Genève: Pour ou contre l'utilisation des «robots tueurs»
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GenèvePour ou contre l'utilisation des «robots tueurs»

La première réunion internationale d'experts sur les «robots tueurs» s'ouvre mardi à Genève.

Arnold Schwarzenegger a incarné en 1984 l'un des robots tueurs les plus célèbres du cinéma: le Terminator T-800.

Arnold Schwarzenegger a incarné en 1984 l'un des robots tueurs les plus célèbres du cinéma: le Terminator T-800.

Les Etats doivent discuter de l'impact de ces nouvelles armes et d'éventuelles mesures à prendre. Des ONG ont plaidé lundi pour leur interdiction, le CICR pour un examen juridique complet.

«Il est inconcevable que l'être humain transfère la décision de tuer à des machines», a déclaré à la presse la Prix Nobel de la Paix Jody Williams, cofondatrice il y a un an de la Campagne pour interdire les robots tueurs.

«Nous espérons que le début de ce processus aboutira à l'adoption d'un nouveau traité international interdisant ces armes», a affirmé pour sa part Steve Goose, directeur de la division Armes à Human Rights Watch (HRW).

Sérieuses inquiétudes du CICR

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a souligné de son côté «les implications profondes des armes entièrement autonomes pour le futur de la guerre». Il a demandé aux gouvernements d'examiner tous les aspects juridiques de ces armes pour être sûrs qu'elles soient utilisées en accord avec le droit international humanitaire.

«De sérieuses inquiétudes existent sur le fait de savoir si les armes entièrement autonomes peuvent procéder à des jugements complexes et dépendant des circonstances, par exemple distinguer entre un civil et un combattant, ou annuler une attaque ayant des effets disproportionnés sur les civils», a expliqué Kathleen Lawand, chef de la division armement du CICR.

Droits remis en cause

Dans un rapport de 26 pages «Fondements ébranlés : Implications en matière de droits humains du recours aux robots tueurs», Human Rights Watch constate que ces armes remettraient en cause des droits fondamentaux comme le droit à la vie, le droit à un recours et le principe de la dignité.

«Le jugement humain reste indispensable pour toute décision concernant le recours à une arme mortelle, qu«il s«agisse d«une situation de guerre ou d«application de la loi», a affirmé Steve Gosse. «Les gouvernements doivent les interdire préventivement dès maintenant, avant qu'il ne soit trop tard», a-t-il ajouté.

Les armes entièrement autonomes pourraient être amenées à tuer des gens illégalement parce que ces armes ne pourraient pas être programmées pour gérer toutes les situations, selon HRW. Selon Noel Sharkey, expert en robotique, il est peu probable que ces armes puissent posséder des qualités humaines, comme le jugement, lors de situations imprévues.

Il a précisé qu'il ne s'agit pas d'interdire les robots ni l'automatisation déjà très répandue dans le domaine de l'armement, par exemple avec les drones, mais seulement de ne pas déléguer aux ordinateurs la décision de tuer.

Responsabilité problématique

Des doutes existent également quant à savoir s'il pourrait y avoir une obligation raisonnable de rendre des comptes pour les actions d'une arme entièrement autonome. Il y aurait des obstacles juridiques et pratiques à faire en sorte que quiconque officier supérieur, programmeur ou fabricant soit tenu pour responsable des actions d'un robot. Tant le droit pénal que le droit civil sont mal adaptés en la matière, selon HRW.

La réunion prévue jusqu'à vendredi a lieu dans le cadre des travaux de la Convention de l'ONU sur l'interdiction des armes inhumaines à laquelle 117 pays, dont la Suisse, ont adhéré. Ses membres avaient convenu en novembre dernier de commencer à discuter de ce sujet cette année. Aucune décision n'est attendue avant la prochaine conférence des Etats parties en novembre. (ats)

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