Procès Maudet – «Pour lui, j’étais une sorte de guichet universel»
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Procès Maudet«Pour lui, j’étais une sorte de guichet universel»

Le procès en appel de Pierre Maudet et de ses co-accusés s’est ouvert lundi à Genève. Ils doivent notamment répondre des faits liés au voyage à Abu Dhabi, à l’ouverture d’un bar et au financement d’un sondage.

par
Maria Pineiro
Pierre Maudet n’a pas fait de commentaire à son arrivée au palais de justice.

Pierre Maudet n’a pas fait de commentaire à son arrivée au palais de justice.

mpo

On prend presque les mêmes et on recommence. Depuis ce lundi matin, se tient devant la Cour d’appel et de révision genevoise, le procès en appel de l’ancien conseiller d’Etat Pierre Maudet, de son ancien chef de cabinet Patrick Baud-Lavigne, ainsi que des hommes d’affaires Magid Khoury et Antoine Daher. Tous les quatre ont en effet contesté le verdict de culpabilité  du Tribunal de police de février 2021. Le premier procureur Stéphane Grodecki en ayant fait de même sur les acquittements, toute l’affaire est rejugée. Seul Raoul Schrumpf, ex-chef du service du commerce, qui a accepté sa condamnation, est absent. Les quatre hommes, arrivés séparément au tribunal, n’ont pas fait de commentaire, s’engouffrant rapidement dans la salle. Avant de commencer, prévenus et défenseurs se sont vu replacer par la présidente: tous les prévenus sur le banc des accusés, les avocats derrière, maximum deux par personne. Chacun à sa place, le ton est donné.

«Sentiment d’injustice»

La présidente ayant décidé de procéder par ordre alphabétique, c’est Patrick Baud-Lavigne qui a ouvert les hostilités, habité, a-t-il dit, par «un sentiment d’injustice, pour mes parents et mes enfants. Toute cette affaire a été à charge, ma vie a été étalée dans les journaux». Les positions de l’ex-bras droit de Pierre Maudet n’ont pas fondamentalement varié depuis le premier procès: il se dépeint comme celui qui voulait aider des administrés en proie aux rouages parfois compliqués et lents de la machine étatique. «Ma conception du service public, c’est que si je peux aider, j’aide.» S’agissant du voyage à Abu Dhabi offert par les Emirats arabes unis, il n’a pas vu le problème.

Organisation désintéressée

Pour Patrick Baud-Lavigne, le voyage de luxe, tous frais payés, à Abu Dhabi était d’ordre privé. «Pierre Maudet m’a invité comme ami, parce que je traversais une période difficile». Et pour le magistrat, qu’en était-il? Quand la présidente de la cour lui demande d’expliquer pourquoi le conseiller d’Etat d’alors a affirmé «être emmerdé d’être redevable», il affirme qu’il faisait référence à «l’image politique. Il ne fallait pas que l’opinion publique puisse penser qu’il pouvait devoir quelque chose». Jamais, affirme-t-il, même quand la présidente lui fait remarquer les liens postérieurs entre lui et les organisateurs, il n’a pensé que la mise en oeuvre de ce voyage par Antoine Daher et Magid Khoury en 2015 n’était pas désintéressée. Tout au plus reconnaît-il une erreur. Il aurait dû penser que ce voyage offert aurait pu porter préjudice à son magistrat. Il a «failli» à le protéger. Il doit répondre d’acceptation d’un avantage pour ce cadeau.

«J’aurais dû mettre des limites»

L’audition de Patrick Baud-Lavigne s’est beaucoup attardée sur ses liens avec l’homme d’affaires Antoine Daher. Ce dernier est en effet lié à tous les actes reprochés à l’ancien chef de cabinet, que ce soit les renseignements pris auprès de l’Office cantonal de la population (OPCM) au sujet du dossier de la compagne d’un proche de son ami, de l’autorisation d’exploiter l’Escobar alors que le dossier était incomplet ou encore du financement d’un sondage pour le compte de Pierre Maudet. «Sans vouloir manquer de respect à Antoine Daher, selon lui, j’étais une sorte de guichet universel de l’administration», a imagé Patrick Baud-Lavigne, expliquant que l’homme d’affaires le sollicitait fréquemment. «J’aurais dû mettre une limite».

Aides spontanées

S’agissant du dossier de l’OCPM qui lui vaut une accusation de violation du secret de fonction, il a expliqué avoir juste voulu rendre service en se renseignant sur l’avancée d’un dossier. Une aide apportée spontanément, sans demande aucune et sans retour par la suite. «N’importe quel citoyen aurait pu faire de même, je ne l’ai pas envisagé comme une demande de le faire passer au-dessus de la pile», a-t-il mis en avant. L’autorisation d’exploiter l’Escobar obtenue en accéléré sans dossier complet? «J’ai sans doute demandé à Raoul Schrumpf de délivrer l’autorisation alors que deux pièces manquaient, mais elles devaient arriver la semaine suivante. J’ai dit, on y va, il l’a pris comme une instruction, c’était simplement du pragmatisme. Il y avait une demande qui n’aboutissait pas, et des charges qui étaient payées.» Pour ces faits, l’ex-bras droit est accusé d’instigation à abus d’autorité. Enfin, pour ce qui est du sondage financé par Magid Khoury par l’entremise d’Antoine Daher, Patrick Baud-Lavigne se place d’emblée sur le terrain du financement de la vie politique. Il a affirmé n’avoir jamais posé la question de qui avait payé, puisque cela n’était pas pertinent dans ce cadre.

Les auditions se poursuivent cet après-midi.

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