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Affaire UBSPour les Suisses, la coupe est pleine

Fierté de l'économie suisse avant la crise, UBS est devenue la bête noire de la population helvétique «choquée» et «dégoûtée» des déboires de la première banque suisse qui n'en finissent pas de ternir l'image du pays à l'étranger, selon des analystes.

«La population est choquée du comportement de la banque qui ne tire pas les leçons de tout ce qui s'est passé depuis plus d'un an», explique la députée socialiste, Maria Roth-Bernasconi.

Elle «est très irritée par la gestion offshore de la banque très légère, les 'subprimes' et maintenant à nouveau les bonus», renchérit un expert tandis que le vice-président du Parti démocrate-chrétien (centre-droit) Dominique de Buman parle de «dégoût» et de «ras-le-bol» général.

Désormais, «le monde politique ne bougera plus le petit doigt» (pour UBS), assène le journal L'Hebdo.

La colère contre le géant helvétique, qui emploie près de 69 000 personnes dans le monde, grondait depuis des mois, après les pertes abyssales enregistrées par la banque en 2008, son exposition imprudente aux crédits hypothécaires à risque à l'origine de la crise financière, le plan de sauvetage de plusieurs milliards de francs suisses déboursés par le gouvernement, le salaire de ses dirigeants, le retour des bonus en 2009. Sans parler des affaires aux Etats-Unis, où la banque a été poursuivie par la justice pour avoir massivement aidé des contribuables à échapper à leur fisc.

Mais la petite goutte qui a fait «déborder le vase» cette semaine, selon L'Hebdo, est venue d'une décision du Tribunal administratif fédéral (TAF) rendant caduc l'accord conclu entre Berne et Washington pour mettre fin aux poursuites contre la banque aux Etats-Unis.

Selon le document «amiable» signé en août, la Suisse s'engageait à livrer les noms de 4450 clients américains d'UBS soupçonnés d'évasion fiscale. Le tribunal a estimé que la Confédération helvétique n'était pas habilitée à transmettre des données bancaires au fisc américain dans le cadre de cet accord «amiable».

La décision, qui s'applique à 4200 noms, remet à plat tout l'accord, a reconnu Berne.

Manifestement embarrassé, le gouvernement helvétique a annoncé son intention de renégocier avec les Américains. Il espère une issue grâce à une clause de l'accord prévoyant la fermeture du dossier si le fisc américain obtient plus de 10 000 dénonciations spontanées de clients d'UBS. Washington a semble-t-il déjà récupéré un total de 14 700 noms.

La nouvelle intervention du gouvernement en faveur d'UBS n'a pas été du goût de tous et plusieurs partis ont estimé qu'il était temps que la banque, qui n'a pas payé ses erreurs passées, «se débrouille seule».

UBS ne peut d'elle-même livrer les noms de clients sans violer le secret bancaire. Seule face au fisc américain, elle risque une condamnation judiciaire, la perte de sa licence et au total «une faillite», mettant des milliers de personnes au chômage, explique le directeur de l'Institut banque et finance de Lausanne, Eric Jondeau.

Certains, comme le parti populiste UDC, suggèrent qu'elle se débarrasse dès à présent de son bras malade aux Etats-Unis afin de retrouver une taille plus gérable et rétablir la confiance perdue de ses milliers de client.

Car si ses résultats remontent la pente après licenciements, restructurations et changements de direction, UBS souffre toujours de retraits massifs de capitaux.

L'insitution helvétique subit non seulement les conséquences de ses agissements mais aussi «les agacements contre les banques en général de Wall Street à la City», tempère Dominique de Buman, estimant qu'un peu de régulation ferait du bien à tout le monde.

(afp)

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