Actualisé 22.11.2015 à 18:27

Winterthour (ZH)Port du voile récompensé avec de l'argent

Des islamistes recrutent de jeunes personnes, à Winterthour, pour aller combattre aux côtés du groupe Etat islamique, en Syrie. Pour les inciter, ils n'hésitent pas à les payer.

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Les responsables de la mosquée An'Nur effectuent, depuis le week-end dernier, des contrôles d'identité à l'entrée du lieu de prière.

Les responsables de la mosquée An'Nur effectuent, depuis le week-end dernier, des contrôles d'identité à l'entrée du lieu de prière.

«Le groupe Etat islamique dispose d'une cellule à Winterthour. Elle est liée d'une manière ou d'une autre à la mosquée An'Nur.» C'est ce qu'avait affirmé en début de semaine Kurt Pelda, journaliste et connaisseur de la Syrie, au quotidien «Landbote».

Des propos confirmés ce dimanche par la «NZZ am Sonntag». Selon le dominical, plusieurs ados et jeunes adultes - radicalisés dans l'entourage de la mosquée An'Nur - auraient dernièrement quitté la Suisse pour aller rejoindre les rangs du groupe Etat islamique en Syrie. Le politicien local Blerim Bunjaku (PS) confirme que plusieurs prêcheurs tentent de manipuler ceux qui visitent le lieu de prière en question. Selon le socialiste, certains islamistes vont même jusqu'à récompenser avec de l'argent les personnes obéissantes. «Ils paient des jeunes femmes pour les inciter à porter le voile», affirme Blerim Bunjaku. Et d'ajouter: «Les frères de ces jeunes femmes sont eux aussi récompensés s'ils parviennent à convaincre leurs sœurs de porter le niqab.»

Création d'un groupe de travail

Selon Blerim Bunjaku, le montant de la récompense avoisine les 200 francs et plus. «Il arrive que des gens empochent plusieurs primes s'ils se comportent correctement. J'ai entendu parler de jeunes qui ont ainsi touché jusqu'à 2000 francs. Les recruteurs doivent avoir suffisamment d'argent.» Le politicien note que les prêcheurs en question «travaillent» non seulement à Winterthour, mais également à Embrach (ZH).

Blerim Bunjaku vient désormais de créer un groupe de travail pour éviter que davantage de jeunes ne se fassent endoctriner. Il a ainsi demandé aux associations culturelles musulmanes, qui gèrent les différentes mosquées du canton, de bien vouloir faire en sorte qu'un membre du comité directeur assiste aux prières, afin de s'assurer que personne ne tente de recruter des gens pour le jihad.

Contrôles d'identité avant de rentrer dans la mosquée

Les efforts menés par le socialiste semblent porter leurs fruits. La mosquée An'Nur effectue depuis le week-end dernier des contrôles de personnes: celui qui souhaite se rendre dans le lieu de prière doit montrer sa carte d'identité. Un responsable du lieu de culte a par ailleurs assuré au «Landbote» qu'il allait veiller à ce qu'au moins un membre du comité directeur soit présent au moment des prières, mais aussi durant les autres moments de la journée. Malgré cette première bonne nouvelle, Blerim Bunjaku reste réaliste. «Pour que cela fonctionne, il faut que toutes les mosquées jouent le jeu.»

Winterthour avait été désigné pour la première fois comme lieu de recrutement de jihadistes en décembre 2014. Deux ados, un garçon de 16 ans et une fille de 15 ans, issus de la localité zurichoise, étaient partis faire le jihad en Syrie. Leur père avait désespérément tenté de les retrouver, afin de les motiver à rentrer à la maison.

Une application suisse très appréciée des jihadistes?

Selon des recherches de la «SonntagsZeitung», les terroristes du groupe Etat islamique utiliseraient une application - créée à Pfäffikon (SZ) - pour communiquer entre eux et pour planifier leurs opérations. L'app, nommée Threema, est d'autant plus appréciée des jihadistes qu'elle permet aux utilisateurs de communiquer entre eux en toute sécurité. En effet, le programme est tellement codé qu'il est quasi impossible, pour une tierce personne, d'accéder aux messages envoyés.

Le dominical affirme que l'Office fédéral de la police (fedpol) a déjà contacté les créateurs de cette application au moins une fois dans le cadre d'une de ses enquêtes. La fedpol leur aurait demandé de décrypter des messages envoyés entre personnes suspectes. Ni les patrons de Threema, ni la fedpol ou le Service de renseignement de la Confédération n'ont cependant souhaité s'exprimer à ce sujet.

Bambins confrontés à la propagande de l'EI

Les enfants sont également confrontés à la propagande pour le groupe Etat islamique (EI) dans la mouvance de la mosquée de Winterthour (ZH), selon une enquête du «SonntagsBlick». De petits garçons apparaissent sur des vidéos de l'EI, l'index levé - le signe de l'EI - devant le drapeau noir de l'organisation sunnite extrémiste. Des pères, fiers, publieraient ces clichés sur internet. Le président de la mosquée, Atef Sahnoun, nie ces allégations. Interrogées par le dominical, plusieurs femmes confirment que leurs maris, mais également leurs propres enfants se font radicaliser au sein de la mosquée An'Nur. Elles accusent les autorités de ne pas être suffisamment présentes pour lutter contre ce problème.

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