Financement des partis: Pour un engagement de l'économie

Actualisé

Financement des partisPour un engagement de l'économie

Les entreprises, comme les particuliers, devraient verser davantage aux partis politiques, estime l'ex-directeur de l'UBS Peter Wuffli.

Ancien directeur de l'UBS, Peter Wuffli plaide pour un plus grand engagement de l'économie dans le financement des partis.

Ancien directeur de l'UBS, Peter Wuffli plaide pour un plus grand engagement de l'économie dans le financement des partis.

Ces dons ne devraient toutefois pas être rendus publics tant qu'ils n'excèdent pas une certaine somme, selon lui.

Pour l'heure, quand il ne s'agit pas d'intérêts à court terme, les sommes versées à la politique sont assez dérisoires en comparaison des montants du mécénat sportif ou culturel, affirme Peter Wuffli, qui a dirigé l'UBS de 2003 à 2007. Même si elles seront évidemment critiquées, les entreprises doivent faire un effort: il en va de l'avenir même du système de milice, affirme M.Wuffli dans une interview vendredi à «L'Agefi».

Celui-ci craint que si les entreprises négligent la politique, l'attrait d'un financement des partis par l'Etat augmente. Or ce n'est pas à l'Etat de financer les partis, affirme l'ex-banquier. Le Parlement est sur la même longueur d'onde, sa majorité bourgeoise ayant encore refusé en mars une initiative socialiste en faveur d'une participation de l'Etat.

Transparence

Peter Wuffli, qui a fondé en 2003 les Amis du Parti radical, une association de 160 membres contribuant à hauteur de 20% au budget du PLR, selon lui, s'exprimait quelques jours après la publication de l'Index 2010 de Transparency International (TI) sur la perception de la corruption. La Suisse y perd des places.

Selon cette ONG, l'affaire des dons de l'UBS au PDC, alors même que la banque venait d'être sauvée de la faillite par la Confédération, a contribué à augmenter la perception de corruption en Suisse. Et Transparency International de demander dans la foulée la publication des finances des partis dans un but de transparence.

«Ce raisonnement me semble un peu tiré par les cheveux; ce serait même contre-productif», selon M.Wuffli. D'après lui, les partis perdraient des donateurs attachés à la discrétion. Il n'y a d'ailleurs pas d'intérêt public à publier leur identité si le financement des partis repose sur un grand nombre de donateurs dont aucun n'assume plus de 5% du budget du parti.

Publier les gros dons

Les gros donateurs devraient en revanche être connus, concède l'ex-banquier. «On pourrait décider d'une valeur seuil, par exemple 10% du budget, au-delà de laquelle l'identité du contributeur devrait être publiée. «Cela permettrait d'éviter qu'un milliardaire puisse s'acheter un parti», déclare M.Wuffli en précisant ne pas viser Christoph Blocher.

Son idée pourrait constituer une proposition de compromis. Car au Parlement, l'idée de rendre publics les dons ne fait pas recette. Au printemps dernier encore, une initiative d'Antonio Hodgers (Vert/GE) dans ce sens a été balayée à deux contre un au Conseil national.

Allégements fiscaux

Au-delà du seul financement, Peter Wuffli est de l'avis que les entreprises doivent faciliter l'engagement de leurs employés en politique, comme c'était le cas avant les années 90. Et d'après lui, les entreprises qui déchargent leurs employés désirant exercer un mandat politique devraient bénéficier d'allégements fiscaux.

L'ex-directeur d'UBS, qui s'occupe aujourd'hui d'éthique, s'est toujours élevé contre l'idée que les cadres supérieurs ne devraient pas afficher de couleur politique pour ne pas heurter leurs clients, collaborateurs ou investisseurs de sensibilité différente. «Il faut briser le tabou», selon lui. Si les élites économiques ne s'engagent pas, nous en payons le prix car la politique est plus déconnectée de la réalité.

Nuances

Les craintes exprimées par M.Wuffli concernant un manque de moyens des partis politiques sont nuancées par une étude de l'Institut de hautes études en administration publique de l'Université de Lausanne (IDHEAP). Selon elle, les moyens financiers des partis politiques nationaux se sont considérablement accrus en Suisse entre 1996 et 2006.

Leur budget total a augmenté de plus de 60%, surtout grâce à la générosité grandissante des mécènes. Même au PS, les dons sont devenus pour la première fois plus importants que les cotisations des membres.

(ats)

Ton opinion