Stigmatisation: «Pourquoi ce besoin de labelliser le Covid?»
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Stigmatisation«Pourquoi ce besoin de labelliser le Covid?»

Chaque nouveau variant du virus hérite du nom de sa région de détection. Une appellation qui comporte des risques, selon les spécialistes.

par
Leila Hussein
Cette pratique laisse à penser que la souche est originaire du pays. Or, elle a pu être importée d’ailleurs et seulement détectée dans le pays.

Cette pratique laisse à penser que la souche est originaire du pays. Or, elle a pu être importée d’ailleurs et seulement détectée dans le pays.

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Anglais, sud-africain, brésilien, et plus récemment new-yorkais. Le nom des nouvelles souches du Covid-19 renvoie toujours à une zone géographique. Une pratique qui n’est pas sans danger, estiment les spécialistes. «Cela peut augmenter le repli identitaire déjà exacerbé en période de crise sanitaire, confie la bioéthicienne Samia Hurst. Le risque d’un raccourci entre les gens et le virus existe.» Chez les principaux concernés, les avis sont partagés. Si Josh*, Genevois d’origine anglaise, ne voit aucun problème, son compatriote Peter*, établi aussi au bout du lac, estime qu’il y a un danger. «Le variant britannique a péjoré la situation en Suisse. Je peux tout à fait imaginer que ça débouche sur une stigmatisation des ressortissants du pays

D’autres appellations possibles

Face à des terminologies scientifiques complexes, cette appellation reste une solution de facilité, juge l’experte. Selon Pr Idris Guessous, médecin-chef du service de médecine de premier recours aux Hôpitaux universitaires de Genève, «parler de nouvelles souches peut être suffisant pour communiquer auprès de la population». Le scientifique, qui s’interroge sur ce «besoin de labelliser le coronavirus», rappelle d’ailleurs la polémique internationale «lorsque Donald Trump a évoqué le «virus chinois» (lire encadré). Pourquoi serait-ce différent aujourd’hui avec les variants?» D’autant plus lorsque des alternatives sont envisageables, «comme l’emploi d’abréviations, telles que V1, V2, selon l’ordre d’apparition des souches», suggère le professeur. Et d’ajouter qu’il est également possible de «préciser le lieu de détection du variant».

Le poids des mots

Lorsque le coronavirus se propageait en Chine et dans plusieurs pays du monde, en début d’année 2020, le qualificatif de «virus chinois», notamment employé par Washington, avait été vivement condamné par la communauté internationale. À cette époque, une vague de racisme anti-asiatique sévissait. À tel point que les restaurants chinois ont été un temps boycottés et des clients asiatiques interdits d’accès dans certains établissements. Le professeur Idris Guessous s’inquiète des conséquences que cette pratique, aujourd’hui appliquée aux variants, «pourrait avoir sur le long terme dans les pays concernés».

Information erronée

Un autre problème que l’utilisation d’un lieu pour nommer un nouveau variant pose est la confusion que cela peut créer dans l’esprit des gens. «Cette appellation laisse à penser que la souche est originaire du pays. Or, elle a pu être importée d’ailleurs et seulement détectée dans le pays. Dans ces cas-là, elle n’est pas justifiée», explique la bioéthicienne, qui préfère parler de lieu de détection plutôt que de variant anglais, brésilien ou sud-africain. Cette interprétation erronée pourrait également pousser «des gouvernements à introduire des restrictions envers les pays concernés, pensant ainsi résoudre le problème, sans pour autant que cela soit vrai».

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279 commentaires
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qui

06.03.2021, 22:30

Les Suisses sont-ils bénéficiaires prioritairement en cas de besoins d'aide sociale et ou économique ou les autres ?

doutes

06.03.2021, 22:29

Les Suisses sont-ils bénéficiaires prioritairement en cas de besoins d'aide sociale et ou économique ou les étrangers d'abord ?

qui est qui

06.03.2021, 22:22

Mieux vaut être étranger que suisse pour obtenir des prestations sociales... car eux seront et depuis toujours depuis des décénnies prioritaires... Moi suisse je ne suis pas du tout prioritaire... Qui est qui dans ce pays ?