Société: Porter son masque sous le nez: le manspreading qui ne dit pas son nom
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SociétéPorter son masque sous le nez: le manspreading qui ne dit pas son nom

Les hommes auraient une tendance plus grande que les femmes à ne pas porter leur masque correctement. Manspreading ou conception différente du risque, voici les explications.

par
Camille Pagella

Les masques, nous en avons tous marre. Ils grattent, piquent, nous donnent une haleine d’enfer et pour ceux qui portent des lunettes, c’est une vraie galère. Pourtant, selon un éditorialiste du «New York Times», une partie de la population, plutôt masculine, semble avoir trouvé la solution: porter son masque glissé sous le nez. Les hommes ont-ils besoin de plus d’air pour respirer? Non. Alors, pourquoi diable portent-ils, bien plus souvent que les femmes, leurs masques de telle façon à laisser apparaître leurs orifices nasaux?

Aux États-Unis, quelques jours après la cérémonie d’investiture de Joe Biden, des photos parues dans la presse montrent certains invités masculins, dont Bill Clinton et même Barack Obama, portant leurs masques sous le nez. Outre-Atlantique, cette façon de porter notre cher masque à dorénavant un nom: le maskslipping ou le masque qui glisse en français.

Nous le savons tous: ne pas porter son masque sur la bouche ET sur le nez réduit énormément l’efficacité de ce dernier. Alors pourquoi des hommes, dont d’éminents politiciens bien au courant des recommandations en vigueur, se permettent-ils un tel faux pas? «Bien sûr, il m’arrive de voir des femmes avec le masque glissé sous le nez quelques fois, mais je vois beaucoup plus d’hommes portant le masque de cette façon. Et cela, pas seulement lors d’événements, mais aussi dans les magasins et dans la rue.» C’est ce qu’avance l’éditorialiste new-yorkais qui fait le lien entre ce phénomène et le manspreading, soit cette fâcheuse habitude typiquement masculine à occuper bien plus que la largeur d’une place en écartant les cuisses dans les transports en commun.

Les femmes plus respectueuses des gestes barrières

Mais ce n’est pas seulement une histoire de masque. Après la première vague, une étude parue dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) démontre que les femmes (ici interrogées dans huit pays différents) sont généralement «plus respectueuses des gestes barrières que les hommes, plus inquiètes des conséquences sanitaires de la pandémie et, plus enclines à accepter des mesures restrictives».

«Le respect des gestes barrières est plus important chez les femmes, probablement car le rapport au risque est différent entre hommes et femmes, explique Éléonore Lépinard, professeure au Centre en études genre à l’Université de Lausanne. On apprend aux hommes depuis qu’ils sont jeunes garçons à ne pas avoir peur du risque et l’on rattache cette acceptation du risque à une certaine forme de virilité. Au contraire, les femmes sont toujours socialisées à être plus respectueuses des règles.»

«L’espace public est vu comme un prolongement de l’espace privé»

Selon Éléonore Lépinard, la comparaison entre le fait de porter son masque sous le nez et le manspreading a quand même ses limites. «L’homme qui fait du manspreading ne prend pas de risques à proprement parler, poursuit-elle. Le manspreading est une prise d’espace par la mobilité ou par des postures en particulier dans l’espace public qui traduit un sentiment de légitimité à prendre de la place. L’espace public est vu comme un prolongement de l’espace privé où l’on est centré sur soi et où l’on se préoccupe peu de ceux qui nous entourent.»

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