Genève: Poggia mis en scène devant un camp de concentration nazi

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GenèvePoggia mis en scène devant un camp de concentration nazi

Un photomontage assimile l’élu à un nazi promouvant le télétravail. Le conseiller d’Etat va porter plainte pénale.

par
Maria Pineiro
Le magistrat genevois va porter plainte. (KEYSTONE/Salvatore Di Nolfi)

Le magistrat genevois va porter plainte. (KEYSTONE/Salvatore Di Nolfi)

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«Le télétravail rend libre». Ce slogan, qui rappelle celui surplombant l’entrée des camps d’extermination nazis, a servi de base à un montage photo des plus douteux. Sur l’image publiée sur Facebook, on voit le conseiller d’Etat Mauro Poggia, le pouce levé devant la tristement célèbre voie ferrée d’accès à Auschwitz-Birkenau. Dans certains commentaires, le magistrat est en outre copieusement insulté.

Mis au courant par des connaissances durant le week-end, l’élu estime qu’il s’agit d’une «grave dérive du débat démocratique». Il est fermement décidé à porter plainte. «Une ligne rouge a été franchie, c’est indigne. Je souhaite que les auteurs soient identifiés et mis face à leurs responsabilités.» Une position soutenue par la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD). Johanne Gurfinkiel, son secrétaire général, se dit outré de voir un élu assimilé aux nazis. C’est une «banalisation inacceptable des atrocités commises par le IIIe Reich».

Il constate néanmoins que «la référence à la Shoah fait partie du cartable du complotiste et que l’antisémitisme ressurgit régulièrement en période de crise». Sur d’autres profils Facebook, on peut effectivement tomber sur des photos de représentants publics avec en arrière fond des symboles nazis tels que brassard et l’étendard rouges ou saluts hitlériens. L’avocat Nicolas Capt «constate effectivement une certain effet cocote minute depuis le début de la crise sanitaire. L es interventions en ligne constituent une forme, problématique, d’exutoire.»

La critique a des limites

Si un élu doit avoir le cuir épais, il n’en reste pas moins que la critique a des limites. Pénalement, précise Maître Capt, il y a l’atteinte à l’honneur si «la critique ne se limite pas à rabaisser les qualités de l’homme politique et la valeur de son action, mais est également de nature à l’exposer au mépris en tant qu’être humain.» Quant à la responsabilité pénale du diffuseur, à savoir les réseaux sociaux, l’homme de loi note qu’à «plusieurs reprises, et la dernière fois en décembre 2017, le Conseil fédéral a affirmé qu’il n’y avait pas lieu de légiférer sur la responsabilité pénale des fournisseurs de service que sont notamment Facebook et Twitter. Il a notamment considéré que l’obligation d’effacer ou de bloquer un message diffusé sur un réseau social sur simple annonce d’un utilisateur, indépendamment de toute décision administrative ou judiciaire, posait de délicates questions de compatibilité avec les droits fondamentaux, notamment avec la liberté d’expression».

Pour régler le problème des images diffamatoires ou des insultes, Mauro Poggia estime qu'il faut, au possible, que les réseaux sociaux s'assurent de l'identité des contributeurs. «On pourrait imaginer une sorte de passeport numérique.»

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