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Coupe du mondePour s'informer sur le foot grec, allons à la source

Twitter est une mine d'or dès qu'il faut préparer un déplacement à l'étranger. L'énigmatique football grec ne fait de loin pas exception.

par
Robin Carrel
Athènes
La sélection grecque qui avait créé l'incroyable sensation en 2004.

La sélection grecque qui avait créé l'incroyable sensation en 2004.

Keystone/AP/Luca Bruno

Aux Iles Féroé, on avait eu la chance de tomber sur un expert suisse des lieux. Alors, comme d'habitude, avant un déplacement à l'étranger de la Nati, on a essayé de se rencarder un peu sur le football local, histoire de s'en faire une idée avant le décollage. Et comme d'habitude, Twitter est une mine d'or dans pas mal de domaines. Vous souhaitez tout savoir sur le football grec? Pas de soucis, le compte @footgrec est fait pour vous. Et autant dire que, vu les derniers événements, il connaît son petit succès au sein de la profession...

Ce compte a été lancé par Martial Debeaux, qui y passe nombre de ses heures perdues, lui qui est journaliste à «La Nouvelle République», du côté de Niort. Mais «comment devient-on un suiveur si assidu du jeu de ballon de ce pays, alors qu'on n'en a pas les origines?» est logiquement la première question qui vient à l'esprit. «Pas mal de voyages en vacances quand j'étais jeune, on y allait en bateau et on campait sur place», rigole-t-il.

Rafik Djebbour est la clé

Rien à voir avec le football donc, au départ, d'autant plus qu'à 25 ans, le jeune homme n'avait que peu vibré lors de l'épopée grecque à l'Euro de 2004. «Non, moi c'est plus parce que Rafik Djebbour (ndlr: international algérien âgé aujourd'hui de 34 ans, ayant évolué une dizaine de saisons en Grèce, dans six clubs différents) était une fierté locale à Grenoble et que j'étais à l'école avec sa soeur... Ensuite, avec l'opportunité d'y voyager, la possibilité d'échanger avec des joueurs... La passion a pris», se félicite celui qui écrit en parallèle pour l'excellentissime site Footballski.

Vient ensuite son premier voyage dans la ville même d'Athènes. Il y a directement compris la force de ce sport pour la population locale. «Il y a des fresques différentes partout, à la gloire de leurs équipes selon le quartier. Je ne m'en étais jamais vraiment rendu compte avant d'y aller un été», nous dit cet Isérois d'origine. Du coup, c'est l'engrenage, même s'il ne maîtrise pas encore la langue: «Je suis journaliste dans la «vraie vie» et c'est une sacrée gymnastique. Mais avec les réseaux sociaux, il est facile de tout suivre assez rapidement. Par contre, les interviews pour lesquelles je passe une heure au téléphone...»

Championnat suspendu

Du coup, on a pu deviser avec lui pendant près d'une demi-heure du championnat grec, du déclin de ses clubs phares ou encore du renouveau espéré de la sélection. On a surtout pu refaire l'incroyable soirée de dimanche dernier, lorsque le propriétaire du PAOK Salonique, Ivan Savvidis, est descendu sur le pré avec une arme à la ceinture, mécontent de l'égalisation tardive refusée à son équipe, dans un match décisif pour le titre contre l'AEK Athènes. Match arrêté et championnat suspendu dans la foulée...

«J'avais noté cette date, parce que la soirée s'annonçait décisive. Ça allait être LE match le plus important depuis des années, regrette-t-il. Enfin une autre équipe que l'Olympiakos allait être championne! Ensuite, l'arbitre a refusé le but et je me suis dit qu'il y allait y avoir des problèmes... J'ai commencé à tweeter sur le sujet pour bien expliquer aux gens comment on a pu en arriver là et je n'ai pas arrêté de recevoir des notifications du réseau social pendant 36 heures!» Cet événement n'est finalement que la partie émergée de l'iceberg de ce championnat, qui ne cesse de défrayer la chronique depuis une année.

«Un peu nauséabond»

«La violence a toujours été un problème de fond, en Grèce, dans les stades. Mais là, ça atteint un point ou les groupes d'ultras prennent beaucoup plus de place qu'ils ne le devraient. C'est bien plus que du foot. Il y a de la politique, de l'économie, des groupes mafieux... Les groupes de fans sont infiltrés par diverses entités... C'est un peu nauséabond. Certains sont tout simplement au-dessus des lois», dit-il l'air déprimé par les incroyables proportions que les choses ont prises au cours d'un exercice 2017-2018 pourri et dont le dénouement sera sans doute connu grâce aux tribunaux.

Finalement, c'est peut-être l'équipe nationale qui lui cause le moins de tourment. «Il y a encore un vivier de talents intéressant, assure-t-il. Soit tu es contraint à l'exil, soit à jouer le titre avec l'Olympiakos tous les ans pour progresser... Ils sont actuellement à leur niveau en tant que barragistes du dernier Mondial (ndlr: défaite 1-4 sur l'ensemble des deux matches contre la Croatie). Il y a du monde en défense centrale avec Manolas, Sokratis et Holebas, mais on ne reverra jamais un parcours comme en 2004. Ils sont trop impactés par le contexte du pays et le championnat qui est en train de se casser la gueule.»

Reste à entendre ses conseils sur ce qu'il faut faire sur place, pour les supporters de la Nati en goguette à Athènes ces prochains jours. Enfin, ceux qui ont pu changer leurs billets d'avion pour Thessalonique et se rediriger ensuite sur la capitale... «Il faut aller au café!, nous dit-il d'emblée. Les gens y ont forcément un avis sur l'état de leur football.» Et ça, aller boire des cafés, en Suisse romande, on sait bien faire. N'est-ce pas Monsieur Rolf Fringer?

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