SCIENCE - Pour communiquer, nos cellules fabriquent du cyanure
Publié

SCIENCEPour communiquer, nos cellules fabriquent du cyanure

Selon une étude de l’Université de Fribourg, notre organisme produit le puissant poison – à doses infimes – pour activer certains processus.

Nos cellules utilisent le gaz cyanure pour communiquer, révèle une étude de l’Université de Fribourg publiée dans la revue scientifique «PNAS».

Nos cellules utilisent le gaz cyanure pour communiquer, révèle une étude de l’Université de Fribourg publiée dans la revue scientifique «PNAS».

Pixabay

Au XVe siècle, Paracelse l’avait déjà compris: «Tout est poison, rien n’est poison, c’est la dose qui fait le poison.» Une étude de l’Université de Fribourg vient de confirmer la célèbre formule de l’alchimiste suisse en démontrant que nos cellules produisent du gaz cyanure pour activer certains processus, notamment pour communiquer.

Si la production, à très faible dose, de cyanure dans l’organisme était déjà connue, l’équipe du Professeur Csaba Szabo a pu démontrer que ce poison puissant a un effet positif et stimulant sur certains mécanismes cellulaires à toutes petites doses, puis un effet délétère et bloquant à plus grandes doses.

Ce comportement – effet positif, puis négatif lorsque la dose augmente – est typique des transmetteurs gazeux. Son effet est particulièrement évident sur les mitochondries, ces organelles essentielles qui fournissent l’énergie de nos cellules, note l’étude publiée au mois de mai dans la revue scientifique «PNAS».

Il pourrait être impliqué dans certaines maladies

«Dans les années 1990, on a découvert que le monoxyde d’azote était un gaz médiateur très important dans les cellules, explique le Professeur Szabo, cité dans un communiqué de l’Université de Fribourg diffusé jeudi. C’était une grande surprise, car il s’agit d’un gaz toxique à doses relativement faibles. Même scénario dix ans plus tard pour le CO (ndlr: le monoxyde de carbone), puis ces dernières années pour le H2S, le sulfure d’hydrogène.» À chaque fois, il s’agit d’un gaz toxique qui, utilisé à très petites doses dans nos cellules, permet de réguler un grand nombre de processus.

Forte d’un faisceau convergent d’indices, l’équipe du Professeur Szabo suggère d’ajouter le cyanure comme quatrième gaz de communication. Elle a en particulier utilisé des bactéries produisant naturellement du cyanure et observé, en laboratoire, leur effet stimulant sur des cellules humaines vivantes, par exemple des cellules de foie.

Ce résultat ouvre tout un nouveau pan de recherche sur les mécanismes cellulaires du vivant, affirme la haute école. «Le plus important, déclare le Professeur Szabo, c’est ce qui va se passer maintenant. Il faut élucider comment et pourquoi le cyanure est produit et utilisé comme transmetteur. En particulier, il se peut qu’il soit impliqué dans certaines maladies.»

(comm/egr)

Ton opinion

6 commentaires