Genève: Les 1683 colis alimentaires n’ont pas suffi
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GenèveLes 1683 colis alimentaires n’ont pas suffi

La distribution de sacs de première nécessité a attiré un très grand nombre de personnes ce samedi aux Vernets.

par
Jérôme Faas
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1683 sacs ont été préparés par les bénévoles.

1683 sacs ont été préparés par les bénévoles.

20 Minutes / jef
La distribution s’effectue dans la patinoire des Vernets.

La distribution s’effectue dans la patinoire des Vernets.

20 Minutes / jef
Des produits frais et des produits d’hygiène complètent la base alimentaire de chaque colis.

Des produits frais et des produits d’hygiène complètent la base alimentaire de chaque colis.

20 Minutes / jef

Il est onze heures et demi ce samedi matin. Le soleil cogne. Une interminable queue de 800 mètres s’étire de la patinoire des Vernets jusqu’au centre sportif de la Queue d’Arve. Des centaines de personnes patientent pour recevoir le colis alimentaire que distribue l’association Caravane de solidarité. A quelques mètres du but, une femme explique être arrivée à 8 heures du matin. Peu avant, une intervenante de Médecins sans frontières sollicitait l’autorisation de donner un sac à une femme enceinte se sentant mal après trois heures de progression dans la file.

La Genève qu’on ne voit pas ou si peu d’ordinaire est là, au grand jour, à battre le pavé pour manger. Pour beaucoup, il s’agit de clandestins n’ayant pas droit aux aides. Les latino-américains sont majoritaires, beaucoup de Philippines sont là. «Ce sont les employées domestiques des familles de Vésenaz et de Champel», résume la conseillère administrative Verte Esther Alder, venue superviser le dispositif coordonné par la Ville de Genève et organisé par la Caravane de solidarité en partenariat avec les Colis du cœur et Partage.

Déjà du monde à l’aube

L’épidémie de coronavirus a brutalement privé toutes ces petites mains de travail et de revenu. Elles affluent donc aux Vernets pour obtenir un sac alimentaire. La distribution débute à neuf heures, mais «à six heures, il y avait déjà du monde, expose Tatiana Lista, la responsable des bénévoles. A sept heures et quart, 250 personnes attendaient. Les gens ont eu peur qu’il n’y ait pas assez de sacs pour tout le monde. Voici deux semaines, à l’école Hugo-de-Senger, nous n’avions que 650 colis pour 1200 personnes.» La semaine passée, 1370 cabas avaient pu être distribués. Cette fois, 1450 sacs ont été préparés.

Légumes et fruits frais

Grâce à la solidarité, notamment, des maraîchers, leur contenu a pu être étoffé par rapport à la semaine passée: des légumes et des fruits frais ont été ajoutés à la base standard constituée de riz, de pâtes, d’huile, de sucre, de farine, de sauce tomate, de thon et d’un set d’hygiène. D’autres denrées s’y sont greffées: du café soluble, du cacao, de l’avoine, des lentilles, des fruits secs, du chocolat, des biscuits. Des couches et des lingettes sont aussi données aux familles avec des bébés, et toutes obtiennent des serviettes hygiéniques. La valeur du sac de base atteint 22 francs, sans compter les produits frais. «A la sortie, les gens reçoivent aussi deux bons alimentaires de 20 francs chacun», détaille Tatiana Lista, afin qu’ils puissent tenir la semaine.

Un problème qui va durer

Les distributions sont encore prévues durant tout le mois de mai. «On a un problème qui va s’étaler dans le temps, juge la bénévole. Il y a une petite reprise qui se fait, les gens recommencent à trouver des petits boulots, mais seulement quelques heures ici et là. Nous ne pensons pas que les besoins vont s’arrêter.» Justement, jeudi, le Conseil d’Etat a pris un arrêté afin que l’organe genevois de répartition des bénéfices de la Loterie Romande puisse donner un million de francs aux Colis du Cœur. Ce montant doit couvrir les besoins jusqu’à la fin du mois de juin.

De plus en plus de demandeurs

1683 colis alimentaires ont été distribués ce samedi aux Vernets, a indiqué la Ville de Genève en fin d’après-midi. Vu la forte affluence (l’attente a pu atteindre six heures), tout le monde n’a pas pu bénéficier de l’aide souhaitée. La Municipalité dit s’inquiéter de l’augmentation régulière du nombre de demandeurs. Pour ce seul samedi, Pierre Philippe, le directeur des Colis du Coeur, a enregistré 662 nouvelles personnes dans les bases de données - ce qui leur permet de recevoir chaque semaine un bon de 50 à 150 francs en fonction de la taille des familles. “C’est dire que ces distributions ont permis de faire émerger toute une population qui, jusqu’ici, échappait au radar.” Les HUG et Médecins sans frontières, qui ont mené la semaine dernière une étude portant sur 550 bénéficiaires, ont par ailleurs découvert que les moitié d’entre eux étaient éligibles aux droits sociaux, et devaient donc être orientés vers les aides adéquates. “Au-delà de l’accès à l’alimentation, c’est l’accès aux droits sociaux que nous devons défendre pour toute cette population”, a plaidé la conseillère administrative Esther Alder.

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