Actualisé 12.06.2012 à 11:09

Euro 2012Pologne - Russie: Un match classé à hauts risques

Le climat délétère qui règne autour du match Pologne - Russie de mardi (20h45), dans le groupe A de l'Euro 2012, relègue le football au second plan.

Les tabloïds polonais, ici "Super Express", n'hésitent pas à exacerber la rivalité polono-russe.

Les tabloïds polonais, ici "Super Express", n'hésitent pas à exacerber la rivalité polono-russe.

La rencontre sera capitale pour les deux formations. Les Polonais ont besoin d'une victoire après leur nul en ouverture et les Russes peuventt se qualifier pour les quarts s'ils s'imposent.

Un succès à Varsovie validerait en effet le billet de la Sbornaja pour le prochain tour et plongerait par contre le pays co-organisateur dans une situation extrêmement inconfortable. Des deux équipes, la Russie semble posséder les meilleurs atouts après la belle impression laissée contre la République tchèque (4-1). Mais aux Dzagoev et Arshavin, les Aigles polonais peuvent aussi répondre par Lewandowski - buteur lors du 1-1 inaugural contre la Grèce - ou encore Blaszczykowski. La Pologne devra par contre se passer de son gardien Szczesny (Arsenal), suspendu après son carton rouge de vendredi, et espérera un autre miracle du remplaçant Tyton, qui avait stoppé un penalty grec dès son entrée en jeu.

Alors que, sur le papier, cette opposition a largement de quoi susciter l'enthousiasme, les immenses tensions entre les deux pays sur le plan politique ont tendance à déplacer la lumière des projecteurs vers l'extérieur du stade. Cette rencontre, classée à hauts risques, agit comme le catalyseur des vieilles rancunes entre deux nations au passé commun et compliqué.

Smolensk toujours présent

L'histoire liant la Pologne à la Russie est faite de rivalité, du temps où les deux empires se faisaient face, du temps de la révolution bolchévique des années 20, du temps du pacte entre Hitler et Staline en 1939 ou encore du temps de la mainmise communiste post-deuxième Guerre mondiale. Exacerbée par la presse tabloïd polonaise, cette rivalité est séculaire, comme l'a expliqué à l'afp le politologue polonais Slawomir Debski. «On entretient des mythes. Les Polonais prêtent à la Russie l'intention de détruire l'Etat polonais. Et du côté russe, il y a le mythe d'une Pologne frondeuse qui cherche toujours à nuire aux intérêts de la Russie. Des hommes politiques exploitent ces mythes, de part et d'autre.»

Les Polonais sont encore profondément marqués par le décès dans un crash aérien à Smolensk (Rus), en 2010, de leur président Lech Kaczynski, de son épouse et de plusieurs responsables politiques. Ils sont d'ailleurs près de 20 %, selon un sondage récent, à soutenir la thèse du complot fomenté par Moscou. A commencer par Jaroslaw Kaczynski, ancien Premier ministre, chef de l'opposition et, surtout, frère jumeau du président défunt.

«La vérité»

Avec son parti Droit et Justice, il organise chaque dixième jour du mois une commémoration en l'honneur des victimes devant le Palais présidentiel. Soit juste en face de l'hôtel étrangement choisi par la Fédération russe de football comme camp de base pendant l'Euro. Une provocation pour beaucoup.

Souhaitant calmer le jeu, le président de la Fédération Sergueï Foursenko et le sélectionneur Dick Advocaat ont fleuri dimanche matin une plaque dédiée aux victimes de la catastrophe, quelques instants après la cérémonie mensuelle organisée par Jaroslaw Kaczynski et ses partisans. L'ancien Premier ministre avait promis une «trêve politique» durant l'Euro et, globalement, il a tenu parole.

Le rassemblement s'est en effet déroulé sobrement et sans éclat, même si une banderole rédigée en russe proclamait: «Monsieur Poutine, la vérité, même la pire, sur Katyn et Smolensk peut nous réconcilier. Le mensonge jamais».

Défilé explosif

Mais la Fédération russe n'a pas le monopole des mauvaises idées, partageant la palme avec les autorités de Varsovie. Celles-ci ont en effet autorisé les supporters russes à défiler mardi dans les rues de la capitale en direction du Stade national, faisant craindre des débordements à tout moment. D'une part parce que les Polonais voient en cette procession une nouvelle humiliation, assurant être prêt à intervenir au moindre signe ostentatoire insultant, telles les armoiries de l'URSS.

D'autre part parce que des hooligans russes ont déjà fait parler d'eux en ce début d'Euro, avec des interdictions de stades prononcées, des bagarres en marge du premier match à Wroclaw (des agents de sécurité ont dû être hospitalisés), des chants racistes et des banderoles nationalistes illicites brandies. Mardi, la Vistule peut s'embraser à la moindre étincelle. (ats)

Les équipes probables:

Pologne - Russie.

Mardi, 20h45. Stade national, Varsovie. Arbitre Stark (All).

Pologne: 22 Tyton; 20 Piszczek, 13 Wasilewski, 15 Perquis, 2 Boenisch; 11 Murawski, 7 Polanski; 16 Blaszczykowski, 10 Obraniak, 8 Rybus; 9 Lewandowski.

Russie: 16 Malafeeev; 2 Anyukov, 12 Beresuzki, 4 Ignashevisch, 5 Zhirkov; 8 Zyryanov, 7 Denisov, 6 Shirokov; 17 Dzagoev, 10 Arshavin; 11 Kerzhakov.

Note: la Pologne sans Szczesny (suspendu).

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