Il avoue ne pas être au courant de la nouvelle loi.

«Les gens ne vont pas changer», dit-il. «De plus en plus de jeunes hommes se mettent à fumer».

(afp)

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