Actualisé 30.06.2008 à 21:41

Pour la première fois, une femme mènera les arènes à la baguette

Lors du Festival d'opéra, Graziella Contratto dirigera trois des huit représentations de « La Traviata » de Giuseppe Verdi, les 4, 5 et 9 juillet.

Jusqu'à présent seule cheffe féminine du festival, cette Suissesse née à Schwyz il y a 42 ans est aussi la première femme en France à avoir été nommée, en 2003, à la tête d'un ensemble permanent, l'Orchestre des Pays de Savoie. Cette ex-assistante de Claudio Abbado est également intendante du Davos Festival et directrice artistique de la Camerata Schweiz.

-20minutes.ch. Que représente pour vous « La Traviata »?

-Graziella Contratto. Cet opéra a une variété incroyable de sons, d'harmonies, de couleurs, des

qualités auxquelles je ne me serais pas attendue de la part de Verdi, au

regard de ses oeuvres précédentes, qui étaient un peu plus « viriles ». Cet

opéra prouve que Verdi était un compositeur qui connaissait très bien l'âme féminine. Il traite en effet de sujets importants pour les femmes, et qui sont aujourd'hui encore d'actualité, comme l'amour, les sacrifices, l'épanouissement dans une relation.

- C'est donc une oeuvre moderne ?

- Absolument. Psychologiquement, c'est d'une modernité incroyable. L'analyse

des caractères est tellement développée que les personnages semblent

contemporains.

- Comment allez-vous interpréter cet opéra ?

- C'est une musique extrêmement sensible, très fragile, avec beaucoup de nuances, plutôt dans le piano. Malgré l'acoustique particulière des arènes, moins intime qu'une salle fermée, j'essaierai de montrer autant que possible les couleurs, on pourrait presque dire le paysage sonore, que Verdi a composé pour l'orchestre.

- Avez-vous déjà assisté à un concert à Avenches ?

- Je devais y aller l'année dernière mais le concert avait été annulé à cause du mauvais temps. Mais, j'ai visité Avenches quand j'étais jeune, lors d'un voyage scolaire. Pour moi, c'est magnifique, parce que mes ancêtres sont italiens et ici les Romains étaient nombreux, je crois (rires). Il y a 2000 ans, en tant que femme avec une profession un peu bizarre comme la mienne, j'aurais peut-être été dévorée par les lions (rires). Cela prouve qu'il y a eu une évolution.

- Néanmoins, les femmes cheffes d'orchestre sont peu nombreuses. Pourquoi ?

- Cela va sans doute bientôt changer, mais je pense que c'est un peu de notre

faute, à nous les femmes, parce que nous avons tendance à nous remettre en

question et à nous auto-analyser sans cesse. Mais j'ai l'impression

qu'aujourd'hui les jeunes femmes cheffes d'orchestre se sentent complètement à l'aise, il n'y a plus de remise en question, contrairement à ma génération ou à celle qui m'a précédée.

- Cela vous dérange-t-il d'être considérée comme un cas à part ?

- J'ai toujours évité ce discours, car ce qui compte, c'est le travail musical, l'hommage que l'on rend au compositeur. Et, comme dans la plupart des professions, diriger une oeuvre est un travail d'équipe.

- Apprenez-vous encore des choses sur la musique ?

- Absolument. Et plus je mûris, plus je me rends compte que les expériences

personnelles apportent quelque chose à l'interprétation. Quand j'étais plus

jeune, je pensais que cela ne dépendait que des compétences musicales, mais la maturité entre en jeu. Le plus fascinant dans un métier artistique, c'est qu'on apprend toujours, sur la vie, la musique, les émotions humaines, notamment au contact d'autres artistes ; on garde une âme d'enfant, tous les sens restent ouverts.

- Aimeriez-vous diriger un orchestre permanent en Suisse ?

- Beaucoup de jeunes chefs de ma génération, qui ont eu des expériences

prestigieuses à l'étranger, ne trouvent rien en Suisse, parce qu'ici les directeurs et les intendants des orchestres préfèrent engager des étrangers. Ce que je peux comprendre au niveau du marketing ; c'est toujours bien d'avoir un nom exotique sur l'affiche, mais nous mériterions un peu plus d'enthousiasme. J'adorerais diriger un orchestre en Suisse, mais j'imagine que ce ne sera pas possible avant mes 80 ans quand je serai méchante et constamment de mauvaise humeur. En plus, je ne suis même pas complètement suisse, j'ai un côté italien, même si j'ai grandi dans la Suisse primitive.

- Justement, auriez-vous envie d'exercer en Italie ?

- J'y ai déjà dirigé deux orchestres. Le problème, c'est que c'est un peu

comme dans le foot italien, il y a beaucoup de talent mais l'organisation

est plutôt apocalyptique.... (rires)!

Myriam Genier

Arènes d’Avenches (www.avenches.ch) "La Traviata" (Giuseppe Verdi) Les 4, 5, 9, 11, 12, 16, 18 et 19 juillet

Arènes d’Avenches (www.avenches.ch) "La Traviata" (Giuseppe Verdi) Les 4, 5, 9, 11, 12, 16, 18 et 19 juillet

Arènes d’Avenches (www.avenches.ch) "La Traviata" (Giuseppe Verdi) Les 4, 5, 9, 11, 12, 16, 18 et 19 juillet

Arènes d’Avenches (www.avenches.ch) "La Traviata" (Giuseppe Verdi) Les 4, 5, 9, 11, 12, 16, 18 et 19 juillet

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