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Affaire PolanskiPolanski a «refusé la demande d'extradition»

Le cinéaste franco-polonais Roman Polanski, 76 ans, a «refusé la demande d'extradition dont il est l'objet de la part des Etats-Unis» après son arrestation en Suisse pour une affaire de moeurs vieille de 30 ans, a annoncé lundi son avocat Me Hervé Temime, dans un communiqué.

En attendant, son défenseur suisse va demander sans délai sa remise en liberté, éventuellement sous conditions. Cette dernière solution «n'est pas exclue», mais elle est «très très rarement» accordée, selon Guido Balmer, porte-parole du Département fédéral de justice et police.

Une libération sous caution liée à un assignement à résidence dans le chalet de Roman Polanski à Gstaad est envisageable, a ajouté M.Balmer.

Les avocats de Roman Polanski disposent d'un délai de dix jours, à partir de son arrestation, pour faire recours auprès du Tribunal pénal fédéral (TPF) pour s'opposer à sa mise en détention en vue d'une extradition. De leur côté, les Etats-Unis disposent de 60 jours pour déposer une demande définitive d'extradition auprès des autorités suisses. Là également, Roman Polanski peut recourir au TPF. En dernière instance, il peut s'adresser au Tribunal fédéral.

Le réalisateur franco-polonais, 76 ans, a passé sa deuxième nuit en prison. Il avait été arrêté samedi soir à sa descente d'avion à Zurich, où il devait recevoir un prix pour l'ensemble de son oeuvre au Festival du film de la ville.

L'avocat français de Polanski, Me Hervé Témime, a annoncé au quotidien Le Figaro qu'il allait demander la remise en liberté de son client, en évoquant «un problème de prescription» pour cette affaire remontant à 1977.

«Il apparaît déjà qu'un problème de prescription de l'action publique se pose à l'évidence dans une affaire où, faut-il le rappeler, la victime supposée de l'infraction s'est désistée depuis de très longues années», a déclaré Me Temime.

Le chef de la diplomatie polonaise Radoslaw Sikorski avait annoncé dimanche que Varsovie et Paris allaient demander ensemble à Washington la libération du cinéaste.

La justice américaine dispose de 40 jours pour présenter une demande d'extradition officielle, délai qui peut être prolongé de 20 jours. Polanski peut faire appel de toutes les phases de la procédure.

Selon l'avocat genevois Charles Poncet, «les Suisses ne peuvent pas dire non», car, selon le traité d'extradition en vigueur entre les deux pays, «ils ont l'obligation d'extrader».

Les amis du réalisateur ne se résignent pas à cette perspective: des cinéastes et artistes du monde entier ont lancé une pétition pour exiger sa «remise en liberté immédiate» et dénoncent un «traquenard policier».

Parmi les premiers signataires figurent Costa-Gavras, Wong Kar-Wai, Fanny Ardant, Ettore Scola, Marco Bellocchio, Giuseppe Tornatore, Monica Bellucci, Abderrahmane Sissako, Tony Gatlif, Pierre Jolivet, Jean-Jacques Beineix, Paolo Sorrentino, Michele Placido, Barbet Schroeder, Gilles Jacob et Bertrand Tavernier.

L'Association suisse des scénaristes et réalisateurs de films a dénoncé «un scandale juridique qui nuira à la réputation de la Suisse à travers le monde».

Les réalisateurs de films polonais, menés par Andrzej Wajda, ont demandé à leur gouvernement d'éviter «un lynchage judiciaire».

Le ministre français de la Culture et de la Communication, Frédéric Mitterrand, a jugé «absolument épouvantable» l'arrestation du cinéaste «pour une histoire ancienne qui n'a pas vraiment de sens», ajoutant que le président Nicolas Sarkozy suit l'affaire «très attentivement».

La Bulgare Irina Bokova, élue directrice générale de l'Unesco, a jugé «choquante» l'arrestation.

Les soutiens du cinéaste dénoncent «l'acharnement» de la justice américaine, alors que l'adolescente avec laquelle Roman Polanski a eu des «relations sexuelles illégales», aujourd'hui une mère de famille de 45 ans, a demandé l'abandon des poursuites.

L'affaire a d'autant plus surpris que Polanski venait régulièrement sans être inquiété en Suisse, où il possède une maison dans la station alpine huppée de Gstaad.

Le parquet de Los Angeles a indiqué avoir planifié l'arrestation la semaine dernière, après avoir eu vent de sa prochaine venue à Zurich, envoyant alors un mandat d'arrêt.

Pour la ministre suisse de la Justice Eveline Wildmer-Schlumpf, il n'y avait «pas d'autre solution» que de l'arrêter. Et si cela n'a pas été fait avant, c'est que les autorités helvétiques ne connaissaient jusqu'alors pas ses déplacements à l'avance, a-t-elle assuré.

La réaction du ministre français de la culture Frédéric Mitterrand

(ats/afp)

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