Suisse: Pour Alain Berset, la réforme de l'AVS est menacée
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SuissePour Alain Berset, la réforme de l'AVS est menacée

Le conseiller fédéral déplore l'attitude des milieux bourgeois au parlement. Mais reconnaît que l'âge de la retraite va évoluer.

par
Pascal Schmuck
Zurich
Pour Alain Berset, la majorité bourgeoise au Conseil national risque de ruiner des années de travail pour la réforme de l'AVS.

Pour Alain Berset, la majorité bourgeoise au Conseil national risque de ruiner des années de travail pour la réforme de l'AVS.

photo: Keystone

Alain Berset critique vertement les milieux de droite au Parlement qui cherchent à faire capoter sa réforme 2020 de l'AVS. A tel point que la situation est devenue dangereuse ces dernières semaines, comme il l'a déclaré dans une interview parue jeudi 1er septembre dans le Tages-Anzeiger.

«Ce que propose la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil national, c'est de l'AVS moins. Elle veut faire baisser le niveau des rentes et ce n'est pas dans l'intérêt de la majorité», rappelant que chaque tentative en ce sens avait échoué.

«L'avenir, c'est la flexibilité»

«Je sais bien que ces manoeuvres font partie du jeu politique mais mettre en danger la réforme de la prévoyance, c'est irresponsable», a-t-il martelé dans les colonnes du quotidien zurichois. Il estime que le mécanisme d'intervention qui porterait automatiquement l'âge de la retraite à 67 ans n'aurait aucune chance devant le peuple.

«Et la baisse des rentes dans le second pilier n'est pas suffisamment compensée. Quiconque de moins de 50 ans au moment de l'entrée en vigueur de la réforme comme le veut la commission pourrait perdre jusqu'à 2500 francs pour des rentes annuelles de 48'000 francs.»

Alain Berset reconnaît que l'âge de le retraite est appelé à évoluer et que la tendance à travailler toujours plus longtemps va se renforcer. «Ce serait une erreur d'augmenter l'âge de la retraite avec un automatisme à 67 ans. L'avenir, c'est la flexibilité.»

Des milliards de déficit

Pour lui, la retraite à 65 ans n'est pas gravée dans le marbre. «La société évolue et nous devons nous adapter. Mais celui qui estime tout pouvoir régler avec des automatismes pour les prochaines décennies n'aura aucune chance devant le peuple.»

Et les responsables de cet échec devront accepter que l'AVS accuse des déficits en milliards de francs chaque année et que le taux de conversion pour les rentes du deuxième pilier reste à 6,8%, ce qui plombe les caisses de pension, a-t-il ajouté.

Le conseiller fédéral en profite pour rappeler son opposition à l'initiative AVSPlus, pourtant soutenue par son propre parti. «Dans quelques années, la génération des babyboomers sera à la retraite. D'ici 2030, le trou dans les caisses de l'AVS pourrait atteindre 7 milliards de francs par an. En cas de oui, ce trou grimperait à 12,5 milliards», a-t-il estimé.

Les syndicats au créneau

Les syndicats et la gauche ont sonné l'«alarme des rentes» jeudi dans 25 villes pour mettre en garde contre un démantèlement des retraites. Ils ont appelé à voter pour l'initiative AVSplus soumise au peuple le 25 septembre.

A Genève, une cinquantaine de personnes se sont réunies sur le Rond-Point de Plainpalais à l'appel de la Communauté genevoise d'action syndicale. Ils ont interpellé la population à coups de sifflets, de klaxons et de sirènes. «En Suisse, la production de richesse suffit pour assurer des rentes dignes», a affirmé Michel Schweri, responsable de la campagne pour Unia.

L'initiative AVSplus prévoit de relever les rentes de 10% avec une hausse des cotisations de 0,4% de la part des salariés et des employeurs. «Après quarante ans sans augmentation de cotisation, il est temps de renforcer le premier pilier pour assurer une vieillesse digne», a déclaré Carole-Anne Kast, présidente du PS genevois.

La gauche et les syndicats craignent un démantèlement drastique des assurances sociales avec le projet de prévoyance vieillesse 2020 d'Alain Berset, actuellement discuté au Parlement. Avec l'initiative AVSplus, ils affirment «renforcer l'AVS face à un deuxième pilier toujours plus cher et moins sûr».

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