24.09.2020 à 19:03

Deux poids, deux mesures?Police bernoise accusée de «racisme institutionnel»

Les forces de l’ordre ont eu recours à la force pour disperser une manifestation en faveur des droits des requérants d’asile, mardi à Berne. Une attitude qui serait à l’opposé de celle adoptée face aux activistes pro-climat qui occupaient la place Fédérale le même jour.

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ofu/ats

La police cantonale bernoise se retrouve sous le feu des critiques après une intervention remontant à mardi, dans la capitale. Les forces de l’ordre ont en effet dispersé des manifestants à coups de balles en caoutchouc, substance irritante et lances à eau. Les personnes s’étaient réunies à Berne sans autorisation pour témoigner de leur solidarité envers les requérants d’asile déboutés et pour remettre en cause le régime d’aide d’urgence, jugé défaillant. Des partis de gauche et diverses organisations reprochent alors à la police d’avoir réagi de manière «excessive» et, surtout, de s’être montrée plus violente envers ces manifestants qu’à l’égard de ceux en faveur du climat, qui ont occupé la place Fédérale le même jour.

«J’étais sur la place Fédérale, et bien que le rassemblement soit illégal, la police a été très respectueuse avec les manifestants, comme souvent, raconte un militant lausannois. Même lors de blocages de Extinction Rebellion, j’ai toujours trouvé la police super tolérante. Mais dans l’autre manifestation, composée principalement d’étrangers sans permis de séjour légal, je l’ai découverte en train de tirer sans sommation, armée comme je ne l’avais jamais vue de ma vie dans aucune manifestation illégale pour le climat, formée à 99% des bobos suisses que nous sommes. Quand nous avons rejoint leur défilé, les tirs ont miraculeusement cessé.» Le jeune homme estime que la réponse policière et le jugement de l’opinion publique est empreinte d’un racisme systémique. «On avait conscience de cette réalité mais là, nous l’avons vécue d’une façon impressionnante.»

«Manifestants paisibles»

L’association AntiRep Bern reproche aux forces de l’ordre d’avoir fait preuve de «racisme institutionnel». Les agents auraient davantage cherché le dialogue avec les manifestants pro-climat, pour la plupart des ados blancs, qu’avec les manifestants en faveur des requérants d’asile, parmi lesquels figuraient de nombreuses personnes de couleur. Ces gens-là auraient subi «toute la dureté de la police», critique l’association. Les Juristes Démocrates Berne critiquent eux aussi l’utilisation des lances à eau à une distance d’environ 3 mètres, tout comme l’utilisation de balles en caoutchouc envers des «manifestants paisibles».

«Je suis allé personnellement parler avec la police, calmement, mais elle n’a rien voulu écouter, raconte Amar, 26 ans. Quand nous avons essayé de nous déplacer vers la place Fédérale, les problèmes ont commencé: on s’est fait tirer dessus avec des balles en caoutchouc, des canons à eau et des gaz lacrymogènes. Pourtant, nous n’avons jamais été menaçants, et il y avait des enfants avec nous. Mais la police ne nous respecte pas. Nous continuerons à nous battre pour nos droits et nous remercions les militants climatiques, car leur présence nous a protégés.»

Poussé par la police

Une vidéo circulant sur les réseaux sociaux montre par ailleurs un agent de police pousser un passant. L’homme, d’un certain âge, perd l’équilibre et tombe au sol. Lorsque plusieurs personnes veulent intervenir, un deuxième policier frappe un homme au visage. Contactée par Watson.ch, la police cantonale bernoise précise que l’enregistrement ne permet pas de savoir tout ce qui s’est passé avant ces scènes. «Selon le témoignage de nos collaborateurs, leur véhicule a été bloqué par un groupe de personnes. Lorsqu’ils sont sortis pour libérer le passage, une brève bagarre a éclaté.» Les forces de l’ordre précisent qu’elles vont enquêter sur cet incident.

Plainte d’un journaliste

La police bernoise a par ailleurs enregistré la plainte d’un journaliste travaillant pour un quotidien suisse, rapporte Watson.ch. Il aurait tenté de filmer le coup de poing asséné au visage d’un manifestant par un agent de police. Mais il en aurait été empêché par un autre policier, qui aurait mis la main devant sa caméra. Divers autres médias affirment que leurs journalistes ont été repoussés par les forces de l’ordre alors que la loi les autorise à observer une intervention, du moment qu’ils ne dérangent pas leur travail.

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