Police judiciaire genevoise: fini de rire
Actualisé

Police judiciaire genevoise: fini de rire

Le chef de la police judiciaire a été rétrogradé. On lui reproche d'avoir étouffé des affaires, de partouze et de coups de pied.

Le rapport sur le fonctionnement de la Direction de la police judiciaire publié jeudi à Genève est accablant pour Mario Chevalier. A tel point qu'il ne sera pas confirmé dans ses fonctions et que le poste sera repourvu.

«Mario Chevalier n'a pas démontré les qualités d'autorité, de conduite et de rigueur qu'on était en droit d'attendre de lui», a expliqué le conseiller d'Etat Laurent Moutinot, chef du Département des institutions. Le commandant ne sera donc pas confirmé dans ses fonctions et occupera «une position conforme à ses compétences». Ce n'est pas un placard doré et il n'y aura pas de sanctions disciplinaires, a précisé à la Radio suisse romande le conseiller d'Etat.

Le chef du Département a souligné qu'il était «totalement inadmissible» qu'une partouze se tienne dans les locaux de la police et qu'il était aussi totalement inadmissible que l'affaire soit étouffée. J'espère que l'image écornée de la maison soit un électrochoc, a-t-il ajouté. Il s'agit aujourd'hui pour les autorités d'instaurer un climat de travail serein. «Le processus sera extrêmement transparent», a promis Laurent Moutinot, en faisant allusion à la désignation du successeur du commandant.

Perte d'autorité

«La situation au sein de la direction de la police judiciaire, caractérisée par l'apparition de deux clans antagonistes, est moins le résultat d'une querelle de personnes que d'une perte d'autorité subie par le commandant du fait du mode de conduite qu'il a adopté», a conclu l'auteur du rapport, l'ancien président du Conseil d'Etat et avocat Bernard Ziegler. Il ne demandait donc pas le maintien dans ses fonctions de l'actuel commandant, tout en observant qu'il ne suffira pas de donner un nouveau chef à la PJ: d'autres réformes sont à entreprendre en tenant compte notamment de l'unification de la procédure pénale en Suisse.

Un des griefs fait au commandant est que sa vision de la discipline serait celle de la «vieille école», consistant à traiter les infractions disciplinaires par de simples «barrées», même si les fautes commises doivent donner lieu à l'ouverture d'une procédure pénale. Des fautes de discipline mineures auraient été parfois sévèrement sanctionnées, ce qui a conduit à des inégalités de traitement. En outre, le commandant a privilégié l'ancienneté sur les compétences lorsqu'il s'agissait de décider de questions de promotion. Ce qui n'est pas conforme aux dispositions légales.

Partouze et coups de pied

L'affaire de la partouze, nommée pudiquement affaire du canapé dans le rapport, s'est déroulée entre novembre 2004 et l'été 2005, les versions étant floues. Deux inspecteurs et un gendarme ont emmené des femmes dans les locaux sécurisés de la Brigade d'observation et entretenu des relations sexuelles avec elles. La partouze a été filmée et photographiée par les protagonistes au moyen d'un téléphone portable. Les photos et le film ont ensuite circulé parmi les collaborateurs de la PJ.

L'autre affaire, à laquelle le commandant n'a pas donné les suites qui s'imposaient, est celle des coups de pied le 2 juin 2006. Lors d'une arrestation, un inspecteur a donné des coups de pied au visage d'un prévenu qui se trouvait menotté à terre. Face à l'inaction du commandant, c'est finalement la responsable de la police, Monika Bonfanti, qui déposera plainte pénale contre l'inspecteur impliqué. (ats)

Ton opinion