Actualisé 24.07.2009 à 16:15

Tour de France

Pourquoi Armstrong n'a jamais marché sur la lune

Le Ventoux, escaladé par le Tour samedi, est l'un des rares adversaires à avoir résisté à Lance Armstrong, se refusant deux fois à lui sur le Tour de France, en 2000 pour avoir donné la victoire à Pantani, en 2002 pour avoir sous-estimé Virenque.

Les coureurs, géants de chair et de souffrance, reconnaissent aux Titans de pierre des caractères marqués: le Galibier est austère, l'Alpe d'Huez enthousiaste, le Tourmalet sauvage. Le Ventoux, lui, est lunaire.

Au point que l'air, comme sur notre satellite nocturne, semble y manquer. «Le Ventoux est différent de tous les autres cols», avouait Armstrong, au pied du «Mont Chauve» il y a quelques années: «L'altimétrie indique seulement 1900 mètres, mais sans comprendre pourquoi, il me paraît plus haut. Dans le Dauphiné, je n'arrivais pas à respirer...».

«Le Ventoux n'aime pas Armstrong, alors Armstrong n'aime pas le Ventoux», ajoutait ce jour-là l'Américain...

Est-ce donc la peur superstitieuse de mater le géant de Provence qui saisit le Texan ce 13 juillet 2000? Au-dessus du Chalet Reynard, là où la forêt laisse place au désert, Pantani attaque. Son démarrage foudroyant laisse sur place le petit groupe des favoris. Armstrong, au train, réduit seul l'écart, et rattrape le fantasque italien.

Dans les derniers lacets, Pantani semble lâcher prise. Armstrong a course gagnée. Mais le maillot jaune se retourne. Observe. Semble attendre le «Pirate». Et finalement, à la surprise générale, lui offre le gain de l'étape, dans un accès de générosité auquel le Texan n'a jamais habitué ses adversaires.

Plus tard, on expliquera qu'Armstrong a voulu offrir la lune à Pantani pour se concilier ses bonnes grâces pour la suite du Tour. L'orgueilleux grimpeur, lui, sera vexé, au point d'attaquer Armstrong quelques jours plus tard.

Armstrong hué dans la montée

Deux ans plus tard, la 14e étape s'achève de nouveau au sommet de la redoutable pyramide minérale. Nous sommes le 21 juillet, 33 ans et un jour après le petit pas d'un autre Armstrong sur la Lune.

Lance Armstrong regrette d'avoir laissé gagner Pantani deux ans auparavant. Il l'a dit. «Je suis animé d'un sentiment de revanche (...) Ce sera donc un objectif particulier d'essayer de gagner cette étape.»

L'Américain s'est préparé comme jamais pour cette ascension, mais sa peur ne l'a pas quitté: «Le Ventoux est une montagne traîtresse, qui peut toujours te faire un coup en douce. Bien sûr toutes les montagnes me font peur. Il faut les respecter parce qu'elles peuvent te tuer. Mais celle-là est particulièrement bien armée», lâche-t-il.

Cette fois, c'est un péché d'orgueil qui va lui coûter la victoire. Il laisse filer une échappée dans laquelle s'est faufilé Richard Virenque, de retour de suspension et invisible jusque-là dans ce Tour 2002.

Au pied du Ventoux, les fuyards ont huit minutes d'avance. Devant, Virenque s'envole. Derrière Armstrong part en chasse.

Le combat à distance est homérique. Virenque, porté par la foule en délire, souffre mais résiste. Armstrong le cannibale avale un à un les autres membres de l'échappée félonne. Au sommet, le Français gagne avec 2 min 20 sec d'avance sur l'Américain, troisième, qui vient de battre le record officieux de l'ascension.

Ses adversaires au général sont décramponnés, le Tour est gagné pour lui, mais Armstrong, hué par certains spectateurs dans la montée, est furieux d'avoir de nouveau perdu au Ventoux. (afp)

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