Football: Retour sur une finale chaotique au Stade de France
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FootballRetour sur une finale chaotique au Stade de France

La finale de la Ligue des champions a été marquée par des scènes de chaos et de désorganisation à l’extérieur du stade, samedi soir à Paris.

L’UEFA explique que le désordre a été causé par un problème de «billets contrefaits» causant des goulots d’étranglement.

L’UEFA explique que le désordre a été causé par un problème de «billets contrefaits» causant des goulots d’étranglement.

AFP

Supporters massés devant les grilles, resquilleurs en pagaille et interventions musclées de la police... Délocalisée au pied levé à Saint-Denis, la finale de Ligue des champions Liverpool-Real Madrid (0-1) a offert samedi des scènes de chaos, suggérant des dysfonctionnements dans l’organisation de l’événement.

Que s’est-il passé ?

Alors que l’avant-match avait été bon enfant, la tension est montée à l’approche de la rencontre, initialement prévu à 21: d’immenses files d’attente se sont formées aux abords du Stade de France, où le filtrage des supporters se faisait au compte-goutte, au point que l’UEFA a repoussé le coup d’envoi de 36 minutes, fait inédit dans l’histoire récente de l’épreuve.

Au moins un millier de supporters se sont retrouvés bloqués, criant «Open the gate» («ouvrez le portail»). Puis des tentatives d’intrusion de la part de personnes sans billet ont mis à mal le dispositif. Des gaz lacrymogènes ont été lancés pour empêcher quelques dizaines d’individus, dont certains ne portaient les couleurs d’aucun des deux clubs, d’escalader les barrières.

«Il y a eu des bousculades, des mouvements de foule, nous avons apporté des réponses», a expliqué une source policière, alors que 105 personnes ont été interpellées. Certains fans anglais, venus en famille, se sont plaints d’avoir été pris pour cible. «Je suis enseignant, je n’ai jamais été aspergé de gaz lacrymogène avant. (...) La police m’a poussé contre la porte, ce n’était pas nécessaire. Ils se comportaient comme s’ils avaient une armée en face d’eux», s’est plaint, en larmes, Pete Blades, professeur de français à Liverpool de 57 ans.

Les files d’attente n’ont été résorbées qu’à la mi-temps.

Pourquoi ces engorgements?

Près de 7000 policiers, gendarmes et pompiers étaient mobilisés samedi. Deux périmètres de sécurité étaient déployés: un préfiltrage à environ 200 mètres de l’enceinte, puis un deuxième sur le parvis du stade, avec tourniquets.

Selon deux représentants de supporters présents au stade de France, un problème d’aiguillage de la foule a accentué les engorgements. Venus de préférence par le RER D en raison de grèves affectant le RER B, les supporters de Liverpool se sont retrouvés face à seulement 4 accès de préfiltrage, alors qu’il y avait 13 accès à la sortie du RER B, rapporte l’une de ces sources.

«Cela a créé un phénomène d’étouffement et d’écrasement du côté du RER D», pointe-t-elle, déplorant un manque de stadiers pour orienter les flux. A l’inverse, côté organisateurs, les effectifs étaient jugés suffisants. Selon une source ayant participé à l’organisation, «le pré-filtrage a cédé, (les supporters) sont arrivés aux portes et toute la difficulté à été de les contenir».

Quel impact des faux billets?

L’UEFA a dénoncé l’afflux de milliers de spectateurs munis de tickets contrefaits, qui ont encombré les tourniquets et ralenti l’accès. Une source proche du gouvernement a fait valoir dimanche qu’il s’agissait d’«un problème sportif plus que sécuritaire», provoqué par ces «milliers de faux billets».

«Il y a eu énormément de faux billets», admet une source proche de l’organisation. Il y avait des billets «blockchain» (ndlr: authentifiables numériquement) mais l’UEFA a cédé à la demande de Liverpool «qui a demandé à avoir 20 000 billets papier», et il y a eu «des photocopies, des imitations grossières, d’autres très bien faites».

Le défenseur de Liverpool Andy Robertson a rapporté après la rencontre qu’un de ses proches, à qui il avait offert un vrai billet, s’était vu répondre que son ticket était faux. «C’était très mal organisé», a fustigé l’Ecossais. Des supporters ont également fait état de vols de billet.

Un temps de préparation trop court?

Il faut habituellement plus d’un an pour préparer un tel événement planétaire. Mais après l’invasion russe de l’Ukraine, la Fédération française de football (FFF) a récupéré fin février l’organisation initialement confiée à Saint-Pétersbourg.

Et ce temps réduit a pu peser, comme l’avait laissé entendre vendredi le président de l’UEFA Aleksander Ceferin dans un entretien à l’AFP: «J’ai dit à mes équipes: «Ne me dites pas que vous avez besoin d’un an ou deux, parce qu’on n’a que trois semaines». Ce n’est pas facile», avait-il souligné.

Une source proche de l’exécutif a admis une insuffisante mobilité des forces de l’ordre, qui ont «surréagi» face aux événements festifs, sur fond d’«insuffisante préparation», et de «sous-évaluation du nombre de supporters».

«Ça pose la question de la capacité de la France à organiser des événements de cette taille-là», pointe de son côté Ronan Evain, directeur exécutif du réseau Football Supporters Europe (FSE), alors que le Mondial 2023 de rugby et les JO 2024 vont avoir lieu en France. «On continue de reproduire les mêmes schémas d’organisation qui ont déjà échoué dans le passé.»

(AFP)

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