Chaos en Afghanistan - Pourquoi la Suisse n’a pas d’avion de transport?
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Chaos en AfghanistanPourquoi la Suisse n’a pas d’avion de transport?

La situation en Afghanistan rappelle crûment que la Suisse n’a pas d’appareil adapté pour aller chercher ses ressortissants en cas de crise. Le Parlement avait longuement hésité à en acheter un ou deux, avant de renoncer en 2015.

par
Eric Felley
C’est un avion de transport de ce type – Casa C-295M d’Airbus – que la Confédération voulait acquérir en 2004 déjà, puis en 2015, mais le Parlement a toujours fait barrage à cet investissement d’une centaine de millions pour deux exemplaires.

C’est un avion de transport de ce type – Casa C-295M d’Airbus – que la Confédération voulait acquérir en 2004 déjà, puis en 2015, mais le Parlement a toujours fait barrage à cet investissement d’une centaine de millions pour deux exemplaires.

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C’est un paradoxe, alors que l’armée suisse s’apprête à acheter pour 6 milliards de francs d’avions de combat, la Confédération ne dispose pas d’un avion de transport pour des opérations consistant à rapatrier ses ressortissants. Pour aller chercher ses employés suisses et le personnel afghan en passant par l’Ouzbékistan, le Département fédéral des affaires étrangères a dû louer un avion de la compagnie Swiss d’environ 300 places, qui est parti de Zurich ce matin.

À Berne, ce n’est pas la première fois que l’achat d’un ou deux exemplaires de ces avions est traité par les Chambres dans le cadre du programme d’armement. «La question de l’acquisition d’avions de transport est un vieux débat, notait Pierre-Alain Fridez (PS/JU) en 2015. En 2004 déjà, dans le cadre du programme d’armement, le Conseil fédéral avait proposé l’achat de deux avions de transport de type Casa C-295M, mais sans succès. Le but était déjà d’assurer des missions humanitaires pour la promotion de la paix et la gestion internationale des crises».

Dix ans plus tard, le conseiller aux États Peter Bieri (PDC/ZG) avait déposé une motion demandant «au plus tard d’ici à 2018, l’acquisition d’un ou de plusieurs avions de transport. Ces avions seront mis à disposition essentiellement pour des missions internationales en faveur de la paix, civiles ou militaires, pour l’aide en cas de catastrophe et pour le rapatriement d’urgence de citoyens suisses.»

Manque d’infrastructure de transport

Sa collègue Géraldine Savary (PS/VD) avait fait une démarche similaire. Elle constatait: «En 2014, par deux fois, la Confédération a dû renoncer à intervenir dans le cadre de missions à l’étranger par manque d’infrastructure de transport. En Libye, dans le cadre du rapatriement du personnel de l’ambassade de Suisse et en Afrique dans le cadre de l’intervention internationale contre l’épidémie provoquée par le virus Ebola. Plusieurs fois par semaine, la Suisse loue un avion de transport espagnol pour amener hommes et matériel dans le cadre de ses missions de maintien de la paix au Kosovo». Elle propose de doter les Forces aériennes helvétiques d’au moins un avion de ce type.

Pour renvoyer des requérants

Le Conseil des États a accepté largement ces deux propositions soutenues par le Conseil fédéral. Mais au Conseil national, les choses ont pris une autre tournure. La proposition de Géraldine Savary, trop orientée sur les missions de paix, a été balayée. La motion Bieri a été votée dans un premier temps de justesse par 89 à 87 voix. Le conseiller national Oskar Freysinger a déposé une motion d’ordre pour réévaluer et le projet a coulé par 98 voix à 85. L’UDC était contre, la moitié du PS et les Verts aussi, après qu’il a été dit que ces avions pourraient servir à renvoyer des requérants d’asile déboutés.

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