Actualisé 12.10.2016 à 06:03

Caraïbes

Pourquoi Matthew n'a-t-il pas fait de victime à Cuba?

Malgré des dégâts importants sur les habitations et les infrastructures, l'île n'a déploré aucune perte humaine.

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Au sud d'Haïti, de nombreuses familles ne parviennent toujours pas à subvenir à leurs besoins après le passage de l'ouragan dévastateur. (Lundi 3 mai 2017)

Au sud d'Haïti, de nombreuses familles ne parviennent toujours pas à subvenir à leurs besoins après le passage de l'ouragan dévastateur. (Lundi 3 mai 2017)

Keystone
Haïti subit toujours les conséquences de l'ouragan Matthew qui a dévasté une partie du pays en octobre 2016. (Mercredi 18 janvier - Image d'archives)

Haïti subit toujours les conséquences de l'ouragan Matthew qui a dévasté une partie du pays en octobre 2016. (Mercredi 18 janvier - Image d'archives)

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Le passage de l'ouragan dévastateur Matthew sur le sud d'Haïti le 4 octobre a causé près de 2 milliards de dollars de dégâts. (Vendredi 28 octobre 2016)

Le passage de l'ouragan dévastateur Matthew sur le sud d'Haïti le 4 octobre a causé près de 2 milliards de dollars de dégâts. (Vendredi 28 octobre 2016)

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Cuba est l'un des seuls pays à n'avoir déploré aucune perte humaine après le passage de l'ouragan Matthew la semaine dernière. Pour les experts, cette performance est essentiellement due à l'efficacité du système de prévention et d'alerte local, internationalement réputé.

Ouragan le plus puissant à frapper les Caraïbes depuis près de 10 ans, Matthew a fait au moins 473 morts en Haïti, dix-sept dans le sud-est des Etats-Unis et quatre en République Dominicaine lors de sa progression meurtrière.

Touché sur sa pointe orientale, Cuba n'a déploré aucune perte humaine, malgré d'impressionnantes destructions dans plusieurs villes, coupées momentanément du reste du pays.

Exercice national

«Cuba dispose de protocoles exceptionnels, dans leur préparation comme dans leur application. C'est une gestion très organisée et toutes les mesures sont mises en place avec comme priorité la sauvegarde des vies humaines. C'est un exemple au niveau régional», explique Laura Melo, directrice du Programme alimentaire mondial (PAM) à Cuba.

Depuis les ravages de l'ouragan Flora (1200 morts en 1963), la Défense civile mène chaque année un exercice national de réponse aux désastres naturels juste avant la saison cyclonique, qui court de juin à novembre.

Système pyramidal

Dans ce cadre, les autorités mobilisent efficacement armée, volontaires, responsables du parti unique, administrations provinciales et locales, pompiers, ainsi que les antennes de la Croix-Rouge de chaque municipalité.

«Si vous demandez à un Cubain ce qu'est la défense civile (...) il vous dira, c'est nous tous. Tout le monde participe», souligne Alexis Lorenzo Ruiz, psychologue et membre du Réseau latinoaméricain de psychologie en urgences et catastrophes.

Un système pyramidal et intégré où chacun tient son rôle, permettant de toucher les habitants directement.

«Lors de la phase d'alerte, nous avons rendu visite à chaque personne et la campagne médiatique a beaucoup aidé», signale Annia Navarro Furones, responsable de la Croix-Rouge à Baracoa, une des villes les plus touchées par Matthew.

Le facteur chance

La chance a aussi joué en faveur de ce bilan vierge en pertes humaines. L'ouragan, qui prenait la direction de villes à forte densité de population telles que Guantanamo ou même Santiago de Cuba, s'est légèrement dérouté vers l'est au dernier moment... au détriment d'Haïti.

«C'est un pays où les institutions marchent. A Cuba il y a un véritable pouvoir de mobilisation de la structure sociale et politique, et les Cubains répondent bien à ce système», souligne le représentant local d'une organisation internationale.

«Dans d'autres pays, les habitants peuvent être réticents à quitter leurs maisons, notamment par crainte des vols, mais ici les gens s'exécutent car ils ont confiance dans le système. Cela aide beaucoup», poursuit-il.

Mobilisation

En outre, le lien social et la solidarité propres à Cuba - en particulier dans cette région du pays - sont des facteurs déterminants lors des catastrophes naturelles.

«La majeure partie des personnes évacuées vont dans les maisons de membres de leurs familles ou d'amis, qui forment un réseau d'évacuation communautaire», explique Alexis Lorenzo Ruiz.

«Les phénomènes comme Matthew provoquent des dégâts importants sur les habitations, les infrastructures comme les routes, sur la distribution d'électricité et d'eau. Ce qui pose l'exigence énorme de répondre rapidement. Mais là encore la mobilisation est extrêmement rapide avec des systèmes très bien établis», explique Laura Melo du PAM, qui a prévu d'acheminer nourriture et entrepôts provisoires dans les zones touchées.

Rétablissement de l'éléctricité

Dans les quatre localités les plus touchées, Maïsi, Baracoa, Imias et San Antonio del Sur, «le travail fut intensif et rapide, notamment dans le nettoyage des rues et dans la mise en place de points de vente d'aliments à prix régulés», détaille Joel Gomez, responsable de l'ONG Oxfam - l'une des rares présentes à Cuba - dans la province de Guantanamo.

Une semaine après le passage de Matthew, la majorité des voies d'accès à ces villes ont été rouvertes, «l'eau a déjà commencé à être rétablie et on travaille pour la rendre potable. Le rétablissement de l'électricité est pour l'instant le plus compliqué», notamment à Baracoa où «90% du réseau est par terre», poursuit Joel Gomez.

Face aux besoins, le gouvernement cubain ne lance jamais d'appel à l'aide internationale, mais il accepte parfois des offres d'assistance bilatérales d'Etats, des Nations unies ou d'ONG triées sur le volet. (nxp/afp)

(NewsXpress)

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