21.10.2020 à 05:59

VAUDPourtant interdite, la mendicité est de retour à Lausanne

Un groupe des Balkans quadrille les rues de la capitale vaudoise depuis cet été. La police a maintes fois dénoncé les membres au Canton, mais rien ne semble être fait pour les dissuader.

von
Frédéric Nejad Toulami
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Sur la place de la Palud, des Roms mendient auprès des passants, y compris d’adolescentes mineures.

Sur la place de la Palud, des Roms mendient auprès des passants, y compris d’adolescentes mineures.

FNT
Certains arrêts de bus, comme ceux de l’av. Georgette, sont constamment quadrillés par des mendiants en semaine.

Certains arrêts de bus, comme ceux de l’av. Georgette, sont constamment quadrillés par des mendiants en semaine.

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Des Roms prêts à mendier aux arrêts de bus lausannois.

Des Roms prêts à mendier aux arrêts de bus lausannois.

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Depuis plus de deux mois, un à trois individus passent la journée entière aux arrêts de bus de l’av. Georgette, du lundi au vendredi. Assis ou debout, ils scrutent les visages des passants avant de solliciter de temps en temps une personne. D’autres sont assis sur des bancs en ville, mais ils ne tendent plus la main en quémandant à haute voix. Certains importunent poliment les gens, y compris des ados mineurs, sur la place historique et fréquentée de la Palud. Et ce malgré une loi cantonale votée par les députés et en vigueur depuis novembre 2018, qui interdit toute forme de mendicité, sanctionnée par des contraventions.

Certains ont déjà été dénoncés une dizaine de fois

Alors que fait la police municipale? «Elle agit, promet son porte-parole Jean-Philippe Pittet. Elle a en effet constaté qu’un groupe d’une douzaine de personnes étrangères s’adonne à la mendicité en ville depuis quelques semaines déjà. Et quand ils constatent des cas, les agents interviennent et dénoncent les contrevenants à la Préfecture» assure-t-il. Parmi ces mendiants originaires de Bulgarie, certains, multirécidivistes, ont déjà été dénoncés une dizaine de fois chacun, pour camping illégal, mendicité et violation de la loi fédérale sur les étrangers. Mais rien ne semble les dissuader. Et ils ne paient pas leurs amendes, à supposer qu’ils les reçoivent, car ils ne résident pas officiellement en Suisse.

«Pas efficace contre les réseaux»

Au nom de la Préfecture, le Département de l’intérieur dirigé par la ministre Verte Béatrice Métraux rétorque que la loi sur la mendicité adoptée par le Grand Conseil est appliquée. «Mais elle ne permet pas de combattre efficacement les réseaux qui s’y adonnent et n’est pas en mesure de sanctionner les mendiants qui vivent souvent dans la précarité», explique le collaborateur personnel de Mme Métraux. Une réponse qui a le don d’énerver Marc-Olivier Buffat, député et président du Parti libéral-radical vaudois: «Comment enquêter et avoir aussi un effet dissuasif sur ces clans venus des Balkans si on ne les place jamais en détention provisoire?» interroge-t-il. Avec son groupe PLR, il a l’intention d’aborder ce thème au Grand Conseil.

Lutter contre l’utilisation de la misère humaine

Dans sa réponse à «20 minutes» vendredi, le département de Béatrice Métraux semble regretter que la majorité des députés aient voté cette interdiction, en 2016, et rejeté le contre-projet qui proposait de différencier la mendicité occasionnelle à celle «par métier». Un référendum avait été lancé, sans succès, contre cette loi. Et des personnes, dont le camarade de parti de Mme Métraux, Luc Recordon, avaient fait recours au Tribunal cantonal puis au Tribunal fédéral, à chaque fois déboutées. «Au lieu de mettre en cause le Grand Conseil, l’Exécutif ferait mieux d’appliquer la loi avec conviction», tonne le député Marc-Olivier Buffat. Et de rappeler que, dans un arrêt de 2018, le Tribunal fédéral précise être un devoir de lutter contre l’utilisation de la misère humaine, y compris à titre préventif.

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