Médicaments: «Pourquoi bloquer le meilleur obstacle au VIH?»
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Médicaments«Pourquoi bloquer le meilleur obstacle au VIH?»

Un médicament très coûteux utilisé contre la transmission du sida va devenir plus difficile d'accès sur internet. La communauté gay proteste.

par
Pauline Rumpf
Swissmedic veut mieux contrôler les envois par internet.

Swissmedic veut mieux contrôler les envois par internet.

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L'annonce sème incompréhension et mécontentement dans la communauté gay: dès le 1er avril, Swissmedic va limiter l'importation de Truvada. Ce médicament destiné à la trithérapie contre le VIH est également utilisé depuis peu de façon préventive (PrEP), sur ordonnance, contre la transmission du virus. Des centaines de personnes prennent donc cette pilule chaque jour en Suisse romande.

Crainte de fraudes

Problème principal du médicament: le prix. La PrEP coûte 900 fr. par mois en pharmacie, contre seulement une centaine de francs dans les centres qui se procurent le générique à l'étranger, le brevet suisse ayant été prolongé jusqu'en 2021. Beaucoup optent finalement pour la commande en ligne à des fournisseurs agrées en Inde, au Brésil ou encore en Afrique du Sud, où le traitement ne coûte que 80 fr. par mois.

Or, ce sont justement ces commandes qui vont être limitées. «Les génériques de Truvada récemment saisis provenaient tous de pays sans contrôles suffisants, ou de sources contrôlées par des trafiquants, indique Swissmedic. Il y a un risque significatif pour la santé si une personne reçoit des contrefaçons.» L'organisme explique par ailleurs avoir intercepté plusieurs envois sans prescription médicale, ou avec une ordonnance falsifiée.

Abandon du traitement pour raisons financières

Plus question donc d'acheter son traitement pour trois mois, fréquence du suivi médical associé à la PrEP: il faudra commander mois par mois. Mais la livraison prend du temps, d'autant plus en raison de la hausse actuelle des demandes. De quoi craindre des ruptures de traitement. «Ça n'a aucun sens de bloquer un des meilleurs outils de prévention contre le VIH!» tempête Sébastien Zürcher, 25 ans. Cet étudiant vaudois, usager régulier de la PrEP, craint de devoir renoncer à cette sécurité sanitaire pour des raisons financières.

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Si des fraudes ont pu avoir lieu, l'écrasante majorité des usagers respecte les règles, estime Florent Jouinot, coordinateur romand de l'Aide suisse contre le sida. «Nous ne répertorions que des sites internationalement éprouvés, qui ne sont en rien liés à des organisations criminelles. Il serait très dommageable de remettre en question cette stratégie efficace de réduction des risques en relevant le seuil d'accès au traitement...» Et de rappeler que le nombre de nouvelles infections connait un de ses reculs les plus importants depuis 2016, date de l'arrivée de la PrEP en Suisse.

Une sécurité supplémentaire

La PrEP est utilisée depuis 2012 aux Etats-Unis et depuis 2016 en Suisse pour prévenir la transmission du VIH. Comme la pilule contraceptive, elle se prend quotidiennement et constitue une alternative ou une sécurité supplémentaire au préservatif. La prévention n'étant pas le but premier du traitement, sa prescription se fait «off-label», engageant donc la responsabilité des médecins en cas de problème. Beaucoup y sont donc réticents.

Du côté des centres médicaux spécialisés, la PrEP est mise à disposition dans le cadre d'une prévention plurielle, et avec un suivi médical tous les trois mois. En effet, cette pilule ne protège pas des autres infections sexuellement transmissibles.

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